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Septembre 2007

« Sicko » ou l'éloge de la couverture maladie universelle

Ovationné à Cannes en mai dernier, le dernier film de Michael Moore, « Sicko », est sorti cette semaine sur les écrans français. Après la vente d'armes et la guerre en Irak, le réalisateur s'attaque au système de santé américain, qui repose presque entièrement sur l'assurance privée.

Mettons les choses au clair : le dernier opus du trublion à casquette ne s'intéresse guère aux près de 50 millions d'Américains sans aucune couverture santé : à peine dix minutes sont consacrées, en introduction du film, à quelques citoyens dont les cas personnels - édifiants - permettent d'évoquer le coût exorbitant des soins aux Etats-Unis. Il ne s'agit pas non plus d'une attaque contre les failles de Medicare - tout au plus est-il fait allusion à une corruption financière des membres du congrès par l'industrie pharmaceutique au moment du vote de la réforme du système en 2003. Non, le vrai sujet du film, selon les propres termes de Michael Moore, ce sont les 250 millions d'Américains qui sont les « heureux » bénéficiaires d'une assurance... privée ! Les Etats-Unis, rappelle le cinéaste, sont en effet le seul pays du monde « occidental » à ne pas avoir mis en place un système de protection santé universel et gratuit. Et c'est parti pour une succession de témoignages, tous plus poignants les uns que les autres, de patients « victimes » de la course au profit de leur compagnie d'assurance. Face caméra, on trouve aussi quelques repentants échappés des bureaux de ces compagnies. Jamais de pharmacien. Jamais de médecin !

Une vision idyllique

Le système des assurances privées est d'autant plus condamnable, pour le réalisateur, que c'est pratiquement le seul qui existe au pays de Georges W. Bush. Pour inciter le peuple américain à la « révolte », Michael Moore n'hésite pas à traverser les frontières - à l'image de certains de ses compatriotes qui choisissent d'aller se faire soigner au Canada - pour montrer que l'on vit mieux et plus longtemps ailleurs. La presse quotidienne française a reproché au cinéaste, et à juste raison, la vision « idyllique » que son documentaire donnait de notre système de santé et de la protection sociale en général. Michael Moore s'est en effet contenté de quelques cas particuliers, témoins pas toujours représentatifs, mais toujours « heureux » de vivre en France. Le déficit de la Sécurité sociale et les multiples plans de réformes ne sont jamais évoqués. Mais les mêmes reproches peuvent lui être adressés à propos des autres pays - Canada, Royaume-Uni, Cuba - que sa caméra a visités, avec le même ébahissement devant la qualité de la prise en charge, la gratuité des soins ou le niveau de vie des médecins. C'est à l'issue d'un dernier voyage à Cuba, le pays de « l'ennemi » Castro, que le message de Sicko nous est finalement révélé : un hymne à la solidarité et un éloge de la médecine « socialisée ».

Julie Wierzbicki
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