Actualité publiée sur le site
Septembre 2007

Comptes de la Sécu : Que Choisir désigne les coupables !

Les labos et les médecins mineraient les comptes de la Sécurité sociale en creusant son trou. Le lendemain de la présentation du PLFSS, notre confrère présente des gisements inespérés pour redresser les comptes. Un dossier qui désigne clairement les coupables mais qui omet de conseiller plus utilement les consommateurs auxquels il s'adresse.

Les génériques constituent indéniablement des gisements d'économies pour la sécurité sociale. Le problème est que les laboratoires pharmaceutiques, « pour contrer la concurrence » que leur font ces produits, copies des princeps à moindre prix, « sortent des médicaments pas forcément plus efficaces, mais plus chers », nous explique le dernier numéro 452 de la revue Que Choisir. Ainsi toute innovation thérapeutique pour soigner les cancers, les maladies cardiovasculaires ou respiratoires ne serait qu'une « réponse » concurrentielle à la perte de brevet qui frappe un nombre croissant de spécialités pharmaceutiques. Comprenne qui pourra. La formule se voulait un raccourci, mais elle rate son objectif ! Car la démonstration dans laquelle se lance notre excellent confrère procède, comme l'indique l'éditorial du numéro qui sortira dans les kiosques en octobre, bel et bien d'une « erreur de diagnostic ». De diagnostic sur notre branche d'activité !

De quoi s'agit-il sur le fond ? De l'analyse de trois classes de médicaments passés au crible par l'Union Fédérale des Consommateurs - en attendant qu'elle poursuive ses investigations sur d'autres classes thérapeutiques - il ressort que nos médecins n'ont pas fait les bons choix qu'imposerait une prescription éclairée, rationnelle et économique et qu'ils auraient ainsi « miné les comptes de la Sécu » en gaspillant l'argent public et, avec lui, celui des cotisations des salariés qui paient ces médicaments. Les ministres en quête de ressources pour redresser les comptes de la Sécu trouveront ici quelques recettes de poche inattendues : 303 millions d'euros de gâchis dans la classe des IPP, 222 autres millions dans celle des AINS et enfin 125 millions d'euros dans celle des sartans. Pour ces seules trois classes, qui représentent 14 % des prescriptions annuelles de nos docteurs, la note injustifiée a donc été de 650 millions. Presque autant que ce que rapporteront les futures franchises ! Diable, pourquoi ne l'a-t-ont pas dit plus tôt aux ministres en charge du dossier des comptes de la Santé.

Perte de contrôle

Pour expliquer ce gâchis, notre confrère et ses responsables nous expliquent que les prescriptions dans les classes étudiées sont irrationnelles et ne répondent pas à des critères de santé publique. Mal formés, voire déformés par des pratiques irrationnelles, les médecins sont sous haute influence de l'industrie pharmaceutique qui, nouveau Big Brother des temps modernes, guide leurs choix thérapeutiques et les conduit tout droit à perdre « le contrôle de leur prescription » ! Bigre ! L'industrie du médicament, nous explique-t-on encore, participe de cette perte de contrôle et consacre pas moins de deux milliards d'euros à l'information en direction des professionnels. Une information sur laquelle rien n'est dit sur le fond - pas plus que n'est évoquée la question de la formation initiale des jeunes médecins en thérapeutique -, surtout pas qu'elle est depuis quelques temps soumise aux obligations d'une charte de la visite médicale qui a définitivement tourné une page des errements dénoncés. Plus grave, « l'information produite par les autorités de santé en direction des médecins ne parvient pas aux médecins» ! Sans doute, la Poste égare-t-elle le courrier de l'Afssaps ou de l'HAS - mais pas des laboratoires ! - et l'ADSL a-t-il du mal à transmettre les messages numérisés à des docteurs sous haute influence et qui ont perdu le contrôle de leur décision thérapeutique. Avec une telle vision des choses, la liberté de prescription a du souci à se faire !

Arrêtons là la démonstration, la direction de Que Choisir nous ayant confié ne pas avoir d'explication rationnelle à cette évolution du comportement irrationnel du corps médical français, hormis l'influence décisive et dirigiste de l'information délivrée par les laboratoires sur leurs produits.  Le corps médical aurait-il perdu son sens critique, ses connaissances scientifiques, voire son libre arbitre ? Plus intéressante est la proposition dite « structurante », selon un terme décidément à la mode, que formule notre confrère pour sortir de l'impasse. Soit la création d'un corps de 1 700 visiteurs médicaux, placé sous la responsabilité de la Haute Autorité de santé et financé pour moitié par ... les laboratoires pharmaceutiques ! Ces VM d'un nouveau type, que nous appellerons les VSP (Visiteur de santé publique) viendraient en remplacement des DAM (Délégués de l'assurance-maladie) qui ont eu, auprès du corps médical, le succès que l'on connaît ! Après la couche de bureaucratie mise en place par l'assurance-maladie, une nouvelle structure de contrôle viendrait ainsi expliquer à nos bons docteurs quelle « prescription rationnelle » pourra à l'avenir guider leur pratique médicale quotidienne et les remettre dans le droit chemin d'un comportement vertueux pour les fonds de la Sécu ! Un corps de professionnels qui pourrait, de surcroît, être composé pour un bon tiers de... médecins, alors même que la Nation commence à en manquer cruellement pour exercer dans les campagnes ou dans les banlieues !

Les gâchis sont ailleurs !

Au lieu de désigner les « coupables » à la vindicte populaire et de contribuer à déstabiliser les relations de confiance qui doivent régner entre les patients et leur médecin autour des solutions thérapeutiques proposées et adoptées pour soigner les maux des premiers, notre excellent confrère aurait pu se lancer dans une autre enquête autrement plus utile et relative cette fois à l'observance des traitements par les patients. Car le gâchis, l'OMS l'a maintes fois souligné et d'autres avec elle, est en la matière immense et la mé-ou non-observance a un impact certain sur la santé publique comme sur celle des individus.  50 % des malades chroniques, nous dit l'OMS, ne prennent pas leur traitement conformément aux indications de leur médecin traitant. Des malades, principalement en affections longue durée, qui, nous dit cette fois la Sécu, génèrent quelque 70 % des dépenses et qui finissent par passer d'un médecin à l'autre et génèrent nombre d'examens complémentaires souvent inutiles faute d'avoir respecté leur ordonnance initiale.

La France a la chance de disposer de la 1ère plateforme européenne de production de médicaments, dont 2,5 milliards de boîtes sont dispensées annuellement par les pharmaciens d'officines qui se sont déclarés prêts à expliquer à leurs clients comment respecter le bon usage des produits prescrits ou demandés en médication familiale. A l'heure où les laboratoires présents sur notre territoire souhaitent y consolider leur présence par de nouveaux investissements, en recherche comme en fabrication, et maintenir par là même leurs emplois, sinon les augmenter, cette nouvelle charge est aussi inutile que contreproductive. Elle sème de surcroît le doute dans l'esprit des consommateurs patients sur la qualité et les compétences de nos médecins, qui n'avaient certainement pas besoin de ce bonnet d'âne !

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en Chef de Pharmaceutiques
Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site