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Mars 2017

Prix des anticancéreux : Muriel Dahan alerte sur l'explosion du système

Pour garantir la continuité de l'accès des patients aux médicaments qui leur sont utiles, Muriel Dahan, directrice des recommandations et du médicament de l'INCa, propose de mieux définir les conditions de leur utilisation et de remettre à plat le système de construction de leur prix.

Ce mercredi 1er mars, le Café Nile recevait Muriel Dahan, directrice des recommandations et du médicament de l'Institut national du cancer. Celle-ci a profité de cette tribune pour alerter sur le risque, en matière d'accès au traitement, que fait courir l'inflation des prix des nouveaux anticancéreux.
« On a voulu valoriser l'innovation en liant le niveau de prix à une ASMR, mais un tel système est par définition inflationniste. Les travaux de l'INCa montrent que depuis 2005, le prix moyen d'un traitement anticancéreux a augmenté de 10 % par an, indique-t-elle. Et nous n'avions pas alors pris en compte les immunothérapies, les anticorps bispécifiques, les thérapies cellulaires CART... qui seront utilisées en bi, tri voire quadrithérapie ! ».
Jusqu'à présent, l'Ondam n'a pu être respecté qu'en tirant vers le bas les tarifs des médicaments "anciens". Avec un impact délétère sur l'économie des officines, chaque diminution de prix diminuant leur marge.

Construire de nouveaux modèles

Conséquence de cette nouvelle vague d'innovations : le prix est vu de plus en plus comme le nouveau facteur pouvant limiter l'accès au médicament. « Quelle que soit la bonne volonté des uns et des autres, on va se retrouver dans une impasse », prévient Muriel Dahan, qui se refuse à rejeter la faute sur l'une ou l'autre des parties prenantes.
Pour garantir que chaque patient puisse continuer à recevoir les traitements dont il a besoin, elle ne propose pas de « solution miracle » mais suggère deux pistes. En premier lieu, il importe selon elle de définir précisément dans quelles conditions un médicament est le plus utile pour un patient donné, et dans quelles situations au contraire il ne devrait pas être utilisé. Concernant le prix, celui-ci doit être construit « pas à pas, avec des critères précis », en mettant sur la table tous les paramètres réellement pris en compte.
En outre, elle estime nécessaire de travailler à la modélisation du coût d'une pathologie, incluant, outre le prix du traitement médicamenteux, les autres volets que sont les consultations, examens, frais d'hospitalisation : « Construire un tel modèle sera de la haute-couture ! »

Vie réelle et intérêt de santé publique

Muriel Dahan met également en garde contre certaines tendances à l'œuvre dans l'évaluation et la négociation des prix. Elle dénonce par exemple l'idée que l'investissement productif consenti par les laboratoires puisse avoir une influence. « L'attractivité doit résulter d'une politique industrielle, ce n'est pas à la sécurité sociale et à la solidarité nationale de la financer », juge-t-elle.
Elle s'inquiète également des autorisations délivrées précocement, reportant au post-AMM la fin du développement de certains médicaments. « C'est une perversion du système : on n'obtiendra jamais avec une étude en vie réelle le niveau de preuve d'un essai clinique », relève-t-elle.
Le suivi en vie réelle doit toutefois absolument être développé, « pour savoir exactement quel est l'impact d'un traitement, notamment sur la qualité de vie du patient, un aspect bien peu considéré pour l'instant. Améliorer cette qualité de vie est au moins aussi important que d'allonger de quelques mois la durée de survie. » Ce suivi devra impliquer les officines, « génératrices de données que l'on aura du mal à récupérer ailleurs ». « Le paiement à la performance était une idée séduisante, mais qui s'est révélée peu concluante en pratique, faute d'outils de suivi », note-t-elle au passage.
Pour mettre fin à « l'évaluation en silo » du médicament, des parcours de soins et des pratiques, elle suggère enfin de se ré-intéresser à un critère trop peu exploité à son goût, "l'intérêt de santé publique" : « une variable importante qui fait le lien entre l'abord "médicament" et l'abord "maladie". »

Julie Wierzbicki

 

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