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28 janvier 2010

Patrick Van Beneden, vice-président des sciences de la vie chez Gimv : « Les principaux moteurs du financement seront les autorisations de produits et les sorties. »

BioPharmaceutiques : Certaines sociétés de capital risque ont choisi de privilégier le soutien et le renforcement des entreprises de leur portefeuille ? Comment expliquez-vous ce choix ?

Patrick Van BenedenPatrick Van Beneden : Elles devaient le faire parce que les délais entre l'investissement initial et le moment où elles peuvent sortir tendent à se rallonger. Les acteurs du capital risque doivent soutenir leurs entreprises jusqu'au stade où elles peuvent aller sur le marché ou être rachetées par la pharma. Mais dans la plupart des cas, celles-ci n'ont pas eu d'autre possibilité que de retourner auprès de leur consortium d'investisseurs existants pour lever cet argent.

BioPharmaceutiques : Pouvez-vous nous expliquer la spécificité de Gimv ?

Patrick Van Beneden : Nous avons une structure qui offre beaucoup d'avantages en ce moment. Gimv est un fonds pérenne (evergreen fund) côté en Bourse à Bruxelles. Nous nous développons selon un modèle hybride avec d'un côté le fonds captif et de l'autre la gestion de fonds spécifiques pour les investisseurs LP's (limited partners). Nous n'avons donc pas le problème de nombreux fonds de placement à capital fermé qui sont mis en place pour une durée de dix ou douze ans. Dans la période actuelle, ils doivent réaliser le cycle complet de financements incluant l'investissement initial, les financements de suivi et la sortie. En cas de difficulté avec le timing de sortie, le fonds peut lui-même avoir des problèmes. Dans notre cas, nous pouvons attendre la juste valeur du point d'inflexion pour réaliser une sortie.

BioPharmaceutiques : Une fois que vous avez commencé à investir dans une société de biotech, combien de temps y restez-vous ?

Patrick Van Beneden : Cela dépend du stade de la compagnie. Lorsque les investissements ont été réalisés dès l'origine du projet, cela peut aller jusqu'à sept à douze ans, ce qui est assez long. Pour des sociétés à des stades plus avancées, nous considérons plutôt un horizon de temps entre quatre et six ans. Les périodes de détention des participations ont tendance à devenir plus longues.

BioPharmaceutiques : N'est ce pas clairement une obligation aujourd'hui ?

Patrick Van Beneden : Oui, il n'y a pas beaucoup de choix pour les sociétés de développement de médicaments. Le processus des introductions en Bourse a aussi évolué. Précédemment, de nombreux investisseurs pouvaient vendre leurs actions à l'issue de la période de blocage. Maintenant l'introduction en Bourse est davantage un évènement de financement. Il y a souvent un manque de liquidité et il n'y a pas vraiment d'opportunité pour que les sociétés de capital risque puissent vendre leurs participations.

BioPharmaceutiques : Quelles difficultés principales les sociétés de biotechnologie européennes ont-elles eu à surmonter pour se financer ?

Patrick Van Beneden : Je crois que les tours de table prennent surtout beaucoup plus de temps qu'avant, de l'ordre de six mois à un an. Tous les stades sont difficiles, mais je dirais que les transactions en amorçage et en phase précoce rencontrent les obstacles les plus importants. Les marchés financiers comme les groupes pharmaceutiques se concentrent plutôt des actifs cliniques pour lesquels les données établissant la preuve du concept sont disponibles.

BioPharmaceutiques : Certains estiment que l'argent est toujours là mais que le choix a été de ne pas investir. Partagez vous cette opinion ?

Patrick Van Beneden : Si vous regardez la communauté du capital-risque, je ne crois pas qu'il y ait encore beaucoup d'argent en attente d'opportunités. Même les plus grands fonds doivent être très prudents. Ils ont un portefeuille substantiel d'investissements. S'il n'y a pas ou peu de sorties, cela signifie qu'ils doivent soutenir les sociétés de leur portefeuille. Bien qu'ils avaient fait des réserves substantielles, la situation peut devenir délicate pour certains d'entre eux. S'il n'y a pas suffisamment de sorties, il n'y aura peut être pas assez d'argent pour soutenir toutes les compagnies. D'un autre côté, et c'est peut être ce à quoi votre remarque fait allusion, au cours des années précédentes, les investisseurs généralistes ont préféré placer leur argent dans d'autres secteurs. Mais il y existe des signes indiquant qu'ils examinent la possibilité de revenir dans le secteur.

BioPharmaceutiques : Avez-vous participé à des tours de table de sociétés de biotech européennes en 2009 ?

Patrick Van Beneden : Endosense et Prosensa sont les deux derniers investissements que nous avons réalisés sont. Endosense est une société suisse de dispositifs médicaux avec une technologie prometteuse dans le domaine de l'ablation par catheter pour le traitement de l'arythmie cardiaque. Nous avons aussi investi dans Prosensa, société néerlandaise avec des programmes de développement de médicaments orphelins (Voir Tableau Levées de fonds). La société a conclu un accord important avec GSK (Voir Tableau Accords). Dans le passé, seuls quelques groupes pharmaceutiques étaient à la recherche de projets de développement de médicaments pour des maladies orphelines, mais nous voyons maintenant de plus en plus de plus de grandes compagnies pharmaceutiques montrer un intérêt pour ce domaine.

