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Janvier 2010

Allemagne : Ratiopharm, un génériqueur très convoité 

Le 4ème acteur mondial du générique devrait être vendu prochainement. Ce fleuron de l'empire d'Adolf Merckle, décédé en janvier 2009, est convoité par le leader mondial de la pharma, le groupe Pfizer, mais également par celui des génériques, l'israélien Teva. La bataille est lancée.

Ratiopharm, numéro quatre mondial des fabricants de génériques, avec un CA de 1,6 milliard d'euros en 2009 (1,9 milliard en 2008), passera bientôt sous un autre pavillon que celui du drapeau noir rouge jaune allemand. L'entreprise qui s'est au fil des années imposée comme le leader des génériqueurs allemands (840 millions d'euros de CA dans le pays) fait partie du plan de restructuration du groupe Phoenix, dont le président Adolf Merckle s'est suicidé il y a tout juste un an, le 6 janvier 2009, après avoir mis en péril son empire suite à des opérations de Bourse malheureuses sur l'action Volkswagen. Les banques ont dès la disparition du dirigeant allemand imposé un plan de restructuration de la dette du groupe consécutive au krach boursier. Au fil des mois, la question de la vente du numéro trois de la répartition européenne, Phoenix, a été sur toutes les lèvres. Finalement, c'est la filiale spécialisée dans les génériques, qui emploie 5 000 salariés dans le monde (dont 2 875 en Allemagne) et commercialise 750 préparations, qui devrait être prochainement vendue en premier.

Bataille de leaders mondiaux

Dans les rangs des candidats à la reprise figure ainsi le leader mondial de la pharma, le groupe Pfizer, qui n'a pas caché son intention d'entrer sur le marché du générique, qui capte déjà ses blockbusters, et qui à l'instar d'autres big pharma se cherche de nouveaux relais de croissance dans un secteur en plein développement (1). Mais un autre compétiteur, le groupe Teva, leader mondial du générique, avec de nouvelles ambitions dans les biosimilaires aux Etats-Unis (2), est également sur les rangs. Avec le rachat de Ratiopharm, l'israélien, qui réalise un CA de 9,3 milliards d'euros en 2009, pourrait prendre une confortable avance sur son challenger dans le classement mondial, le groupe Mylan. Le groupe piloté par Shlomo Yanai s'est déjà offert l'espagnol Bentley Pharmaceuticals, une joint-venture avec Kowa au Japon, avant d'acquérir, en juillet 2008 aux USA, Barr Pharmaceuticals pour 7,46 milliards de dollars et s'imposer comme leader sur le nouveau continent.

Reste que le Private-Equity-Fonds suédois EQT est également sur les rangs, avec cependant, de l'avis du Handelsblatt, peu de chances de l'emporter face à des géants de la branche pharma qui ont, de l'avis du quotidien économique, « de forts intérêts stratégiques, un potentiel de synergies élevé et une puissance financière certaine ». Le prix d'achat du génériqueur allemand se situe pour l'heure dans une fourchette de 2,8 à 3 milliards d'euros, somme qui viendra alléger les pertes occasionnées par l'endettement de l'ancien patron du groupe Merckle, groupe qui vit depuis un an sous la pression des banques allemandes en quête d'une sortie favorable par le haut plutôt qu'un démantèlement de l'Empire. La Commerzbank et la Royal Bank of Scotland sont chargées de mener à bien cette cession.

 

Jean-Jacques Cristofari
Rédacteur en chef de Pharmaceutiques

 

(1) Selon IMS, quelque 135 milliards de dollars de produits vont tomber dans le domaine public sur les huit principaux marchés mondiaux. Le pic sera atteint en 2011 avec 43 milliards de dollars pour cette seule année. En 2008, le marché mondial du générique est estimé à 80 milliards de dollars. Il a déjà dépassé les 100 milliards en 2009.

(2) Cf. Pharmaceutiques n° 173, janvier 2010, « Biosimilaires : Teva à l'assaut des USA ».

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