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28 janvier 2010

Portefeuille clinique en croissance pour Ablynx

Objectif 2009 atteint... et même dépassé pour Ablynx. La société belge espérait achever l'année avec trois produits en clinique, contre un seul en début d'année (voir BioPharmaceutiques n°98). Avec l'entrée en phase I en décembre dernier de l'ALX-0141, le portefeuille de la compagnie compte désormais quatre Nanobodies® ayant atteint la phase I ou II de développement clinique (voir Tableau Etudes cliniques). Ces protéines thérapeutiques, dérivées des anticorps du lama et du chameau, ont séduit plusieurs des grands noms de l'industrie pharmaceutique : Boehringer Ingelheim, Merck-Serono, Novartis ou encore Pfizer, qui co-développe l'un des anticorps les plus avancés du portefeuille d'Ablynx, un anti-TNF alpha, en vertu d'un accord conclu en 2006. L'entrée de cet anticorps en phase II en septembre dernier, aux Etats-Unis et au Japon, chez des patients souffrant d'arthrite rhumatoïde et traités par méthotrexate, a valu à Ablynx un paiement d'étape de 4 millions de $ de la part de son partenaire. Cet essai devrait s'achever en septembre 2010 et les premières données pourraient être dévoilées dans le courant du quatrième trimestre.

Autre anticorps à avoir atteint la phase II en septembre 2009, l'ALX-0081, un antithrombotique ciblant le facteur von Willebrand, est développé en interne par Ablynx, dans la prévention de la formation de caillots chez des patients avec une angine de poitrine devant subir une intervention coronaire percutanée (voir Tableau Etudes cliniques). La société ne devrait pas poursuivre seule le développement de ce produit au-delà de la phase II ; des discussions avec des partenaires potentiels sont déjà engagées. Elle pourrait en revanche amener seule jusqu'au marché un autre Nanobody® ciblant le facteur von Willebrand, l'ALX-0681, développé dans le traitement du purpura thrombotique thrombocytopénique. La FDA et l'EMEA ont toutes deux accordé au produit le statut de médicament orphelin dans cette indication. Après les résultats de phase I satisfaisants obtenus mi-2009 chez des volontaires sains, un essai de phase II pourrait démarrer chez des patients dans le courant du deuxième trimestre de cette année (voir Tableau Etudes cliniques). Ablynx espère transformer cet essai, qui devrait durer deux ans, en étude pivot sur laquelle la société s'appuiera pour déposer une demande d'enregistrement.

Dernier Nanobody® à avoir atteint le stade clinique, l'ALX-0141, dirigé contre RANK-L (Receptor Activator for Nuclear factor Kappa B Ligand), sera d'abord développé dans l'ostéoporose et les pertes osseuses liées à un cancer (voir BioPharmaceutiques n°81). Les résultats de la phase I en cours sont attendus pour le troisième trimestre 2010. Une demande d'essai clinique sera déposée pour un cinquième Nanobody® à la fin de l'année. L'ALX-0061, dirigé contre le récepteur de l'interleukine 6, sera d'abord développé dans l'arthrite rhumatoïde.

Nouvelles applications

Tout en multipliant les avancées dans le développement de son portefeuille clinique, Ablynx continue à explorer les potentialités de sa technologie dans différentes stratégies thérapeutiques. Ainsi, la société belge a réussi, pour la première fois, en collaboration avec une équipe de chercheurs allemands du centre médical universitaire de Hambourg-Eppendorf, à générer des Nanobodies® capables de bloquer spécifiquement le fonctionnement d'un canal ionique. Les canaux ioniques constituent une cible pertinente dans certaines aires thérapeutiques (neurologie, inflammation, maladies cardiovasculaires), mais à ce jour, aucun anticorps thérapeutique dirigé contre un canal ionique n'a atteint le marché, ni même un stade avancé de développement clinique. Ablynx n'a pas encore décidé dans quelle indication elle comptait d'abord mettre à profit cette nouvelle application de ses Nanobodies®.

La société a également démontré sur un modèle animal (primate non humain) le potentiel de sa technologie dans la mobilisation des cellules souches hématopoïétiques, en générant des Nanobodies® dirigés contre le récepteur de chimiokine CXCR4. Dans certains cancers, ce récepteur de la famille des récepteurs couplés aux protéines G se présente sous une forme constitutivement active. Son inactivation permet de stimuler la mobilisation des cellules souches hématopoïétiques et d'augmenter leur nombre dans le sang périphérique, où celles-ci peuvent être collectées plus aisément en vue d'une autogreffe ultérieure. Un premier médicament antagoniste du récepteur CXR4, Mozobil® (plérixafor, de l'américain Genzyme), est autorisé aux Etats-Unis et en Europe respectivement depuis décembre 2008 et août 2009, mais ce produit chélateur de zinc peut générer des problèmes de toxicité : une difficulté qu'Ablynx prétend surmonter avec ses Nanobodies® anti-CXR4. La société va poursuivre le développement de ces composés dans la mobilisation des cellules souches hématopoïétiques dans deux indications cancéreuses, le myélome multiple et le lymphome non-hodgkinien.

Un nouvel acteur sur les anticorps de lama

Ablynx n'est désormais plus seule sur le marché des protéines thérapeutiques dérivées des anticorps de lama. Une jeune compagnie néerlandaise, arGEN-X, dont l'équipe dirigeante est majoritairement composée d'anciens collaborateurs d'Ablynx, s'est elle aussi positionnée sur ce créneau. Mais contrairement à son aînée qui n'utilise que le domaine variable de la chaîne lourde des anticorps, elle exploite l'intégralité de la région variable, qui présenterait une forte homologie avec les anticorps humains. Une technologie qui a déjà séduit plusieurs sociétés de capital risque belges et néerlandaises, puisqu'à peine plus d'un an après sa création, la société est déjà parvenue à lever 12,5 millions d'euros pour se constituer un portefeuille d'anticorps au stade pré-clinique (Voir Tableau Levées de fonds). A la différence d'Ablynx, arGEN-X, qui se focalise sur les cancers et les maladies auto-immunes, n'a cependant pas l'intention d'amener elle-même ses programmes jusqu'en clinique, mais de les licencier à des partenaires qui poursuivront leur développement. Les deux compagnies ne devraient donc guère se concurrencer à court ou moyen terme.