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Janvier 2008

La CNAM lance son premier plan de disease management

Les malades chroniques souffrant de diabète de type 2 bénéficieront cette année d'un programme d'accompagnement spécifique. Le service lancé à titre expérimental par la Caisse nationale d'assurance-maladie démarre en mars. Il concernera 136 000 malades pris en charge à 100 % résidant dans 10 départements.

Comme pour les cyclones, la dénomination donnée au premier plan d'accompagnement des personnes diabétiques en France est un prénom féminin. Dans l'œil de cette nouvelle turbulence sanitaire, qui vise à modifier quelque peu les modalités de prise en charge et de suivi des malades concernés, une volonté d'améliorer la qualité de vie des patients en ALD (affections longues durée) par un accompagnement adapté dans leur vie quotidienne.

Dans son premier mouvement, il ne s'agira que d'une « expérimentation », menée dans une dizaine de départements pilotes (1) en direction de 136 000 diabétiques de type 2 qui recevront dans un premier temps une information et une proposition d'adhésion au nouveau service de la CNAM. Dans un deuxième temps, un peu plus tard, en septembre 2008, un accompagnement téléphonique et un service Internet seront proposés aux adhérents de Sophia, une étymologie en phase avec la philosophie du service. Un service qui est conçu pour intervenir en relais du médecin traitant dans la prise en charge de malades qui demandent une attention plus particulière. Objectif affiché : « aider les patients à mieux suivre les recommandations de leur médecin », « prévenir les risques de complications liés au diabète », au-delà « d'être plus facilement acteur de leur santé » et enfin d' « améliorer leur qualité de vie ».

Enjeux de santé publique

Le projet aura mis deux années à mûrir et aura connu des avatars tout au long d'une longue concertation avec les associations de patients comme avec les structures représentatives de médecins. Le tout s'est inscrit dans le Plan ministériel 2007 - 2011 d'amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de maladies chroniques. Les personnes visées sont les patients diabétiques de plus de 18 ans, en ALD, qui adhèrent librement à ce service - gratuit - et qui peuvent en sortir à tout moment. « Sophia aidera ces patients à trouver des solutions concrètes pour qu'ils gagnent en autonomie dans la gestion de leur maladie et deviennent acteur de leur propre santé », note la CNAM. « Acteur » et non plus spectateur passif de la dégradation de leur propre santé. Plus largement, le service sera là pour « relayer l'action du médecin traitant auprès des patients diabétiques, en facilitant la mise en pratique de ses recommandations ». Le médecin sera associé à l'engagement de son patient - et honoré pour cela au démarrage à hauteur de deux consultations, soit 44 euros, suivis d'une autre consultation en cours de route -. Le praticien  participera à l'évaluation annuelle de l'état de santé de son malade. Très concrètement, Sophia déploiera des outils d'information, pratiques et pédagogiques en direction des malades adhérents. Ceux-ci bénéficieront par ailleurs d'un accompagnement téléphonique effectué par des infirmières recrutées et formées par l'assurance-maladie (plusieurs dizaines). Le tout sera donc complété par des services sur Internet.

Enjeux médico-économique

A ce jour, neuf milliards d'euros de soins et de traitements sont remboursés par an aux diabétiques (2,5 millions de personnes), soit en moyenne 5 910 euros par personne, rappelle la CNAM. En cinq ans, le coût des traitements médicamenteux a doublé. Il est estimé à 1,8 milliard d'euros en 2005. Pour autant, les personnalités ayant présenté cette semaine le service Sophia à la presse auront été particulièrement discret sur la non observance des traitements par les malades et son estimation. Pour Gérard Raymond, président de l'Association française des diabétiques (AFD) qui a largement contribué à la mise en place de ce programme, la question n'est pas aussi essentielle que celle de la prise en charge des malades mêmes et des progrès attendus dans la qualité de vie des diabétiques. Il estime ainsi cette non observance des traitements à 30 %. « Elle sera certainement la plus facile à estimer », a fait savoir de son côté le Pr Hubert Allemand, médecin conseil national de la CNAM. La note du diabète est de 11 milliards d'euros, a rappelé pour sa part Frédéric van Roeckeghem, directeur de la CNAM pour qui ce projet a incontestablement un enjeu médico-économique. Car la facture s'élèvera en 2015 à 20 milliards d'euros.

L'expérimentation qui est lancée, pour un montant global estimé à 10 millions d'euros, vise à améliorer la prise en charge des malades, à diminuer la fréquence des complications et plus largement à « changer de paradigme » par un travail en coordination des différents acteurs réunis autour du médecin traitant, en vue de réussir une alliance d'un nouveau type entre soins et prévention, résume encore le Pr Allemand. Ce premier plan national de disease management « à la française » va ouvrir une nouvelle voie. Dommage que son ambition se limite à une expérimentation, comme la Sécu en soutient depuis plus de 20 ans. L'évaluation qui sera faite ultérieurement du premier passage de Sophia dans le paysage de la santé publique et curative devra dire si une étape supérieure est possible. En un mot, si un véritable « plan national de prise en charge des malades chroniques », impliquant médecins et malades, avec un objectif et un retour sur investissement précis à un sens. Et si notre bonne vieille Sécu, un peu à bout de souffle, le vaut bien !

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en Chef de Pharmaceutiques

 

(1) Seine-St-Denis, Sarthe, Loiret, Puy-de-Dôme, Alpes-Maritime, Ariège, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Gers, Tarn.

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