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Janvier 2009

« La santé selon Bachelot »

La ministre de la Santé et des Sports a présenté cette semaine ses vœux à la presse. Une occasion de rappeler sa feuille de route pour 2009. Morceaux choisis.

Les vœux aux corps constitués, dont la presse, sont pour les ministres un moment de convivialité et d'apaisement avant la plongée dans les confrontations médiatiques auxquelles les conduisent les conférences et voyages de presse ainsi que les débats contradictoires du Parlement. Ceux de Roselyne Bachelot, accompagnée de son secrétaire d'Etat chargés des sports, Bernard Laporte, n'ont pas échappés à la règle. Souriante, comme à l'accoutumée, habillée de noir avec une touche pastel, la ministre en charge de la santé des Français s'est ainsi lancée dans une longue explication de texte à visée prospective. « Regarder loin devant, anticiper le changement, éviter les dommages prévisibles... » : c'est ainsi que Roselyne Bachelot a défini sa fonction ministérielle. Une fonction qui la conduit pour 2009 à présenter au Parlement - ce sera fait sous quinzaine - une grande réforme du système de santé qui ne porte pas encore son nom, mais est désignée sous l'acronyme « HPST » désormais bien connu (1). Une loi par laquelle la ministre entend « réformer » notre système plutôt que de le « réparer ». Le tout dans une perspective de « santé durable » ! Car pour réformer un système que les mauvais esprits qualifient volontiers d'in-réformable, tant sont fortes les résistances et les corporatismes de tous horizons, il lui faudra sans doute devoir s'installer dans la durée ; la loi ne constituant qu'une premier étape sur le marche pied de la future nouvelle gouvernance de la santé. Les observateurs avertis de cette dernière savent qu'une loi ne fait pas nécessairement le printemps et que celui de la santé a davantage ressemblé ces dernières années à une somme impressionnante de plans comptables et de redressement- la France en a vu passer près d'une trentaine - qu'à une opération de réorganisation complète et consentie des lieux.

Trois défis

Mais, comme le souhaite notre ministre de la santé de tous les Français, tournons-nous vers l'avenir ! Celui de l'hôpital s'inscrit en tête de gondole de la réforme à venir, où trône la belle lettre H. Un hôpital qui souffre d'un déficit chronique de moyens depuis l'introduction de la T2A et surtout depuis celle des 35 heures. Qu'à cela ne tienne, il les obtiendra, a promis la ministre. Eric Woerth, ministre des Comptes publics, absent pour la circonstance et qui vient de confirmer le nouveau dérapage des comptes de la Sécu comme de l'assurance-maladie, n'aura pas été en mesure de démentir. Les moyens promis seront toutefois assortis d'une réforme de l'organisation hospitalière, a ajouté la ministre. Certes ! Mais l'hôpital passe tellement son temps à se réorganiser depuis 2004 que d'autres mauvaises langues - dont les praticiens hospitaliers eux-mêmes - commencent à se demander s'il n'est pas temps qu'il assure d'abord et surtout sa mission de soins ! Notre système de santé est face à trois défis, avance encore Roselyne Bachelot : celui du vieillissement de la population, celui des inégalités d'accès aux soins et enfin celui des avancées constantes de la médecine. Le dernier cité nous paraît être de bonne augure et constitutif du dynamisme et de la qualité du système. Le deuxième pourrait se creuser avec une crise économique dont on nous annonce au quotidien des aggravations. Quant au premier, le « papy boom » il était si prévisible... 

Des réponses ?

« Nous ne pouvons plus nous permettre, face aux défis de l'avenir, de ne pas optimiser l'utilisation de nos ressources », avertit encore la ministre de la santé, de la qualité et de la sécurité des soins, comme elle aime se définir. Les ressources seront donc optimisées à l'hôpital, « réformé autour d'un projet médical », en coopération avec ses voisins et, nouvelle gestion oblige, « en mutualisant les moyens » qui lui seront donnés. Autrement dit, faute de moyens, la pénurie sera mutualisée entre établissements. De belles empoignades en perspectives ! Mais l'hôpital, toujours lui, sera mieux articulé à la ville, entendu à la médecine ambulatoire, et avec le secteur médico-social. Ainsi « le patient pourra plus facilement passer de l'un à l'autre », grâce à des professionnels qui sauront mieux l'orienter et communiqueront mieux entre eux ». Ainsi les urgences ne serviront plus de déversoir à toutes les déficiences d'un système où les patients errent faute d'un pilote et les hospitaliers assurent faute d'un système coordonnés et organisés de la permanence des soins. Côté ville, « la démographie sera transformée », promet encore la ministre de la santé. Attendons de savoir comment elle saura transformer une autre pénurie, celle des professionnels médicaux, organisée et voulue dans le passé pour « faire pression sur l'offre » et diminuer les dépenses. Dans cet univers quelque peu idyllique, mais qui sera bientôt remis sur les rails, le patient trouvera face à lui « des organisations adaptées à la diversité des situations » et pourra, « au quotidien dans ses démarches santé, sentir les bénéfices d'une réforme conçue pour lui ».

Reste encore dans cette année agitée qui vient de s'ouvrir à concevoir la réforme avec les acteurs qui participent à ce système vertueux que Roselyne Bachelot s'efforce de nous présenter régulièrement. Mais ceci est une autre histoire. Elle va prochainement commencer.

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en chef de Pharmaceutiques

(1) Hôpital, patients, santé, territoires

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