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Janvier 2014

Comment développer l'éducation thérapeutique du patient?

L'Académie nationale de Médecine a publié un rapport sur le développement de l'ETP, "facteur clé de la mutation de notre système de santé" face à l'explosion des maladies chroniques.

Le poids croissant des maladies chroniques (9,5 millions de Français en ALD pour un coût de 65,2 milliards d'€) et les défauts de la prise en charge actuelle (38% des diabétiques non-observants à un an) plaident en faveur du développement de l'éducation thérapeutique du patient. Inscrite dans la Stratégie nationale de santé, celle-ci doit "accroître la qualité et la sécurité des soins" et faire en sorte que le patient "devienne acteur ou auteur de son traitement", a souligné le Pr Gérard Reach, chef du service d'endocrinologie, diabétologie, maladies métaboliques de l'hôpital Avicenne-Université Paris-13 Bobigny, lors du colloque de présentation.
Une telle évolution fait l'unanimité puisque 93% des médecins et 81% des patients pensent que l'ETP permet une meilleure prise en charge et respectivement 98% et 97% un changement de mode de vie, selon deux sondages menés par l'Association pour la prévention du risque cardiométabolique (APRC), l'un auprès de 855 généralistes et l'autre auprès de malades membres du réseau social Carenity. Pour les professionnels, leur propre implication compte autant que la motivation des patients, alors que ces derniers insistent davantage sur le rôle du médecin. Les obstacles évoqués sont l'absence de formation et de financement, mais aussi le manque de temps.

"Vers une médecine de la personne"

"Les médecins sont formés principalement à diagnostiquer et à prescrire", observe le Pr Claude Attali du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), qui plaide pour une "formation à l'acquisition de compétences humaines (relation médecin-patient...) et une modification de l'exercice médical pour l'adapter aux défis de l'épidémie de maladies chroniques et aux attentes de la société". "La posture du soignant doit être centrée sur le patient", a-t-il insisté. Il faut passer d'un "modèle bio-médical, d'une médecine des maladies à un modèle bio-psychosocial, une médecine de la personne", a renchéri le Pr Jacques Bringer, doyen de la faculté de médecine de Montpellier.
Développer l'ETP nécessite de "repérer les barrières" à l'accès aux soins "pour savoir où porter les efforts", de former les soignants à la communication, de coordonner les actions des nombreux intervenants, de valoriser l'ETP à l'hôpital et de repenser la rémunération en ville, a listé le Pr Gérard Reach (Avicenne).

Revoir la formation des professionnels

L'Académie de Médecine a émis une série de recommandations, dont certaines à mettre en œuvre "immédiatement", dans le domaine de la formation initiale - initiation à l'ETP lors de la Première année commune aux études de santé, module lors du 2e cycle comptant pour les épreuves nationales classantes - et continue (DPC), via une formation validée par un diplôme reconnu par les agences régionales de santé. Elle suggère le développement des expériences à l'hôpital, la création en ambulatoire d'équipes pluridisciplinaires coordonnées par un médecin, l'établissement et le contrôle par l'ARS de coordinations territoriales et ville-hôpital, et l'instauration d'un budget dédié à l'hôpital et d'un fonds national géré par l'ARS pour le secteur ambulatoire, a détaillé le Pr Claude Jaffiol, président du groupe de travail. A plus long terme, l'instance propose l'organisation, par des paramédicaux et des associations, d'actions d'ETP à domicile pour les personnes fragilisées et précarisées, une forfaitisation de l'acte, le lancement d'évaluations et de recherches, ou encore la création d'un comité national multi-partenarial régi par les sociétés savantes. Ce qui impliquera une vraie "transformation du système actuel".

Muriel Pulicani
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