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14 janvier 2010

Un rôle plus important des fonds de l'industrie pharmaceutique en 2010 pour Anne Portwich de Life Science Partners (LSP)

BioPharmaceutiques : La crise économique a renforcé les difficultés de financement des sociétés de biotechnologie. Quel bilan dressez-vous de l'année 2009 pour la biotech en général et pour la biotech européenne en particulier ?

Anne PortwichAnne Portwich, gestionnaire d'investissement pour LSP : Les sociétés de biotechnologie privées ont été moins affectées par la crise que les sociétés cotées puisqu'il y avait et qu'il y a toujours de l'argent disponible sur le marché privé. Les levées de fonds ont tout de même été plus difficiles que l'année précédente et leurs clôtures prennent plus de temps. La situation a probablement été légèrement meilleure pour les sociétés de biotechnologie européennes que pour leurs consoeurs américaines. Ceci tient en partie au fait que l'Europe a été un peu moins durement affectée que les Etats-Unis et en partie au fait que les biotech européennes sont vraisemblablement plus habituées à gérer les contraintes de coût, les investisseurs européens ayant tendance à participer à des tours de table inférieurs à ceux des investisseurs américains.

BioPharmaceutiques : Dans quelles conditions les sociétés de biotechnologie européennes ont-elles réussi à se financer ? Quelles ont été leurs principales difficultés pour y parvenir ?

Anne Portwich : Les temps ont été moins rudes pour les biotech européennes qui avaient déjà le soutien de sociétés de capital risque que pour les nouveaux arrivants ou pour les entreprises dépourvues d'une base d'actionnaires solides. Les phases d'amorçage ont été les phases les plus difficiles à financer.

BioPharmaceutiques : Quelle a été, pour vous, la plus belle levée de fonds réussie en Europe cette année ?

Anne Portwich : La levée de 36 millions d'euros réalisée par Probiodrug a été le tour de table le plus important en Allemagne en 2009, et un des plus importants en Europe (voir Tableau Levées de fonds). Voir un consortium interne fort associé à de nouveaux arrivants solides pour une société avec un portefeuille au stade pré-clinique dans une indication pour le SNC marque une réelle réussite et souligne la qualité du management et de la science sous-jacente dans la société.

BioPharmaceutiques : Si vous avez participé à des tours de table de sociétés de biotechnologie cette année, quelles raisons majeures ont motivé vos choix ?

Anne Portwich : Nous avons participé à trois tours de table en 2009 et nos choix d'investissements ont été dictés, comme toujours, par la présence d'une science sous-jacente forte, d'une équipe dirigeante de grande qualité et d'un focus sur un marché où des besoins existent.

BioPharmaceutiques : Quelles évolutions, quelles modifications vous paraissent nécessaires pour faciliter l'accès des sociétés de biotechnologie aux financements ? Quel(s) rôle(s) les sociétés de capital-risque pourraient-elles jouer dans ce cadre ?

Anne Portwich : Les fonds de capital risque de l'industrie pharmaceutique vont sûrement jouer un rôle plus important. Ils sont déjà plus actifs qu'ils ne l'étaient il y a cinq ans et cette tendance devrait se poursuivre. Il sera crucial pour les biotech d'entretenir des contacts étroits avec ces fonds, de comprendre leur rôle et les besoins de leurs maisons mères.

BioPharmaceutiques : Prévoyez-vous d'investir dans des sociétés de biotechnologie européennes en 2010 ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?

Anne Portwich : Oui, nous avons l'intention d'investir dans des biotech uropéennes en 2010. Nous pensons que les bases sont solides et que le moment est idéal pour investir dans le secteur. L'industrie pharmaceutique est confrontée à la chute de ses brevets et de la productivité de sa R&D interne et elle a un besoin croissant d'innovations. La biotech détient le remède approprié à ce problème et nous allons voir à l'avenir un nombre croissant d'accords de partenariats et de fusion-acquisition. L'Europe grandit en pertinence sur ce point vis-à-vis des Etats-Unis, sa science est de grande qualité, mais les valorisations y restent bien inférieures à celles des Etats-Unis.

BioPharmaceutiques : Êtes-vous plutôt optimiste ou plutôt pessimiste pour le financement des sociétés de biotechnologie européennes en 2010 ? Pourquoi ?

Anne Portwich: Les biotech dotées d'une base scientifique et technologique solide et d'une équipe dirigeante de grande qualité continueront toujours à attirer les financements. Cependant les temps à venir risquent d'être plus difficiles, l'effet de la crise économique sur la communauté du capital-risque va se faire sentir avec un décalage lorsque les fonds n'auront plus d'argent et n'arriveront plus à lever de nouveaux fonds auprès de commanditaires présentant une aversion au risque.