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Juin 2014

Vaccination: des initiatives locales à généraliser?

Informer le grand public et les professionnels de santé, faciliter l'accès à la vaccination et mettre en œuvre des actions spécifiques pour les populations les plus éloignées du système de soins constituent des axes pour améliorer la couverture vaccinale.

Pour pallier une couverture vaccinale non satisfaisante, plusieurs instances (assurance-maladie, ARS...) ont initié différents types d'actions au niveau local. Leurs représentants ont dressé un bilan positif de ces expériences lors des journées prévention organisées du 3 au 5 juin à Paris par l'Inpes (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé).

Investir les réseaux sociaux

C'est dans "une crise de confiance généralisée" que l'Inpes a mis en place en 2011 un "community manager" sur la rougeole, rapporte Elodie Aïna, responsable communication de crise et urgences sanitaires à l'institut. Cette personne mène une "veille active" sur les sites internet santé et les forums les plus influents, "détecte les erreurs, les rumeurs et les inquiétudes, et choisit d'intervenir ou non". Elle utilise les éléments de réponse contenus dans une "bible" et adapte le message en fonction du contexte. Sur 90 conversations, 52 ont donné lieu à une intervention, relate Elodie Aïna. "Le community manager a été très bien accueilli par les internautes et toutes les conversations (sauf deux) se sont arrêtées sur l'information qu'il a donnée sans remise en cause du message", affirme-t-elle.
Dans le même état d'esprit, la Caisse primaire d'assurance-maladie de Vendée a lancé fin novembre 2013 un blog, tout-savoir-sur-la-grippe.fr, qui a reçu 3.500 visiteurs. "La vidéo YouTube a été vue 22.450 fois, une vingtaine de questions différentes envoyées et une cinquantaine de questions-réponses pouvaient être consultées", indique Laurent Buteau, responsable de la gestion du risque ambulatoire à la CPAM.

Fournir des outils aux professionnels

D'autres actions de communication ciblent les professionnels. Ainsi, l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur envoie tous les six mois aux 6.800 libéraux des fiches pratiques et argumentaires (sur l'hépatite B, le pneumocoque, la grippe, le méningocoque C), fiches également téléchargeables sur son site. Une lettre est adressée avec la même fréquence aux 830.000 assurés, avec leurs relevés de prestation. Une centaine d'actions sont organisées pendant la Semaine européenne de la vaccination, permettant d'augmenter de 10 à 25% la couverture vaccinale. Enfin, la région élabore actuellement un module de formation à distance pour les médecins, infirmières et sages-femmes, comprenant une trentaine de séquences, détaille Lisbeth Fleur du comité régional d'éducation pour la santé de PACA.
La région a également expérimenté la mise à disposition de vaccins anti-grippe au cabinet d'une douzaine de praticiens entre fin décembre 2013 et début janvier 2014. L'augmentation de la couverture vaccinale a été de 8%, extrapole Francis Charlet, responsable du département veille et sécurité sanitaire de l'ARS. Une autre étude, menée par 310 médecins de la Vienne en septembre 2012, montre une progression du taux de vaccination dTCaPolio et ROR de 27% en deux semaines quand le praticien propose une vaccination immédiate et de 14% quand il donne un nouveau rendez-vous au patient, relate le Dr François Birault, responsable du département de médecine générale à la faculté de médecine de Poitiers. Ce dispositif se heurte cependant à la législation et à la résistance des pharmaciens, ont pointé Francis Charlet et François Birault. Tous deux ont par ailleurs plaidé pour une utilisation conjuguée du dossier pharmaceutique, du dossier médical personnalisé (DMP) et du carnet de vaccination électronique.

S'adapter aux populations

La stratégie vaccinale doit aussi "s'adapter à chaque contexte, à chaque public ciblé", a noté Nathalie Likhite, consultante OMS Europe, qui est revenue sur l'application des "Tailoring Immunization Programmes" contre la rougeole en Bulgarie. L'épidémie a touché 24.000 personnes en 2009-2010, dont 89% de Rom. Pour agir auprès de cette population, la campagne a débuté par une "phase d'écoute, d'apprentissage, d'identification": études quantitatives et qualitatives menées auprès des parents et des généralistes, ateliers avec des médiateurs communautaires de santé, consultations avec les institutions. Les solutions ont été adaptées, avec le développement de la vaccination à domicile ou à proximité, l'utilisation d'un système de rappel et d'une carte de suivi, la création d'un système informatique de suivi individualisé, ou encore le recours à la communication interpersonnelle (counseling). Les résultats de ces actions ont néanmoins été limités. Des TIP vont être lancés en Suède et des projets sont en cours en Grande-Bretagne, en Suisse et en France, a ajouté Nathalie Likhite.

En conclusion, Jean-François Dodet, directeur du département promotion de la santé de l'ARS de Bourgogne, a souligné le rôle central du médecin généraliste, la nécessité "d'investir plus sur les réseaux sociaux" et de "mobiliser l'entourage immédiat" des personnes à vacciner, et a prôné une révision de l'organisation du système de soins et de la législation en vigueur.

Muriel Pulicani
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