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31 janvier 2008

Au pays des paradoxes

La France semble décidément un pays capable de tous les paradoxes et de toutes les incohérences ou même de retours en arrière quasi incompréhensibles... Il suffit pour s'en convaincre de reprendre quelques actualités récentes. La semaine dernière, le rapport Attali décrivait plus de 300 mesures pour « libérer la croissance française » et mettait l'accent sur la nécessité d'accroître la compétitivité des entreprises de biotechnologie. Il y soulignait notamment l'intérêt de leur « faciliter l'accès aux fonds privés, notamment par des systèmes d'amortissement adaptés et par la stabilité de la fiscalité » et d'« élargir le crédit impôt recherche aux activités d'optimisation des procédés et des technologies ». Un premier paradoxe au moment où le crédit d'impôt recherche vient tout juste d'être malmené, accroissant ainsi le risque de pénaliser les petites sociétés en démarrage qui investissent fortement dans la R&D (voir BioPharmaceutiques n°42 et 43).

Parallèlement, alors que l'industrie des biotechnologies reste encore essentiellement américaine, avec une majorité des champions du secteur nés et basés outre-Atlantique, les signes de la maturation du secteur en Europe se multiplient pourtant. Les montants levés en 2007 de part et d'autre de l'Atlantique sont équivalents, la présence des sociétés européennes sur les marchés boursiers se renforce avec aujourd'hui 25 sociétés cotées sur Euronext, dont sept introduites au cours de la seule année 2007. Parmi celles-ci, on dénombre deux sociétés belges, Ablynx et Tigenix, une société néerlandaise Amsterdam Molecular Therapeutics et quatre sociétés françaises, Cellectis, Genoway, Hybrigenics et Vivalis. Si ces résultats montrent une évolution de la perception des sociétés de biotechnologie et traduisent l'impact d'une série de réformes en faveur de l'innovation, ce changement positif n'en demeure pas moins fragile...notamment en France. Si la France a montré l'exemple avec un statut de la Jeune Entreprise Innovante (JEI) qui, depuis 2004, a bénéficié à quelque 1700 sociétés dont 20 % appartiennent au secteur de la biotech, et essaime maintenant au niveau européen, en Espagne, en Norvège et bientôt en Suède, elle semble aujourd'hui prête à le remettre en question, risquant par là même de menacer la création et le développement des PME high tech... Faudra-t-il redémontrer leur rôle et leur importance dans une compétition scientifique, technologie et industrielle mondiale où la Chine et l'Inde rattrapent à pas de géant, quitte à s'affranchir de certains sauts technologiques, les Etats-Unis et l'Europe ? Espérons déjà que l'Elysée se remémorera le discours prononcé par Nicolas Sarkozy quand, au moment du lancement des pôles de compétitivité en juillet 2005, celui qui dirige la destinée de la France vantait les mérites de la JEI et demandait même avec insistance que l'on aille plus loin avec l'instauration d'un statut de la jeune entreprise innovante cotée...

Anne-Lise Berthier