Actualité publiée sur le site
Janvier 2006

Pandémie grippale : le nouveau plan du ministre

Auditionné dans le cadre de la mission d’information sur la grippe aviaire, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a rendu publique la nouvelle version du plan de prévention et de lutte contre une éventuelle pandémie grippale. A cette occasion, il a également fait le point sur l’épizootie sévissant actuellement en Turquie, soulignant au passage que « le virus H5N1 n’avait pas encore acquis un mode de transmission inter-humain ».  

Xavier Bertrand a présenté devant les membres de la mission d’information sur la grippe aviaire, la nouvelle version du plan de prévention et de lutte « pandémie grippale ». En phase avec les recommandations énoncées par l’OMS, ce dispositif distingue six niveaux d’alertes, eux-mêmes subdivisés en deux cas de figure distincts (A : cas localisés à l’étranger ou B : cas localisés en France). Selon le ministre de la Santé, « le Pays se situerait en ce moment au niveau 3A ». Autrement dit, dans une situation virologique présentant quelques « cas humains isolés à l’étranger sans transmission inter-humaine avérée ». Mais, au-delà de l’aspect purement quantitatif, ce plan va notamment permettre la création d’outils de communication et de sensibilisation, visant à informer l’ensemble de la population sur cette thématique. Un certain nombre de mesures similaires étant également mises en place dans les grands aéroports à destination des zones les plus touchées par l’épizootie.

D’un point de vue pratique, ce plan de grande envergure définit une véritable « hiérarchisation des compétences en matière d’organisation des soins et des prises en charges des malades en vue de préserver la société en général et le système de santé en particulier ».

Outre les dispositions relatives au bon fonctionnement du système de soins en situation de  crise sanitaire, le plan « pandémie grippale » prévoit également la constitution et le renforcement d’un arsenal thérapeutique à titre préventif. Dans l’état actuel des choses, 49 600 000 de masques de protection FFP2 conçus à l’attention des professionnels du secteur sont, d’ores déjà, disponibles dans 272 établissements de santé. En complément, Xavier Bertrand affirme avoir commandé 148 millions de masques supplémentaires pour mai 2006 (dont 68,5 millions d’ici fin février). Pour satisfaire l’ensemble des besoins, trois ateliers de production en série ont récemment ouvert leur porte (en Midi-Pyrénées, Bretagne et Rhône-Alpes). L’objectif est d’emmagasiner entre 300 et 400 millions de masques FFP2 pour la seule année 2007.

Par ailleurs, l’ex-secrétaire d’État en charge de la réforme de l’assurance-maladie, aurait également réservé 500 millions de masques anti-projection (à destination de l’entourage des patients) portant à plus d’un milliard le nombre d’unités disponibles avant la fin de l’année 2006. En vertu des quotas fixés par l’OMS, la France s’est dotée de l’une des plus grosses réserves mondiales d’antiviraux. Transformables en gélules par la Pharmacie centrale de l’Armée en cas d’incident sanitaire majeur, ces doses sont pour l’instant stockées dans un hangar dont le lieu est tenu secret (13 millions de traitements de Tamiflu® des laboratoires Roche et 200 millions de doses de Relenza ® des laboratoires GlaxoSmithKline y seraient conservées). La fin justifiant les moyens, le ministre de la Santé aurait, par mesure de précaution, réservé 19 millions de doses antivirales supplémentaires pour la période 2006-2007 (10 millions de doses de Tamiflu® et 9 millions de doses de Relenza®). 

Compte tenu de la propagation de l’épizootie, la plupart des experts craignent que la souche du virus H5N1 franchisse la barrière des espèces, ouvrant ainsi la voie à un mode de transmission inter-humain hautement pathogène. Dans cette optique, deux types de vaccins sont en cours de production. L’un, pré-pandémique correspondant à la souche sévissant en Asie et aux frontières de Europe et l’autre qualifié de pandémique, intervenant notamment en cas de mutation de la souche virale actuelle. En dépit des apparences, l’arrivée de ce plan, prévu de longue date, « n’est pas directement liée à la prolifération des cas détectés en Turquie. Il traduit plutôt une volonté de freiner l’apparition et la diffusion d’une crise sanitaire majeure ».

Lors de son audition, le ministre de la Santé est d’ailleurs brièvement revenu sur la question turque. Au regard des dernières données épidémiologiques, 10 des 81 provinces du pays seraient frappées par l’épizootie. Selon les experts de l’OMS, 3 des 15 personnes susceptibles d’être atteintes par la variante humaine du virus H5N1 seraient finalement décédées des suites de l’infection. Au rang des causes invoquées pour expliquer cette recrudescence des cas humains, le ministre de la Santé place en premier lieu la « promiscuité avec les volailles infectées. Celles-ci multipliant les risques d’expositions aux sécrétions respiratoires ainsi qu’aux déjections des oiseaux malades, principaux facteurs de contamination ».

Depuis sa réapparition aux confins de l’Asie du sud-est en décembre 2003, le virus H5N1, dit de la grippe aviaire, poursuit son inexorable progression vers l’ouest. Après avoir traversé 16 pays (Vietnam, Cambodge, Corée, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Thaïlande, Chine Kazakhstan, Ukraine, Russie, Roumanie, Bulgarie, Croatie, Turquie), les regards se tournent désormais vers l’Afrique où séjournent actuellement plusieurs centaines de milliers d’oiseaux migrateurs avant leur retour sur nos terres au printemps prochain.

Jonathan Icart
Rechercher
Dans l'actualité
publiée sur le site