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Janvier 2008

Le songe Attalien  

L'ancien sherpa de François Mitterrand a rendu cette semaine la copie définitive de son rapport final au président de la République et au Premier ministre. La commande initiale visait à « libérer la croissance française ». 300 décisions sont proposées pour « changer la France » et générer un point de croissance potentielle supplémentaire du PIB, un recul du taux de chômage à 5 % et une diminution de la dette publique à 55 % du PIB.

Il faudra tout prendre en bloc ou ne rien prendre du tout. Pas question de demi-mesures. Ensuite, mettre en route l'ensemble du programme proposé entre juin 2008 et juin 2009. En un mot provoquer une « rupture », comme le suggère Nicolas Sarkozy depuis son élection. La thérapie de choc injectée à l'économie française devra cependant laisser le malade à l'abri des turbulences internationales pour réussir. Car le plan Attali ne pourra porter ses fruits que « si l'environnement international ne se dégrade pas » ! Autant dire que l'exercice confinera à l'exploit ! Dans une France solidement attachée à ses corporatismes de tout poil et à de solides réglementations portées par autant de corps constitués et de professions bien établies, le vent de dérégulation annoncé ne devrait pas manquer de décoiffer bien des habitudes, des pratiques et autant de certitudes. Sans compter que la vision proposée par l'ancien conseiller socialiste ramènera aussi les adeptes du néo-libéralisme à leur classique, la « main invisible » d'Adam Smith pouvant enfin faire son œuvre.

Retour de la TVA sociale

La gouvernance publique devra modifier ses règles de fonctionnement et confiner ses lois de financement à un seul texte embrassant l'Etat, la santé et la famille. Les allocations familiales seront conditionnées aux ressources, les franchises, plafonnées, seront également proportionnées aux revenus. La productivité, maître mot de cette époque des délocalisations, devra être améliorée dans le système de soins, tant pour l'hôpital que pour la médecine de ville, voire pour le médicament. Cerise sur le gâteau de ce libéralisme new look, les professions fortement réglementées - pharmaciens et vétérinaires - bénéficieront d'une très large ouverture à la concurrence, sans nuire, nous est-il dit, à la qualité des services rendus. Déjà depuis quelques temps à la porte de la bergerie, Edouard Michel Leclerc ne pourra que se réjouir de cette nouvelle opportunité de développement. Car Jacques Attali mise sur la fin des rentes de situation qui nuisent, dit-il, au consommateur. Le numerus clausus à l'installation et le monopole pharmaceutique des officines - maintenu aux seuls produits de prescription - devra être battu en brèche. Mais ce qui pourra faire l'affaire des uns ne devrait certainement pas faire le bonheur des autres. La dérégulation de la distribution du médicament est bel et bien inscrite sur la feuille de route du songe attalien. Les pratiques du « low cost », suggérées dans un autre rapport, rendu public récemment (1), devraient bientôt faire partie des programmes de formation de nos futurs officinaux. Autant dire que les réactions, déjà manifestes sur ce terrain de chasse très gardé, ne devraient pas tarder à se faire connaître à nouveau.

Enfin, cerise sur le gâteau, le thème de la TVA sociale, écarté il y a quelques mois, revient également dans le paysage. Car fautes de recettes supplémentaires dans les caisses de la Sécu pour honorer des dépenses qui continuent leur folle envolée (+ 4 % dans les soins de ville, nous signale la CNAM cette semaine, soit bien au-delà de l'ONDAM...), quelque 13,7 milliards de cotisations salariales et patronales devront basculer vers la CSG (qui sera majorée de 0,6 point) et la TVA, qui grimpera à 20,8 %. Le tout afin de « réduire le coût du travail pour les entreprises et de favoriser l'emploi ». Avec une telle hausse, les Français, qui se plaignent au fil des mois d'être en panne d'évolution de pouvoir d'achat, diminueront à l'évidence leur consommation. Notre économie déjà fortement ébranlée par les récentes secousses boursières devra se trouver d'autres raisons d'espérer que celle de pouvoir s'appuyer sur une relance de la consommation intérieure. Au total, ce long catalogue de propositions, dont certaines sonnent comme autant de provocations iconoclastes, aura pour vertu de provoquer un vrai débat national sur les multiples ressorts de notre économie. Certains se sont déjà affaissés et il faudra les remplacer. Mais il faudra aussi veiller à ne pas casser ceux qui peuvent encore nous permettre de rebondir hors de la crise que nous vivons. A suivre...

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en Chef de Pharmaceutiques

 

(1) Le « low cost », un levier pour le pouvoir d'achat, rapport de Charles Beigbeder, remis en décembre 2007.

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