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Janvier 2016

Hépatite C : médecins et patients demandent un élargissement de la prise en charge

Alors que l'éventail de médicaments disponibles permet aujourd'hui d'envisager une éradication de l'hépatite C en France, la prise en charge est toujours limitée aux stades les plus sévères de la maladie.

En finir avec les restrictions d'accès au traitement : telle est la revendication des hépatologues et des représentants de patients atteints d'hépatite C, lors d'une conférence de presse organisée le 11 janvier, jour d'ouverture de la 9e Paris Hepatitis Conference. Depuis l'arrivée des premiers anti-VHC à action directe (AAV) jusqu'à aujourd'hui, les recommandations du collège de la HAS, publiées en juin 2014, n'ont pas varié. Sauf co-infection au VIH et autres situations particulières (où les patients sont traités quel que soit le stade de la maladie), les AAV ne sont pris en charge qu'aux stades de fibrose les plus avancés : F4, F3 et F2 sévère. Les cas de ces derniers doivent être examinés dans le cadre d'une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), créée pour l'occasion.
Pour le Pr Patrick Marcellin (en photo), hépatologue à l'Hôpital Beaujon (AP-HP) et président de la 9e Paris Hepatitis Conference, il y a urgence à revoir ces recommandations. « A l'hôpital Beaujon, où nous avons traité près de 1 000 patients en deux ans, il n'y a presque plus de patients aux stades F3 ou F4 en attente de traitement ; en revanche les patients F2 sont dans l'expectative, témoigne-t-il. Les dossiers de patients F2 que nous présentons en RCP sont le plus souvent refusés : le stade F2 "sévère" est très subjectif. »

Des traitements très efficaces


Pascal Mélin, président de la fédération SOS Hépatites, voit dans ces restrictions « un recul de la médecine. Imagine-t-on annoncer à une patiente, à qui l'on vient de diagnostiquer un cancer du sein : "les traitements existent, mais nous attendrons que votre cancer soit plus grave pour vous soigner" ? C'est exactement ce qui se passe avec les patients atteints par le VHC », dénonce-t-il.
La communauté des hépatologues se réjouit de disposer aujourd'hui de trois classes d'AAV qui, par des associations, permettent de guérir presque tous les patients quel que soit le génotype viral, sans recourir à l'interféron et souvent même sans ribavirine (deux médicaments aux effets secondaires importants). Ces traitements sont d'autant plus efficaces qu'ils sont administrés tôt dans l'évolution de la maladie.
Les prix très élevés de ces médicaments, et leur impact sur le budget de l'assurance maladie, ont souvent été mis en avant. Mais pour Michel Joly, président de Gilead France, il s'agit d'un faux débat, qui confond les notions de "prix" et de "coût". Selon ses estimations, « il est tout à fait possible, avec de la volonté, d'éradiquer l'hépatite C en France en sept ans, sans impact budgétaire supplémentaire par rapport à 2015, et en traitant 20 000 patients par an. Ainsi, en 2023, le coût des traitements de l'hépatite C sera tombé à zéro. »

Des moyens supplémentaires nécessaires


Ces prévisions optimistes se heurtent néanmoins à de nombreux obstacles, qui s'ajoutent à celui posé par les coûts des traitements. Depuis l'arrivée des AAV, le nombre annuel de patients traités peine à atteindre les 15 000, et les centres de traitement « sont saturés », indique Patrick Marcellin. Dès lors, comment espérer une montée en charge de plus de 30 % ? « En dépit de l'arrivée de traitements plus efficaces et de la création de RCP, nous devons travailler à moyens constants... et nous ne voyons arriver aucun moyen supplémentaire », se désole-t-il.
Autre difficulté : tous les patients porteurs du VHC n'ont pas encore été diagnostiqués. Pascal Mélin en appelle au développement des TROD (tests rapides d'orientation diagnostique). Mais selon lui, engager une démarche de dépistage systématique n'aura de sens que si les critères de prise en charge du traitement sont revus : « 80 % des malades diagnostiqués aujourd'hui n'entrent pas dans ces critères », s'inquiète-t-il.
La France n'est pas le seul pays concerné par ces difficultés. En Allemagne, où l'épidémiologie est proche de celle de la France et où les autorités ont fait le choix d'une prise en charge du traitement pour tous les patients, seuls 14 000 malades ont été traités en 2015.

Julie Wierzbicki

 

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