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31 janvier 2008

Phase III dans les starting-blocks pour le premier produit de MolMed

Le produit le plus avancé de MolMed s'apprête à entrer dans la dernière ligne droite de son développement. La société milanaise a reçu de l'AIFA, l'autorité de santé italienne, le feu vert pour démarrer un essai de phase III, destiné à évaluer son produit de thérapie cellulaire TK chez des patients atteints d'une leucémie aiguë et traités par une greffe de cellules souches provenant de donneurs familiaux partiellement incompatibles. Selon les dirigeants de MolMed, c'est la première fois qu'un essai de phase III pour une thérapie génique est autorisé en Italie.

Sécuriser les greffes allogéniques. Seuls 30 à 40 % des patients leucémiques nécessitant une greffe peuvent trouver un donneur pleinement compatible. Dans le cas d'une greffe allogénique, où les profils génétiques du donneur et du receveur ne sont pas complètement identiques, le taux d'échec est important, avec pour principale complication, la maladie du greffon contre l'hôte, qui résulte de la réaction des lymphocytes T contenus dans le greffon qui reconnaissent comme étranger l'organisme receveur. La méthode standard pour prévenir cette pathologie est la déplétion du greffon en cellules T, alors que ces cellules sont pourtant très importantes pour la réussite de la greffe et la reconstitution du système immunitaire du patient, et contribuent à l'activité anti-tumorale du greffon. Les cellules TK développées par MolMed doivent permettre de sécuriser une transplantation allogénique pour le traitement des tumeurs malignes du sang (leucémies, lymphomes et myélomes).
La stratégie consiste à modifier génétiquement les cellules T du donneur afin de leur faire exprimer un gène du virus Herpes simplex, les rendant sensibles à un médicament antiviral, le ganciclovir. Cette technologie de "gène suicide" permet, après la greffe, d'éliminer les lymphocytes T du greffon - et seulement ceux-ci - en administrant du ganciclovir au patient, et ce, uniquement en cas de maladie du greffon contre l'hôte. Pour modifier les cellules T du greffon, MolMed utilise la technologie de délivrance de gène ex vivo du britannique Oxford BioMedica, avec qui la société italienne a conclu un accord de licence en décembre 2004. L'entrée en phase III du produit de MolMed permet ainsi à la société britannique d'engranger un nouveau paiement d'étape.

Développements en Europe et aux Etats-Unis. Les cellules TK ont déjà été évaluées chez l'homme lors de deux essais de phase I/II, impliquant plus de 50 patients en Europe (Italie, Royaume-Uni, Allemagne et Grèce) et en Israël. Ces premiers essais ont permis de montrer une amélioration de la survie des patients, l'administration des cellules T favorisant une reconstitution immunitaire rapide et soutenue, et de prouver la sécurité et la faisabilité d'une greffe venant d'un donneur familial partiellement incompatible. Le programme de phase III prévoit d'impliquer 200 patients répartis dans plus d'une dizaine de centres à travers l'Europe. Le produit ayant reçu en 2003 le statut de médicament orphelin en Europe (puis en 2005 aux Etats-Unis), MolMed a bénéficié du soutien de l'EMEA notamment pour la mise au point du protocole de l'essai. Celui-ci débutera d'abord en Italie, où les premiers patients devraient être recrutés dans les toutes prochaines semaines. Le produit franchira également l'Atlantique en 2008. Une étude de phase I/II doit démarrer aux Etats-Unis dans le courant du premier semestre. L'essai sera conduit par le MD Anderson Cancer Center de Houston (Texas). Pour ce qui est de l'Asie, MolMed a déjà conclu un accord de licence et de co-développement en 2003 avec le japonais Takara Bio.
Alors que la société italienne recherche des partenaires pour mener à bien le développement et la commercialisation des autres produits de son pipeline clinique (1), elle a en revanche l'intention de commercialiser elle-même sa thérapie cellulaire, directement auprès des centres spécialisés dans la transplantation de cellules souches hématopoïétiques, en mettant en place ses propres forces de vente dédiées. Ces futurs développements commerciaux pourraient être financés en faisant appel aux marchés boursiers : Borsa Italiana, l'opérateur de la Bourse de Milan, vient tout juste de donner son accord à MolMed en vue d'une prochaine introduction en bourse... Un pari risqué, alors qu'une autre société de biotechnologie italienne, Philogen, qui poursuivait le même objectif, a fait savoir la semaine dernière qu'elle renonçait provisoirement à se coter, en attendant une amélioration de l'état des marchés.

(1) Le pipeline clinique de MolMed contient deux autres produits de thérapie anti-tumorale : un agent de ciblage vasculaire recombinant, Arenegyr®, en phase II dans quatre indications (et autant en phase I), et M3TK, vaccin thérapeutique en phase I/II dans le mélanome avancé. Pour ce dernier, un accord de partenariat pour le marché asiatique a déjà été conclu avec Takara.