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Janvier 2008

Avancées thérapeutiques 2007 : un bilan français timide

Les entreprises du médicament ont présenté cette semaine le bilan 2007 des avancées thérapeutiques réalisées en France. Les résultats, intéressants, sont cependant trop stables dans un monde de la recherche qui avance.

« Elève studieux, attentif et assidu. Son potentiel devrait cependant lui permettre de mieux faire ». Sur le carnet de note des progrès thérapeutiques permis par les industries du médicament, les résultats font apparaître 51 situations améliorées, plus particulièrement dans les domaines du cancer, des maladies rares et des maladies du vieillissement, un champ qui regroupe les avancées en diabétologie, en ophtalmologie et en cancérologie spécifiques aux personnes âgées. Le conseil de classe a établi son bilan 2007 sur la base des avis rendus par la Commission de la Transparence. La stabilité des performances est préoccupante, note le Leem, d'autant que les compétiteurs de la classe supérieure, les Etats-Unis, voient leurs élèves avancer à pas de géants, avec 2 778 produits en développement clinique.

Priorité aux cancers

Sur la feuille de route 2007 des avancées thérapeutiques, le Leem comptabilise une douzaine d'aires couvertes, soit autant qu'en 2006. Le bilan est le reflet des priorités affichées de santé publiques : les plans cancer ont dynamisé la recherche et le développement de nouvelles molécules, de tests diagnostics, de traitement associés pour mieux supporter les chimiothérapies. Le Plan maladies rares a lui aussi produit ses effets. Les maladies du vieillissement ont également bénéficié de traitements dans des domaines spécifiques (dégénérescence maculaire et diabète de type 2). Les molécules biologiques présentées par notre recherche sont au nombre de 10 en 2007, dont quatre anticorps monoclonaux - contre respectivement huit et six, un an plus tôt. Enfin, la répartition des 51 ASMR donne le classement suivant : 3 ASMR I, 13 ASMR II, 20 ASMR III et 15 ASMR IV. Le tout en phase avec les deux années écoulées. Au sein de cet ensemble, 15 ASMR ont été accordées dans le traitement des cancers (35 % des molécules en développement, 650 produits sur 2 180 en développement dans le monde) sur un registre pathologique très ciblé. 11 autres ont été délivrées dans le traitement des maladies de l'enfant, dans des registres différents.

Nouveau modèle, nouveaux enjeux

« L'industrie pharmaceutique est à un tournant de son existence », a commenté Robert Dahan, président de la commission des Affaires scientifiques, pharmaceutiques et médicales au Leem. «Face à cette nouvelle complexité et à l'importance des besoins non satisfaits, elle façonne un nouveau modèle de développement plus sélectif ». Une sélectivité qui est aussi la résultante de la baisse de productivité constatée dans les rangs de la R&D des industries du médicament. Sans compter que les secteurs les plus porteurs connaissent aussi un taux d'attrition particulièrement élevé : seulement 3,5 % des molécules entrées en phase I sont commercialisées dans la cancérologie.

Notre pays ne se situe donc plus dans le peloton de tête des industries des Sciences du Vivant. « Ne boudons pas le plaisir face aux innovations, souligne le président du Leem. L'industrie pharmaceutique poursuit sa mission, qui est de se battre contre la maladie. Le bilan de l'année 2007 est tout à fait dans la moyenne des années précédentes », ajoute Christian Lajoux, en rappelant que les coûts de R&D ont été multipliés par trois au cours des dernières années. En 1993, un peu plus de 15 milliards de dollars suffisaient à produire 50 nouvelles molécules. En 2006 ce sont 45 milliards de dollars qui sont nécessaires pour produire le même nombre. « Le profil des avancées thérapeutiques figurant au bilan 2007 signe le changement de modèle de l'industrie du médicament qui repose désormais sur un ciblage des pathologies », poursuit ce dernier.

Dans l'attente du CSIS

Reste que notre pays ne se montre pas suffisamment compétitif dans la recherche et le développement de nouvelles molécules. Les grandes sociétés internationales nous boudent et préfèrent investir hors de France, en Angleterre, en Suisse, voire même en Espagne. Le patron du Leem martèle une fois encore sa désespérance de constater que le voisin anglais a attiré 30 % des investissements dans les biotechnologies, contre 9 % pour la France. Volontariste, il considère cependant que la bataille n'est pas perdue pour peu que nous ayons la capacité de redynamiser notre recherche. Le récent rapport de Jacques Attali, qui a désigné un certain nombre de leviers, et qui a souligné que la santé doit être vécue comme une chance et non pas comme une charge, lui semble aller dans la bonne direction. Mais n'est-il pas un peu tard ? Le prochain Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) qui réunira les plus hautes autorités du pays aux côtés des industriels de la santé devra se saisir rapidement du problème. « Il y a une volonté politique exprimée par le président de la République de donner un accent particulier aux conditions de développement de la recherche et à la capacité pour notre pays de rester extrêmement compétitif dans les Sciences du Vivant », note à cet égard Christian Lajoux, qui  formule le vœu « que l'on assiste à une redynamisation de la recherche dans notre pays ». Reste désormais à savoir s'il sera entendu, afin que le cru des avancées thérapeutiques 2007 se bonifie un peu plus pour intégrer un meilleur chai au terme de l'année qui s'est ouverte. Rendez-vous en avril.

Jean-Jacques Cristofari
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