BioPharmaceutiques : Quand vous avez choisi d'investir en 2009, avez-vous fait des arbitrages entre sociétés de biotech et sociétés intervenant dans d'autres domaines (dispositifs médicaux, diagnostic, technologies vertes...) ?

Patrick Van Beneden : Oui. Nous avons adapté notre stratégie d'investissement au cours des dernières années. Nous avions l'habitude de nous concentrer sur les phases précoces, maintenant c'est plus diversifié. Nous participons toujours à des financements d'amorçage et à des investissements en phase précoce mais nous intervenons aussi dans des transactions à des stades plus avancés et même, sur une base sélective, dans des sociétés cotées. En termes de domaines d'investissement, nous avons tendance à nous diversifier dans les dispositifs médicaux, le diagnostic, le développement de médicaments, l'agro, et les services. Le modèle du développement de médicament est soumis à des pressions. Il est très binaire, au final, vous avez des résultats d'essais cliniques positifs ou négatifs et le modèle est risqué. Aussi, comme beaucoup d'autres investisseurs, nous voulons répartir davantage le risque et avons tendance à nous déplace vers des domaines comme l'agro par exemple, où nous avons déjà connu de grandes réussites avec des sociétés comme deVGen et Crop Design, probablement aussi le diagnostic - nous avons investi dans Innogenetics- et les sociétés de dispositifs médicaux comme Endosense .

BioPharmaceutiques : Quelles évolutions ou quelles modifications seraient nécessaires pour que ces sociétés biotech puissent être mieux financées ? Pensez-vous que les fonds corporate à l'image de ceux mis en place par Novartis, Roche, Amgen ou J&J pourraient prospecter ce marché et y avoir une place ?

Patrick Van Beneden : Les fonds corporate joueront certainement un rôle important dans le financement de ces sociétés mais les principaux moteurs du financement seront les autorisations de produits et les sorties. S'il y a davantage d'introductions en bourse et de cessions réussies, cela signifiera un retour de l'argent vers le capital risque. Les investisseurs auront alors plus d'argent à investir dans de nouvelles sociétés. Ce système fonctionne comme un cycle. Si nous obtenons des améliorations à ce niveau, il y aura certainement un impact positif sur le secteur et sur le financement des sociétés.

BioPharmaceutiques : Certains acteurs du capital risque estiment qu'il existe un problème européen typique avec un trop grand nombre de places boursières. Ils demandent une place unifiée et unique pour les sociétés biotech. Pensez-vous qu'il s'agisse d'une bonne option ?

Patrick Van Beneden : Il y a eu des initiatives dans le passé. Il y a quelques années nous avons eu une tentative ratée avec l'Easdaq. Il était supposé devenir l'équivalent européen du Nasdaq mais, pour différentes raisons, il n'a pas réussi et a disparu. Bien que cette activité existe au niveau mondial, nous observons des différences substantielles entre les pays. Movetis a été introduite en bourse sur Euronext à la fin de l'année dernière (voir BioPharmaceutiques n°121 et Tableau Levées de fonds). Si cette société avait été au Royaume Uni par exemple, je ne suis pas sûr qu'elle aurait pu s'introduire en bourse. Les Etats-Unis, la Suisse et le Bénelux ont un meilleur environnement pour les sociétés qui veulent aller sur le marché. Dans d'autres pays, il faudra probablement plus de temps pour que la fenêtre s'ouvre à nouveau.

BioPharmaceutiques : Tournons- nous maintenant vers le futur. Prévoyez-vous d'investir dans des sociétés de biotechnologie européennes en 2010 ? Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste pour les sociétés de biotechnologie européennes cette année ?

Patrick Van Beneden : Oui, nous prévoyons de faire de nouveaux investissements sur une base sélective et nous sommes prudemment optimistes. L'introduction en Bourse de Movetis et la vente de Fovea Pharmaceutical à Sanofi-Aventis ont été des évènements importants. Nous avons aussi vu des redistributions de titres réussies. Il s'agit généralement d'un signal clair indiquant que les marchés redeviennent plus sensibles à des introductions en bourse. Le capital risque va probablement se concentrer sur des sociétés avec des actifs cliniques et je crois que 2010 sera meilleur que 2009.

BioPharmaceutiques : Pensez-vous qu'il pourrait y avoir des introductions en Bourse cette année ?

Patrick Van Beneden : Oui, probablement sur une base très sélective. Seules des sociétés à un stade avancé avec au moins un projet en phase II ou des sociétés dotées de revenus seront capables de réaliser des sorties. Un certain nombre de sociétés, à la fois en Europe et aux Etats-Unis, pourront s'introduire en bourse mais je ne pense pas que la liste sera longue.

BioPharmaceutiques : Certaines sociétés ont déjà pu conclure des accords importants avec l'industrie pharmaceutique. Pensez vous que cela puisse être un avantage ?

Patrick Van Beneden : Oui, il y a plusieurs avantages. D'une part, cela offre une validation extérieure et d'autre part cela leur apporte de la trésorerie et une expertise en développement. Ceci devrait plutôt limiter les risques pour les nouveaux investisseurs dans les compagnies cotées mais je crois que le principal moteur sera d'avoir des produits en phase II ou d'avoir des revenus substantiels.