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Septembre 2017

Coûts du cancer : entre méconnaissance et inquiétude

Selon l'Observatoire Cancer Institut Curie - Viavoice, les Français se montrent inquiets sur la capacité du système français à garantir l'accès aux traitements innovants... tout en sous-estimant largement le coût de ces derniers.

Etude annuelle dédiée à la perception par les Français des grands enjeux du cancer, l'Observatoire Cancer Institut Curie - Viavoice s'est penché cette année sur le sujet du coût des traitements innovants et de son impact sur le système de santé. Un thème cher au président de l'Institut Curie, le Pr Thierry Philip (en photo) : celui-ci avait au printemps dernier publié une tribune où il plaidait pour une refonte du système de régulation et plus de transparence sur les prix. « Puisque nous avons une ministre de la Santé experte du sujet (1), saisissons l'occasion de mettre tout le monde autour de la table », réclame-t-il.
La polémique sur le prix des médicaments contre l'hépatite C et la campagne d'affichage menée par la Ligue contre le cancer sur le prix des nouveaux anticancéreux, semblent avoir marqué les esprits. Ainsi, 42 % des personnes interrogées dans l'Observatoire 2017 (2) pensent que dans les prochaines années, le système de santé ne pourra pas garantir un accès équitable aux traitements innovants pour tous les patients atteints d'un cancer, et 75 % citent le prix trop élevé des traitements innovants comme un facteur d'inégalité d'accès.

Des prix largement sous-estimés

Paradoxalement, ces mêmes prix, et au-delà, le coût de la prise en charge d'un patient cancéreux, sont largement sous-estimés par la population : 55 % évaluent à moins de 500 € la journée d'hospitalisation en service de cancérologie (entre 1 600 et 2 170 € en réalité) et 21 % le prix d'un traitement par immunothérapie à moins de 500 €. Ce prix, compris entre 80 000 et 116 000 €, est sous-évalué par 96 % des personnes interrogées. « Cette méconnaissance du coût des médicaments n'est pas surprenante, elle est même le signe d'une bonne santé de notre système de couverture, relève Isabelle Huet-Dusollier, responsable du plaidoyer chez Rose-Association (cancer du sein), lors d'une table ronde organisée le 7 septembre à l'Institut Curie suite à la présentation des résultats de l'enquête. Mais l'accélération de l'arrivée des innovations, avec des prix toujours plus élevés, est une réelle source d'inquiétude pour les associations. » « Il est indispensable d'impliquer les malades dans les négociations sur les prix, déclare Thierry Philip, car ils vont exiger la transparence et ils auront raison. »

Prix « juste » et « transparent »

Cette table-ronde a notamment permis de débattre de la notion de "prix juste". Pour Thierry Philip, il doit refléter le coût du développement (y compris l'attrition) et celui de la fabrication, en tenant compte des efforts déjà fournis par la recherche académique. Pour Franck Perez, directeur de recherche au CNRS / Institut Curie, il doit être équitable, raisonnable et non discriminant ; un laboratoire proposant un prix "non juste" pouvant se voir exposé à une licence d'office. Catherine Simonin, représentant la Ligue contre le cancer, réclame également plus de transparence et insiste sur la nécessité de renégocier les prix en fonction de la durée réelle de traitement. Présent dans la salle, Pierre-Yves Brossard, responsable des affaires publiques de MSD France, s'inquiète d'une dérive de l'opinion vers une hostilité à l'innovation. « D'accord pour parler de la question du coût, concède-t-il. Mais que cela ne masque pas la problématique de l'attractivité de la France et de l'accès précoce au médicament. »

Julie Wierzbicki

(1) Agnès Buzyn a présidé l'Institut national du cancer de 2011 à 2016.
(2) Enquête en ligne réalisée en mai et en juillet 2017 auprès de 1 001 personnes adultes (méthode des quotas).

 

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