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28 janvier 2010

Vivalis se positionne sur la génération d'anticorps

Double première pour Vivalis. A l'orée de 2010, la société nantaise vient de boucler pour la première fois le rachat d'une société, la lyonnaise Humalys, et s'offre du même coup sa toute première plate-forme de génération d'anticorps (voir Tableau Rachats).

Une offre élargie

Franck GrimaudReconnue comme l'un des chefs de file français de la production vaccinale, Vivalis s'est engagée depuis près de deux ans dans la production de protéines thérapeutiques, et notamment d'anticorps, grâce à sa plate-forme EBx® de lignées de cellules souches aviaires. « Au-delà de cet aspect de production, nous avions une vraie volonté stratégique d'aller vers la génération de nouveaux produits, en nous appuyant sur notre savoir-faire », explique Franck Grimaud, pdg de Vivalis. La société s'est alors mise en quête d'une plate-forme de génération d'anticorps monoclonaux à acquérir. Une tâche pas si simple, tant les laboratoires pharmaceutiques se sont, ces dernières années, montrés friands de ces technologies. En témoignent les 15,6 milliards de $ consacrés par AstraZeneca à l'acquisition de l'américain MedImmune en avril 2007 ou plus récemment la reprise de Medarex par BMS pour 2,4 milliards de $ en septembre dernier.

Parmi les compagnies détentrices d'une plate-forme sur lesquelles les grandes firmes n'avaient pas encore mis la main, le choix de Vivalis s'est porté sur une compatriote, Humalys, dont la technologie Humalex® repose sur l'isolement d'anticorps monoclonaux à partir de lymphocytes B prélevés chez des patients sélectionnés pour leur pathologie. Vivalis mettra à profit l'année 2010 pour identifier les aires thérapeutiques dans lesquelles exploiter cette nouvelle technologie, et prévoit de lancer chaque année, à compter de 2011, le développement d'un nouvel anticorps thérapeutique en interne. Elle utilisera également cette plate-forme pour élargir son offre de services en production d'anticorps monoclonaux humains spécifiques, offre qui inclura désormais la génération de ces anticorps.

La trésorerie de Vivalis (23,6 millions d'euros au 31 décembre 2009) lui a permis de conduire cette opération d'un montant de 10,4 millions d'euros, dont 3,6 millions d'euros payés ce mois-ci, sans faire appel au marché. Jusqu'à 15 millions d'euros supplémentaires pourront être versés aux actionnaires d'Humalys au cours des 15 prochaines années, correspondant aux paiements relatifs aux licences qui seront accordées à des tiers sur la technologie Humalex®. Demeurant basée à Lyon, Humalys a pour l'heure un statut de filiale indépendante détenue à 100 % par Vivalis, mais à plus long terme, une fusion des deux sociétés est probable, selon Franck Grimaud.

Nouveaux développements de recherche

Suite à ce rachat, Vivalis espère achever l'année 2010 avec une trésorerie de 15 millions d'euros. Afin de soutenir le rythme de développement de ses nouveaux produits, la société pourrait envisager une augmentation de capital, mais pas avant 2011. Dans la construction de son portefeuille de produits propriétaires, Vivalis concentre ses efforts sur l'hépatite C, dans laquelle elle a lancé un programme de découverte de médicaments en 2005. Selon Franck Grimaud, la démarche adoptée dans le traitement de l'hépatite C sera sans doute similaire à celle du traitement du sida, avec une stratégie de polythérapies. Aussi la société s'attache-t-elle à viser plusieurs cibles dans cette pathologie. Forte des résultats précliniques déjà obtenus, elle a déjà engagé des discussions avec des partenaires industriels potentiels, dans le but de conclure un accord de licence à l'horizon 2010-2011.

L'entreprise nantaise enregistre aussi des progrès notables concernant l'avancement de sa collaboration avec la société marseillaise Innate Pharma pour la production d'un anticorps thérapeutique, IPH 4101 (voir BioPharmaceutiques n°93). En 2009, Vivalis a réussi à atteindre une productivité de niveau industriel dans la production de protéines thérapeutiques sur sa lignée cellulaire EB66®, avec un rendement supérieur à 1 gramme par litre. L'indication visée par Innate Pharma avec son IPH 4101, le syndrome de Sezary, ne nécessitera pas toutefois une quantité importante de produit. La société prévoit de demander un statut de médicament orphelin pour son anticorps dans cette maladie rare, variante leucémique du lymphome cutané à cellules T, indication dans laquelle elle pourrait le commercialiser elle-même. Pour l'heure, Vivalis est en charge de la production d'un lot clinique d'IPH 4101, en vue des premiers essais de l'anticorps chez l'homme début 2012.

Dix licences en 2009

Première licence commerciale signée en 2009, l'accord conclu entre Vivalis et Innate Pharma a depuis été suivi par la signature de huit nouveaux accords de licence - dont deux licences commerciales - et une sous-licence, ce qui porte à 28 le nombre de licences signées par la société. Les compagnies vétérinaires se sont montrées particulièrement intéressées par ses technologies de production, en témoignent les nouveaux accords signés avec Intervet/Schering-Plough Animal Health (voir Tableau Accords) et avec Merial (voir Tableau Accords), deux compagnies qui avaient déjà conclu des accords commerciaux et qui ont donné un nouveau tour à leurs relations avec Vivalis en signant cette fois des licences de recherche. Fort Dodge (licence commerciale), Boehringer Ingelheim Santé animale (licence de recherche) et une autre compagnie non nommée complètent la liste des groupes de santé animale ayant opté en 2009 pour la technologie de la société nantaise. En 2010, Vivalis table sur la conclusion de sept nouvelles licences dans les vaccins ou les protéines thérapeutiques, et compte promouvoir davantage sa lignée EB66® à l'international, notamment aux Etats-Unis et au Japon. La société aura aussi à coeur de rentabiliser son investissement dans Humalys, en signant un premier accord de partenariat pour l'exploitation de la plate-forme Humalex®.

La forte dépendance de Vivalis aux avancées réalisées par ses partenaires - les paiements d'étape en résultant étant sa principale source de revenus - explique le chiffre d'affaires presque décevant publié pour l'année 2009, soit 4,7 millions d'euros, en baisse sensible par rapport à l'année 2008 (5,4 millions d'euros), alors que l'année précédente, celui-ci avait été multiplié par cinq. « Même si un premier vaccin en santé animale doit arriver sur le marché en 2011, nous ne nous attendons pas à percevoir de royalties significatives avant 2014-2015 », souligne Franck Grimaud. D'ici là, les résultats financiers de la société connaîtront donc encore des hauts et des bas.