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24 janvier 2008

La science belge se concentre sur les cibles

Identifier et valider de nouvelles cibles et outils pharmacologiques pour développer de nouvelles générations de traitements. Tel est l'objectif de "Cibles", deuxième programme qui vient d'être initié en Belgique dans le cadre du plan d'excellence Marshall lancé en 2006 par la Région Wallonne. Financé à hauteur d'un milliard d'euros sur cinq ans, dont 270 millions pour la seule recherche, ce plan vise à stimuler la recherche et l'innovation et à garantir valorisation des résultats et retombées économiques au travers de partenariats avec le secteur privé, le dépôt de brevets ou encore la création de spin-offs. Après le premier programme adopté en 2006, Neoangio, sur le thème de l'angiogénèse et du cancer, Cibles va, quant à lui, se concentrer sur l'identification par génomique fonctionnelle de cibles thérapeutiques et diagnostiques dans les domaines de l'inflammation, du cancer et des pathologies du système nerveux central.

Trois axes et trois parrains. Coordonné par les professeurs Marc Parmentier et Etienne Pays, le programme fait plus spécifiquement appel à deux instituts de l'Université Libre de Bruxelles, l'IRIBHM (Institut de Recherche Interdisciplinaire en Biologie humaine et moléculaire) et l'IBMM (Institut de biologie et de médecine moléculaires) tandis que trois entreprises, Euroscren, GSK et UCB, le parrainent. Concrètement, Cibles va se concentrer sur trois axes. Tout d'abord, il s'agit d'explorer le potentiel des récepteurs couplés aux protéines G (GPCR) qui constituent déjà la cible du tiers des médicaments utilisés aujourd'hui. Alors que le génome humain code pour quelque 730 GPCR, les travaux prévus visent à identifier de nouveaux GPCR au niveau du système nerveux central et au niveau du système immunitaire, avec pour partenaires priviliégiés UCB dans le domaine du SNC et Euroscreen pour l'inflammation.
Le deuxième axe du programme privilégie l'étude de deux familles de protéines impliquées dans l'inflammation et considérées comme des cibles intracellulaires prometteuses, les apoliprotéines L (ApoL) et l'IDO (indoleamine 2,3-dioxygenase - enzyme métabolisant le tryptophane). Si l'on dénombre six ApoL connues chez l'Homme aujourd'hui, leur fonction reste à déterminer. Des premiers résultats obtenus avec deux de ces protéines, l'ApoL1 et l'ApoL3, mettent en évidence une induction de leur production dans un contexte inflammatoire. De plus, celles-ci induisent la mort cellulaire par nécrose. Les chercheurs belges vont donc étudier plus spécifiquement leur rôle dans la réponse immunitaire de type inflammatoire et leur potentiel pour cibler et éliminer les cellules cancéreuses. Avec la deuxième catégorie de protéine visée, les travaux porteront sur le rôle de l'IDO dans la résistance antitumorale et dans le contrôle des maladies inflammatoires. Dans les deux cas, GSK sera le partenaire privilégié. Enfin, avec UCB, le troisième axe de Cibles s'intéresse à l'utilisation des cellules souches neuronales et des cellules souches cancéreuses. Dans le premier cas, l'objectif porte sur la conception de nouveaux traitements de pathologies cérébrales et dans le second cas, il s'agit d'identifier de nouvelles cibles diagnostiques et thérapeutiques contre le cancer, notamment à partir de l'isolement de marqueurs spécifiques des cellules souches cancéreuses.
Concrètement, le programme Cibles est doté d'un financement de 25 millions d'euros sur cinq ans, dont la moitié est prise en charge par la région Wallonne et l'autre moitié par les partenaires universitaires et institutionnels impliqués (Université libre de Bruxelles, Université Catholique de Louvain, Université de Liège, Fonds national de la recherche scientifique...). Les moyens alloués serviront à financer les travaux des équipes concernées et devraient permettre d'embaucher une vingtaine de chercheurs et techniciens dans ces deux instituts de l'Université libre de Bruxelles.