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28 janvier 2010

Nouvel investissement britannique en médecine régénérative

Chacun sa façon de lutter contre la crise... Au Royaume-Uni, c'est sur la production industrielle que les pouvoirs publics ont décidé de miser, en consacrant 70 millions de livres (environ 80 millions d'euros) à un programme de création de « centres de recherche en production innovante » (Innovative Manufacturing Research Centres). Objectif : maximiser l'impact de la recherche innovante, soutenir les industries existantes et développer de nouvelles industries sur les marchés en pleine croissance. C'est donc tout naturellement que la médecine régénérative, domaine encore émergent dans lequel le Royaume-Uni compte parmi les leaders mondiaux, figure parmi les premiers secteurs à tirer profit de ce programme. L'un des trois premiers centres de l'EPSRC (Conseil de recherche pour les Sciences physiques et de l'ingénieur), qui seront financés dans le cadre de ce programme, sera ainsi dédié à la production innovante en médecine régénérative (les deux autres centres seront consacrés à la photonique et aux métaux liquides) (1). Celui-ci sera hébergé par l'université de Loughborough (Leicestershire) et bénéficiera d'un financement de l'EPSRC de 5,33 millions de livres (5,93 millions d'euros) sur cinq ans à compter de septembre 2010, date prévue de son entrée en fonction. S'y ajoutera une contribution de trois millions de livres (3,34 millions d'euros) venant du gouvernement et de partenaires industriels.

Atteindre l'échelon commercial

La création du centre de Loughborough exauce un souhait de la BIA, l'association britannique des bioindustries. Dans son rapport « The Bioscience innovation and growth team review and refresh of bioscience 2015 », publié il y a un an, l'association appelait en effet de ses voeux un investissement accru dans l'industrie émergente de la médecine régénérative et proposait la création de deux centres dédiés, qui oeuvreraient à l'interface de la recherche, de la production et de la médecine, pour permettre aux industriels d'amener les traitements du laboratoire au marché et de développer les techniques de production appropriées (voir BioPharmaceutiques n°103).

Selon David Williams, professeur d'ingénierie de la santé à l'université de Loughborough, qui dirigera le nouveau centre de l'EPSRC, ce dernier s'inspire en partie de cette recommandation de la BIA. En outre, le choix de l'université de Loughborough pour le piloter n'est pas dû au hasard. L'université est en effet déjà leader du projet Remedi, financé par l'EPSRC dans le cadre de son programme « Innovative Manufacturing Grand Challenge ». Ce projet, dont l'objectif était de contribuer à la croissance d'une industrie de la médecine régénérative au Royaume-Uni, a démarré en juillet 2005 et prendra fin cet été. Le nouveau centre de l'EPSRC dans la médecine régénérative s'établira ainsi sur les bases de ce précédent projet.

Sa mission première sera de maximiser le bénéfice que peuvent attendre les patients des développements futurs et des avancées déjà réalisées par les chercheurs et les industriels dans le domaine de la médecine régénérative. Il s'agira non seulement de conduire une recherche de niveau mondial mais aussi d'expérimenter de nouvelles idées et de les traduire en traitements sûrs, accessibles et d'un bon rapport coût-efficacité, à même d'avoir un impact important sur la vie des patients tout en étant dotés d'une forte valeur commerciale. Le centre aura aussi à identifier les meilleurs procédés de développement et de production et à créer des plates-formes de nouvelle génération pour la production de traitements en médecine régénérative.

Un vaste tissu partenarial

Pour répondre à ces objectifs, l'université de Loughborough s'associera aux universités de Nottingham et de Keele. Les trois universités partenaires disposent déjà d'une structure commune de formation des doctorants dans le domaine de la médecine régénérative, structure également financée par l'EPSRC. Déjà associée au projet Remedi l'université de Nottingham, dont le Wolfson Centre for Stem Cells, Tissue Engineering and Modelling (STEM) a ouvert officiellement ses portes en septembre 2007, apportera au projet ses compétences de recherche multidisciplinaires en ingénierie tissulaire et dans le domaine des cellules souches. L'université de Keele se focalisera sur les solutions cliniques. Quant à l'université de Loughborough, elle se concentrera sur la production et les bioprocédés. Mais le nouveau centre de médecine régénérative pourra également s'appuyer sur les compétences de 29 autres partenaires, publics et industriels, choisis par les universités elles-mêmes pour leur intérêt et leur complémentarité dans le domaine de la médecine régénérative (2).

Des financements multiples

Ce nouvel investissement pourrait apparaitre bien modeste au regard des moyens consacrés en parallèle par les autres leaders mondiaux dans le domaine des cellules souches et de la médecine régénérative. C'est ainsi que le Buck Institute for Age Research de Novato, Californie, prévoit de consacrer 41 millions de $ (environ 29 millions d'euros) à la construction d'un centre de recherche sur les cellules souches - investissement dont la moitié est apportée par le California Institute for Regenerative Medicine (voir BioPharmaceutiques n°98). Mais le nouveau centre de l'EPSRC n'est que l'une des multiples pierres posées par les pouvoirs publics britanniques pour bâtir leur domination sur ce secteur. Sur la période 2007-2008, les différents Conseils de recherche du gouvernement britannique ayant une activité dans le domaine des cellules souches (l'EPSRC, le Conseil pour la Recherche médicale (MRC), le Conseil pour la Recherche en biotechnologie et sciences biologiques (BBSRC) et le Conseil pour la Recherche sociale et économique (ESRC)) y ont consacré au total près de 45 millions de livres (52 millions d'euros). Et en septembre dernier, ces quatre Conseils de recherche associés au Conseil pour la recherche technologique (TSB) ont lancé une nouvelle initiative collaborative dans le domaine de la médecine régénérative, visant à garantir la compétitivité du secteur britannique en la matière, et qui bénéficiera d'un financement global de 18 millions de livres (21 millions d'euros).

(1) L'EPSRC est la plus grande agence gouvernementale britannique pour le financement de la recherche et de la formation en sciences physiques et de l'ingénieur.

(2) Les partenaires industriels du centre EPSRC de Loughborough sont : Association of British Healthcare Industries, BioCeramic Therapeutics Ltd, BioIndustry Association, BSI, Cell Medica, Critical Pharmaceuticals, CSO Pfizer Regenerative Medicine, EpiStem Ltd, Future Health, Intercytex, Lonza Biologics plc., MedCell, OrthoMimetics Ltd, Regentec Limited, Sigma-Aldrich, Smith and Nephew UK Limited.