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Janvier 2008

Que Choisir veut sur-contrôler les prescriptions des médecins

Dans la continuité d'une campagne engagée en septembre dernier contre les pratiques commerciales des laboratoires pharmaceutiques, l'Union Fédérale des consommateurs Que Choisir persiste et signe et demande la création d'un nouveau corps de contrôleurs des prescriptions des praticiens.

Sur un air de Cabrel, «le gâchis, encore et toujours », l'UFC Que Choisir vient d'enfourcher une nouvelle fois son cheval de bataille contre « l'irrationalité » des prescriptions de médicaments de ville. « Les médecins, lance l'organisation des consommateurs, ne prescrivent pas toujours les médicaments les moins chers» - et, comble de l'ignorance-, « voire [pas] mêmes les plus efficaces » ! Nouvelle cible de l'année qui vient de s'ouvrir les antiagrégants plaquettaires, au premier rang desquels le Plavix, responsable des fortes dépenses de la classe et d'un mésusage « identifié par les autorités de santé ». « L'aspirine à faible dose, 27 fois moins chère, aurait permis de substantielles économies », nous dit-on. Soit. Quel dommage que les médecins n'en aient pas été informés plus tôt ! Toujours soucieuse du bon usage des deniers dépensés par les assurés sociaux, Que Choisir estime à 350 millions d'euros près les économies qui auraient pu être réalisées entre 2002 et 2006 « à qualité de soins équivalente », qui s'ajouteraient à 660 autres millions d'euros de gâchis constatés sur les prescriptions de ville pour le traitements d'autres maladies, telles les reflux gastro-oesophagiens, l'arthrose et l'hypertension.

200 millions par an

Car le journal des consommateurs avertis nous avait déjà servi la leçon de pharmacologie clinique appliquée aux inhibiteurs de la pompe à protons, qui, malgré l'arrivée des génériques, n'ont pas vu leur croissance diminuée pour autant et ont généré 303 millions d'euros de dépenses injustifiées, toujours entre 2002 et 2006. Sans omettre l'égarement des médecins dans leurs prescriptions d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en faveur d'un produit qui aurait coûté 222 millions d'euros injustifiés ou encore des sartans et des IEC dont « la forte progression ne serait justifiée par aucune donnée médicale ».

En un mot, « l'irrationalité des prescriptions des médecins coûte pour ces 4 classes de médicaments remboursables quelque 200 millions d'euros par an ». Avec de tels gisements d'économies, on se demande pourquoi le gouvernement vient d'instaurer les franchises sur les consommations de médicaments, de soins paramédicaux et de transports sanitaires (850 millions attendus pour 2008). Des franchises largement dénoncées dans les rangs des associations de patients, des représentants des médecins et autres professionnels de santé, mais sur lesquelles Que Choisir, dans sa belle démonstration, fait étrangement l'impasse ! Défense des consommateurs oblige ?

Visite médicale sous tutelle

Mais cette belle démonstration d'économie de la santé débouche sur une conclusion qui s'impose comme un bon vieux « marronnier » : « la prescription des médecins est trop largement influencée par l'industrie pharmaceutique [qui] oriente la prescription des médecins ». Une hypothèse déjà avancée par la Cour des Comptes en septembre dernier, reconfirmée, le même mois, par un rapport à charge de l'IGAS qui a, pour sa part, donné lieu à un débat entre le président du Leem, Christian Lajoux et Pierre-Louis Bras en décembre à Sciences Po. Que Choisir s'appuie ainsi sur ces deux rapports pour appeler les pouvoirs publics à adopter une « réforme structurelle de la politique du médicament » face à un « silence [gouvernemental] assourdissant » ! En résumé : trop d'argent est consacré à la promotion du médicament, trop de visiteurs médicaux sont sur le terrain pour déployer une visite médicale partiale, c'est-à-dire une information sur les médicaments qui présenterait des « lacunes ». A l'appui de sa démonstration l'organisation souligne que 18 % de généralistes « proactifs pour la recherche de l'information et qui ont la plus mauvaise opinion de la visite médicale sont aussi ceux qui se considèrent comme les plus mal informés sur le médicament » (selon une étude de la HAS et de l'IGAS). Les autres seraient « plutôt favorables » à cette même VM, selon une autre étude de l'IGAS. Vous avez bien lu : « favorables » ! Enfin, pour compléter sa démonstration, Que Choisir rappelle encore que la FMC, obligatoire depuis 2004, est peu suivie par les médecins et qu'elle est...financée par les laboratoires sans que le Conseil de l'Ordre des médecins ne parvienne à « contrôler l'objectivité des formations ». Mais où est passé l'argent public de cette même FMC ?

Un Gosplan pharma à la française

Aussi pour contrôler la « flambée des dépenses en médicaments », l'UFC a trouvé le remède : mettre des quotas de visite dans les classes thérapeutiques, restreindre les sommes consacrées à la VM à un pourcentage du chiffre d'affaire, réduire le nombre de visiteurs médicaux et, cerise sur le gâteau faire contrôler le respect des objectifs quantitatifs par une autorité de santé indépendante. D'autres avaient en leur temps le Gosplan, le France aura bientôt mieux encore dans la pharma. Les laboratoires de recherche n'auront qu'à bien se tenir.

Et puisqu'il faut contrôler les prescriptions « irrationnelles, injustifiées et sous influence », l'UFC choisit d'aller plus loin encore et propose un corps de « super contrôleurs » ! A l'image des DAM (délégués de l'assurance-maladie) qui font la tournée des médecins pour les inciter à être plus vertueux, l'Union des consommateurs en appelle à la création d'un corps d'inspecteurs nouveau : les visiteurs médicaux publics ou VMP, afin de « promouvoir les thérapies présentant le meilleur rapport coût efficacité et les médecins utilisant ces thérapies ». Avec cette sur régulation de l'activité médicale, la liberté de prescription a du souci à se faire ! L'UFC suggère ainsi de créer un corps de 1 700 VMP qui visiteront les médecins tous les deux mois. Des super contrôleurs du bon usage de la prescription (BUP) qui seront pour 1/3 médecins et pour 2/3 infirmiers. Ce sera toujours mieux que les liquidateurs, rédacteurs juridiques et autres assistants Sésam Vital des caisses d'assurance maladie reconvertis en DAM. Mais à l'heure où la France manque cruellement de médecins et d'infirmiers pour assurer une bonne couverture sanitaire du pays et prendre en charge les « papy-boomers », on peut se demander si ce débauchage de compétences à des fins de contrôles administratifs renforcés sur des praticiens déjà surchargés de travail a un sens.

L'UFC serait mieux inspirée de se préoccuper du bon usage des médicaments par ses consommateurs. Un mésusage qui coûte autrement plus cher à la collectivité que les gaspillages dénoncés ! Diaboliser en permanence l'industrie du médicament n'est certainement le remède le plus efficace pour rendre les médecins plus vertueux ou les malades mieux observant. A quand le retour de la saignée de Molière ?

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en Chef de Pharmaceutiques
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