Actualité publiée sur le site
Janvier 2009

Pfizer-Wyeth : naissance d'un géant biopharmaceutique

Le leader mondial de la pharma, Pfizer, a confirmé son intention de s'offrir le laboratoire Wyeth, actif dans les vaccins, la biotech et les médicaments vétérinaires. Ce qui n'était encore qu'une rumeur avant le week-end est devenu une réalité.

68 milliards de dollars (51,76 milliards d'euros), tel est le prix que le numéro un de la pharma mondiale, son président Jeffrey B. Kindler (en photo) et ses actionnaires sont prêts à mettre sur la table pour racheter Wyeth, dont la valeur boursière était estimée en fin de semaine dernière à quelque 55,81 milliards de dollars (39,44 milliards d'euros). La rumeur du rapprochement, annoncée par le Wall Street Journal le 23 janvier et que les dirigeants ont refusé de commenter à son annonce, était loin d'être un hoax. Les deux protagonistes, en pourparlers depuis plusieurs mois, comme le veut la complexité d'une telle opération, ont fini par s'accorder pour transformer les deux sociétés en un unique géant biopharmaceutique générant quelque 75 milliards de dollars de ventes annuelles. La transaction sera financée, fait savoir le communiqué commun aux deux groupes, par une combinaison de règlement cash, d'emprunt bancaire (un consortium est mobilisé pour apporter 22,5 milliards de dollars) et d'apports en actions. En parallèle, la fusion est appelée à générer environ 4 milliards de dollars d'économies. Pfizer a d'ores et déjà annoncé la suppression de 8 000 emplois, consécutive à la perte prochaine de brevet de son médicament vedette, le Lipitor®. La société a ainsi diminué de 10 % ses effectifs (81 900 salariés) et ramené le nombre de ses usines de 46 à 41. La fusion devrait dans un second temps provoquer une nouvelle baisse des effectifs de 15 % d'ici 2011. « La combinaison de Pfizer et de Wyeth constitue une puissante opportunité de transformer notre industrie », a fait savoir le président et CEO de Pfizer, Jeffrey B. Kindler, pour qui la nouvelle société va devenir un leader industriel mondial en santé humaine, animal et OTC. « Avec notre business biopharmaceutique combiné, elle va dominer dans les soins primaires et spécialisés comme dans le domaine des petites et grandes molécules », ajoute ce dernier. Pour Bernard Poussot, le président et CEO français de Wyeth, « l'implication de Wyeth dans l'innovation scientifique va nous rendre capable de construire une compagnie biopharmaceutique diversifiée, au leadership dans des aires de croissance attractives, telles que les vaccins, les produits de nutrition et les produits biotech ». Pour ce dernier les activités des deux compagnies sont hautement complémentaires. « Ensemble nous pouvons construire la meilleure société du monde, diversifiée dans la santé », a ajouté Bernard Poussot.

Nouveau business model

Au total, le nouvel ensemble disposera d'un ensemble de produits pour tous les âges de la vie, avec un portefeuille dans les aires thérapeutiques clés telles le cardiovasculaire, l'oncologie, la santé des femmes, le système nerveux central et les maladies infectieuses. Un portefeuille qui comprend d'ores et déjà 17 produits au chiffre d'affaires supérieur au milliard de dollars. Ce dernier s'accompagne d'un pipeline qualifié de « robuste », incluant des programmes de développement dans le diabète, l'inflammation/immunologie, l'oncologie et la douleur, ainsi que « des opportunités significatives, dans le pipeline de Wyeth, relatives à la maladie d'Alzheimer (issues des biotech). Le modèle de développement global qui sera mis en place devrait poursuivre celui adopté récemment par Pfizer au plan mondial et par lequel chaque « business unit » mondiale, focalisée sur les patients et autres clients, aura la totale supervision des produits en développement, depuis les essais cliniques jusqu'à leur commercialisation. Une approche qui de l'avis des dirigeants du groupe permet des prises de décision rapides, une meilleure utilisation des ressources et qui, in fine, a « pour résultat de renforcer la capacité de la société d'investir dans des opportunités à long terme ». Car la fusion des deux groupes ne résoudra pas, loin s'en faut, tous les problèmes du moment, dont ceux qui commencent à surgir avec la crise économique et qui vont affecter directement le financement des systèmes de santé des pays développés. Pfizer devait rebondir à défaut de dépérir avec la menace générique qui pèse sur son produit vedette, qui représente un tiers de son CA. Il avait aussi besoin de s'adosser à un partenaire susceptible de lui apporter des relais de croissance. C'est chose faite via un rachat qui remet le leader mondial sur le devant de la scène.

Jean-Jacques Cristofari
Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site