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29 janvier 2009

deCODE gagne un sursis et lance de nouveaux tests

Le service de génotypage privé de deCODE genetics ne connaît décidément pas la crise. Si la société islandaise n'a toujours pas dévoilé ses intentions quant à la stratégie à adopter pour assurer son avenir, elle continue d'assurer haut et fort la promotion de ses nouveaux tests génétiques (voir BioPharmaceutiques n°86). Elle vient de lancer deux nouveaux tests destinés à évaluer les facteurs de risque génétique liés respectivement à la survenue d'une pathologie cardiovasculaire (dont les attaques cardiaque ou cérébrale, la fibrillation atriale et la maladie artérielle périphérique) ou d'un cancer fréquent (cancers des poumons, de la vessie, de la prostate, colorectal, cancers de la peau et formes communes de cancer du sein). Le premier, deCODEme Cardio®, est proposé à un tarif de 195$ (150,30 euros), et le second, deCODEme Cancer®, à 225$ (173,50 euros), en prix de lancement. La société propose même une offre promotionnelle de 350$ (269,70 euros) pour les deux tests.

Nouveaux variants. Comme les autres tests de sa gamme deCODEme®, deCODEme Cardio® et deCODEme Cancer® reposent sur l'analyse de variations du génome au niveau d'une seule paire de base (Single Nucleotid Polymorphisms ou SNP). 8 SNPs sont analysés dans le premier test et 29 dans le second (voir BioPharmaceutiques n°86). Mais à la différence des tests lancés par la société à l'automne dernier, visant à évaluer respectivement les facteurs génétiques de risque d'un infarctus du myocarde, d'une fibrillation atriale ou d'un cancer du sein, les nouveaux tests mesurent les facteurs de risque de toute une gamme de pathologies au sein d'une même aire thérapeutique. Le test deCODEme Cancer® inclut notamment l'analyse de deux SNPs récemment découverts par des chercheurs de la compagnie islandaise, assistés de tout un consortium de scientifiques, en majorité européens. Ces SNPs ont la particularité d'être les premiers variantsliés à une susceptibilité non pas à un, mais à plusieurs types de cancers. Ils sont voisins sur le chromosome 5 et sont situés, l'un au niveau de la transcriptase inverse de la télomérase (TERT) - surexprimée dans la grande majorité des cancers humains - et l'autre, au niveau du gène CLPTM1L (human cisplatin resistance related protein). Ces SNPs sont décrits dans l'édition en ligne de Nature Genetics (1).

Recours aux ARS. Outre ces tests qui devraient lui apporter de nouveaux revenus en 2009, deCODE genetics s'est assuré l'appui de la banque islandaise NBI (2). Cette dernière a acquis auprès de deCODE des obligations ARS (obligations à taux d'intérêt variable fixé par enchères) pour un montant total de 11 millions de $. Les ARS ont été montrés du doigt ces derniers mois comme étant un foyer de pertes pour les banques dans le contexte de la crise financière. Ici, la NBI peut exiger que deCODE rachète une partie des obligations non revendues avant le 31 décembre 2009. De même, deCODE a la possibilité de racheter quand elle le souhaite avant cette échéance les ARS toujours détenues par la NBI. Ce « sursis » financier devrait permettre à l'entreprise de poursuivre ses activités durant le deuxième trimestre 2009, tout en achevant la revue stratégique de ses actifs entamée l'an passé (voir BioPharmaceutiques n°82).

1) Sequence variants at the TERT-CLPTM1L locus associate with many cancer types. T. Rafnar et al. (2009) Nature Genetics, published online: 18 January 2009

(2) La NBI a été créée à l'automne dernier dans le cadre de la mise sous tutelle par l'Etat islandais de la banque Landsbanki.