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Janvier 2017

L'hépatite C n'est (presque) plus un sujet

Lors de la 10e édition de la Paris Hepatology Conference, l'hépatite C est reléguée au second plan, derrière l'hépatite B et les maladies chroniques du foie d'origine non virale. Les nouveaux enjeux mis en avant sont désormais le dépistage « universel », la prévention et le développement de traitements contre ces pathologies silencieuses.

L'hépatite C sera-t-elle encore au menu des grands congrès médicaux dans quelques années ? Alors qu'une journée entière lui était consacrée lors des éditions 2015 et 2016 de la Paris Hepatology Conference, cette pathologie n'occupe plus qu'une demi-journée à l'occasion de la 10e édition, qui se tient comme les précédentes sur deux jours (30 et 31 janvier). Il faut dire qu'en l'espace de trois ans, une révolution s'est opérée avec l'arrivée des antiviraux à action directe, qui permettent la guérison du patient en quelques semaines de traitement dans 97 % des cas. « Avec l'hépatite C, on a trouvé une locomotive pour l'hépatologie », s'est réjoui le Dr Pascal Melin, président de SOS Hépatites, lors d'une conférence de presse organisée à l'occasion de la conférence. Il se dit ainsi convaincu que les succès remportés contre cette pathologie vont permettre de communiquer et de mobiliser autour des autres maladies chroniques du foie (MCF).

Des capacités de prise en charge toujours limitées

Tous les défis posés par l'hépatite C n'ont bien sûr pas été résolus. Ainsi, même avec « l'accès universel au traitement » annoncé en mai dernier par Marisol Touraine, il semble toujours impossible de traiter plus de 15 000 à 17 000 patients par an en France. Les nouvelles conditions de prescription de certains des traitements disponibles (1), pour lesquels les réunions de concertation pluridisciplinaires (RCP) ne sont désormais plus obligatoires sauf dans les cas les graves, ne devraient guère changer la donne. Pour le Pr Marcellin, président de la Paris Hepatology Conference et directeur de recherche Inserm-AP-HP, les services n'ont simplement pas les moyens de prendre en charge davantage de patients.

Importants développements dans la NASH

Même si les spécialistes s'attendent à une diminution importante de la prévalence de l'hépatite C dans le monde au cours de la prochaine décennie, la prévalence globale des MCF demeure très élevée (18,5 %). L'on voit notamment augmenter les cas de NASH (stéatohépatite non alcoolique ou "foie gras"), maladie hépatiquee la plus fréquente aujourd'hui, en cause dans 80 % des cas de cirrhoses. Aucun médicament n'a encore été approuvé dans cette indication. Le seul traitement à ce jour permettant d'obtenir des effets positifs repose sur des mesures hygiéno-diététiques, auxquelles les patients adhèrent difficilement.
De nombreux médicaments candidats sont actuellement testés en clinique, ciblant des voies métaboliques variées : plus de 100 essais cliniques sont en cours avec des molécules différentes. Pour le Pr Lawrence Serfaty, hépatologue à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, les traitements futurs reposeront probablement sur des combinaisons de médicaments, plutôt que sur des molécules uniques.

Pour un dépistage universel des hépatites virales

Pour les hépatites virales, l'enjeu principal aujourd'hui est celui du dépistage. « Décréter le "traitement universel" sans instaurer le "dépistage universel" n'a pas de sens », assène Pascal Melin, qui plaide également pour un élargissement du traitement de l'hépatite B. « Il faudrait un dépistage universel des anomalies du bilan hépatique, de la même façon que l'on dépiste le cholestérol ou le diabète », propose Patrick Marcellin.
Instaurer un dépistage organisé à 50 ans comme pour le cancer colorectal, impliquer la médecine du travail, cibler les actifs et les femmes enceintes : aucun consensus ne s'est encore dégagé sur les modalités d'organisation du dépistage des hépatites virales en France. « Il faudra remettre tous les acteurs autour de la table sur cette question », souhaite Pascal Melin.

Julie Wierzbicki

(1) Ces nouvelles modalités, annoncées en janvier 2017, concernent pour l'instant Zepatier® de MSD et Viekirax®/Exviera® d'AbbVie. Elles s'accompagnent d'un alignement du prix des traitements (environ 28 700 € pour 12 semaines de traitement de l'infection par le VHC de génotype 1). Les négociations sont encore en cours pour Harvoni®, de Gilead.

 

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