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Janvier 2013

Le cerveau, co-lauréat de la course au milliard 

Le "Human Brain Project", au côté du projet "Graphène", vient de remporter la compétition du plus grands fonds scientifique européen : le programme Flagship FET (technologies futures et émergentes). A la clé, un financement de plus de 600 millions d'euros sur 10 ans. Avec des répercussions en médecine et en informatique.

« Le 21ème siècle sera celui de la compréhension du cerveau », se réjouit Jean-Pierre Changeux, professeur honoraire au Collège de France et à l'Institut Pasteur. La Commission européenne a officiellement désigné ce lundi 28 janvier le Human Brain Project (HBP) comme l'un de ses deux projets FET Flagship. Aux côtés du projet Graphène qui s'attache à l'exploitation des propriétés exceptionnelles de ce matériau, la sélection de HBP parmi les six projets finalistes du programme FET Flagship est le résultat de trois ans de travail de préparation et d'évaluation par des scientifiques indépendants.
Le HBP a pour but de réunir toutes les connaissances actuelles sur le cerveau humain afin de le reconstituer dans des modèles permettant de mieux comprendre son fonctionnement et les maladies neurologiques. Le projet favorisera le développement de technologies novatrices dans les domaines informatiques et robotiques, permettant aux neuroscientifiques d'analyser comment s'articulent d'une part les aspects génétiques, moléculaires et cellulaires, et de l'autre la dimension cognitive et comportementale. Une plateforme d'informatique médicale réunira les données cliniques du monde entier avec pour objectif l'accès à des techniques de diagnostic et l'accélération de la mise au point de nouveaux traitements.

Un budget de 1,19 milliard d'euros sur 10 ans

Coordonné par l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) en Suisse, le projet débutera fin 2013 pour une durée de 10 ans. Il fédérera dans un premier temps 87 institutions de recherche européennes mais également internationales, pour atteindre plus de 200 partenaires au bout de cinq ans. Son coût est estimé à 1,19 milliard d'euros sur 10 ans et devrait être financé à plus de 50% par la Commission européenne (1). Les programmes-cadres de recherche de l'Union européenne, en particulier le programme Horizon 2020 (2014-2020) actuellement en cours de négociation (budget proposé de 80 milliards d'euros sur sept ans), assureront un financement stable de ces projets sur toute leur durée. Neelie Kroes, vice-présidente de la Commission européenne, estime que « pour que l'Europe puisse conserver son statut de superpuissance de la connaissance, il faut concevoir l'inconcevable et exploiter les meilleures idées ». C'est également ce que souligne la ministre française de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso : « L'enjeu, en encourageant les innovations et technologies de rupture, est clairement de faire de la recherche un levier majeur pour la compétitivité de qualité, condition indispensable au redressement industriel et au développement d'emplois. » 

La France au cœur du réseau

Sur les 11 porteurs du projet HBP, trois sont français, gérant chacun un axe de travail. L'équipe d'Alain Destexhe, directeur de recherche au CNRS, coordonne la théorie des réseaux neuronaux. Stanislas Dehaene, directeur de l'unité de neuroimagerie cognitive (unité mixte INSERM-CEA), s'occupe des neurosciences cognitives, alors que les aspects éthiques sont supervisés par Jean-Pierre Changeux (Collège de France, Institut Pasteur). Dans le domaine des neurosciences cellulaires intégratives et computationnelles et dans la mise en place d'une cartographie fonctionnelle de haute résolution du cerveau humain, la France est bien représentée, en particulier avec le CEA, l'Inserm, l'INRIA, l'Institut Pasteur, le CNRS et les infrastructures de NeuroSpin. Le projet HBP créera en région parisienne un Institut européen des neurosciences théoriques (EITN). A l'image de cet institut qui sera un véritable carrefour des différents courants théoriques et mathématiques, la France sera au cœur du réseau européen.

Juliette Badina


(1) Les partenaires du projet devraient couvrir 555 millions d'euros de financement, soit 48% du budget.

 

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