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Janvier 2010

La CSMF mobilise contre le gouvernement

Le premier syndicat de médecins libéraux veut mobiliser ses troupes en vue des futures élections régionales et professionnelles. A l'heure où le président de la République annonce qu'il veut refonder la médecine libérale, Michel Chassang lance les « débats de la médecine libérale ». Le divorce est consommé entre les praticiens libéraux et le gouvernement.

A l'occasion de ses vœux à la santé, mardi dernier à Perpignan, le président de la République, accompagné de sa ministre de la Santé, a indiqué avoir confié au président du Conseil national de l'Ordre des médecins, le Dr Michel Langmann, la mission « de réfléchir pour inventer un nouveau modèle de soins de premier recours qui fasse toute sa place à la médecine libérale ». D'ici la fin du mois de mars, ce dernier, entouré d'un groupe d'expert au sein d'un groupe de travail restreint, devra remettre des propositions à Nicolas Sarkozy en vue de refonder une médecine libérale que Roselyne Bachelot vient de remettre dans la boucle pour vacciner les Français contre la grippe H1N1. « Le médecin libéral est le premier recours, a précisé le chef de l'Etat. Il a un rôle absolument central. Le médecin généraliste est un repère indispensable dans notre vie quotidienne et nous aurons toujours besoin d'un médecin à proximité. » Aussi, au terme d'une année largement focalisée sur l'hôpital à travers les débats relatifs à la loi HPST (1) qui ont laissé peu de place aux praticiens libéraux, le président de la République entend simplifier la vie des praticiens et « inventer un nouveau modèle de soins de premier recours qui fasse toute sa place à la médecine libérale ».

Logique partenariale rompue

Reste que pour l'heure, cette même médecine libérale vient de se voir privée du renouvellement de sa convention avec l'Union nationale des caisses d'assurance-maladie (UNCAM). Ses représentants au sein de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) estiment à cet égard que le système conventionnel est en passe d'être démantelé. « La logique partenariale a été rompue, commente cette semaine son président, le Dr Michel Chassang, particulièrement remonté. Les discussions annuelles sur les objectifs de maîtrise ont tourné depuis deux ans à la pantalonnade. Les objectifs de maîtrise pour 2009 et 2010 n'ont pas été négociés, mais imposés par Bercy dans le cadre du PLFSS. » Ce dernier considère ainsi que l'ingérence permanente du gouvernement dans les affaires conventionnelle a abouti à une situation de blocage depuis la fin de 2007, année de l'entrée en fonction du chef de l'Etat. Les stabilisateurs économiques automatiques « qui bloquent pendant plus de six mois l'application des accords conventionnels lorsqu'ils comportent des mesures tarifaires », la mise en place du CAPI (2), le retour à la maîtrise comptable par la baisses des tarifs des radiologues et des biologistes, l'instauration d'un « système répressif » avec la pénalisation de la permanence des soins, les mises sous entente préalable, la délégation de tâches du médecin à d'autres professionnels de santé, le rejet du secteur optionnel, la volonté d'encadrer le secteur à honoraires libres sont autant d'éléments qui participent, selon Michel Chassang, d'une étatisation du système de soins.

Les élections en toile de fond

« Contrairement à ce qui s'est passé aux Etats-Unis, où le président Obama a concerté sa réforme du système de santé pour parvenir à une synthèse avec les principaux syndicats et acteurs de la santé américaine, la ministre de la santé a cherché à diviser et est allé jusqu'à opposer les patients aux médecins », ajoute encore le président de la CSMF, qui dresse un tableau sans appel des conséquences de la loi HPST sur la médecine libérale. « Au final, cette loi n'a pas eu d'autres effets que de créer des contraintes supplémentaires aux médecins libéraux dans un système plus coercitif que jamais, sans contreparties ni moyens supplémentaires, dans le seul but d'encadrer les dépenses de santé à partir des régions. » Une nouvelle fois, comme à la suite des ordonnances Juppé de 1996, la première centrale syndicale du monde médical libéral s'apprête à entrer dans une phase d'opposition frontale au gouvernement. « La marmite est en train de bouillir », poursuit celui qui est par ailleurs président du CNPS (3) et qui entend faire de l'année 2010 « une année de respect des médecins libéraux, qui ne supportent plus les humiliations répétées dont ils sont victimes ». La CSMF, qui réunit cette semaine ses instances dirigeantes, prépare le lancement des « débats de la médecine libérale ». Elle s'inscrit aussi résolument dans le calendrier des futures élections régionales pour lesquelles elle fera connaître ses griefs et ses positions sur l'avenir du système de santé et de la médecine libérale. Au-delà, la centrale de Michel Chassang prépare les futures élections aux Unions régionales des professions de santé (URPS) qui devraient se tenir en juin : « Pour la CSMF, 2010 sera une fois de plus l'année de la mobilisation. » Reste désormais à connaître la forme que revêtira cette dernière et si Michel Chassang lancera effectivement cette fois ses troupes dans la grève.

 

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en chef de Pharmaceutiques

 

 

(1) Hôpital, patients, santé et territoires - HPST

(2) Contrat d'amélioration des pratiques individuelles - CAPI.    

(3) Centre national des professions de santé - CNPS.

 

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