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Février 2014

Entretien avec Ranjit Shahani, vice-président & directeur général de Novartis Inde

"Les laboratoires pharmaceutiques sont dissuadés d'investir en Inde"

Novartis a été l'un des premiers laboratoires à attirer l'attention sur le régime indien de propriété intellectuelle avec l'exemple du Glivec® en 2013. Quelle est aujourd'hui la position du laboratoire dans cet environnement ?
Ranjit Shahani. Cette décision entrave les progrès médicaux dans le traitement des maladies lourdes et décourage indéniablement l'investissement, non seulement de Novartis, mais de l'ensemble des laboratoires pharmaceutiques innovants. Plusieurs autres problématiques sont également soulevées, comme celle de la lutte contre les produits contrefaits, de la qualité de la production et du suivi médical des patients. Les licences obligatoires ne devraient être utilisées que dans des circonstances exceptionnelles, en cas de crise sanitaire nationale par exemple. Il convient d'ailleurs de souligner que le Glivec®, en vertu de la loi de 2005, aurait été de toute façon rapidement disponible en version générique sur le marché indien, et ce, indépendamment de l'issue juridique de l'affaire. Novartis, en tant que groupe, garde en revanche ses perspectives de croissance futures, et ce revers local n'a pas d'influence sur la stratégie globale.

Quelles sont les possibilités de développement de l'industrie pharmaceutique sur le marché indien ?
Ranjit Shahani. L'Inde dispose d'un important marché intérieur, avec un potentiel et des ressources de développement immenses. Au cours des 40 dernières années, le pays a enregistré une croissance rapide de son marché pharmaceutique, en développant un accès plus efficace aux principaux médicaments. Inutile de dire qu'il s'agit très largement de produits génériques et que la couverture maladie ne s'étend pas à l'ensemble la population. Il est également important de noter qu'en Inde, chaque personne peut aller dans une pharmacie et obtenir le médicament qu'il souhaite sans aucune prescription. Le marché est donc d'abord orienté sur le volume. Novartis, qui est présent en Inde depuis 1947, est d'ailleurs très bien intégré, et nos ventes sont en constante progression, notamment au cours des quatre dernières années. Il est toutefois décevant de voir l'innovation aussi peu valorisée.

Cette politique en matière de propriété intellectuelle aide-t-elle d'abord l'industrie générique à se renforcer ?
Ranjit Shahani. L'Inde dispose de nombreuses entreprises de médicaments génériques et le secteur s'est en effet construit grâce à l'appui du gouvernement et à une législation favorable. Mais pour avoir une industrie pharmaceutique compétitive, tous les laboratoires ont besoin de ce soutien, y compris ceux qui font de la R&D. Il est certainement possible pour les autorités d'atteindre les objectifs en santé sans recourir à certaines licences obligatoires. Et c'est très décevant pour nous d'être exclu de notre rôle dans le système de santé. Il ne faut pas oublier par ailleurs que l'Inde a un marché à deux vitesses. S'il est difficile pour une grande partie de la population d'accéder aux soins, il y a également une société très riche qui profite des opportunités offertes par ce système. Il est important de veiller dans ce contexte à ce que le système ne vienne pas subventionner les plus riches. Enfin, de nombreux leviers restent à actionner pour développer le système de soins en Inde, notamment en termes d'infrastructures.

Fabien Nizon

 

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