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08 juillet 2010

Crucell multiplie les programmes cliniques

De nouveaux contrats en nouveaux développements cliniques, le deuxième trimestre aura été particulièrement riche pour Crucell. Riche au sens propre du terme, avec un nouveau contrat de 110 millions de $ remporté auprès de l'Unicef en mai dernier, pour fournir son vaccin pédiatrique pentavalent Quinvaxem® (1) dans les pays en développement (voir Tableau Levée de fonds). Riche aussi en matière de R&D, avec l'avancement de programmes cliniques contre la tuberculose et le paludisme et le lancement de nouveaux projets en partenariat avec GSK et Johnson&Johnson.

Droits recouvrés sur un programme antigrippal

Le dernier contrat remporté par Crucell avec Quinvaxem® porte à 910 millions de $ le montant total des contrats d'approvisionnement relatifs à ce vaccin depuis son lancement fin 2006, dont 410 millions pour la période 2010-2012 (voir BioPharmaceutiques n°80). Un succès tel que la société néerlandaise a choisi de ne pas barrer la route à la concurrence. Un contrat lie en effet la filiale suisse de Crucell, Crucell Switzerland (issue du rachat de la société Berna Biotech début 2006), au fabricant de vaccins indien Shantha Biotechnics, qui possède dans son portefeuille de produits un vaccin pentavalent, Shan5®, visant les mêmes agents infectieux que Quinvaxem®. Le contrat liant les deux compagnies, conclu en 2007, autorise Shantha à recourir à une technologie de Crucell pour la production d'un ingrédient essentiel à la fabrication du vaccin. Une clause de ce contrat stipulait cependant que Crucell pouvait y mettre fin en cas de changement de propriétaire de Shantha. Or cette compagnie est passée en juillet 2009 sous le contrôle de Sanofi Pasteur, division vaccinale de Sanofi-Aventis (voir Tableau Rachat). Crucell a cependant renoncé définitivement à mettre fin à cette licence technologique concédée à Shantha. Mais elle a en échange repris tous les droits sur un programme de vaccin antigrippal mené avec Sanofi Pasteur. Crucell et Sanofi Pasteur sont partenaires de longue date dans le domaine des vaccins, contre la grippe et contre la rage. Les deux compagnies développent ensemble depuis 2008 une nouvelle approche vaccinale antirabique prophylactique post-exposition (voir Tableau Accords et BioPharmaceutiques n°60). Un nouvel essai de phase II doit d'ailleurs démarrer en Inde au second semestre de cette année pour évaluer une stratégie vaccinale combinant le CL184 de Crucell (combinaison de deux anticorps monoclonaux) au vaccin Verorab® de Sanofi Pasteur.

Leur collaboration dans la mise au point d'un vaccin antigrippal produit grâce à la lignée cellulaire PER.C6® de Crucell date, elle, de 2003. Selon cet accord initial, Crucell® ne devait conserver les droits de commercialisation de ce vaccin que pour le marché japonais. Aujourd'hui, Crucell recouvre donc les droits commerciaux mondiaux ainsi que l'entière responsabilité du développement du produit, qui avait déjà atteint la phase II de développement clinique. La compagnie néerlandaise dispose déjà d'un vaccin antigrippal sur le marché, Inflexal® V, vaccin virosomal avec adjuvant issu du portefeuille de Berna Biotech et commercialisé depuis 1997. Crucell prévoit de revoir entièrement le programme de développement du nouveau vaccin, en fonction des données qui seront soumises par Sanofi Pasteur. Son objectif est désormais de déposer un dossier d'AMM pour un Inflexal® issu d'une production cellulaire PER.C6®, à l'horizon 2014.

Nouveaux développements contre le paludisme et la tuberculose

Le partenariat entre la société néerlandaise et GSK pour le développement d'une stratégie vaccinale contre le paludisme a pris une nouvelle ampleur, avec l'annonce en avril dernier de leur collaboration pour évaluer en clinique un vaccin de deuxième génération, combinant un candidat vaccin de chacune des deux firmes (voir Tableau Accords). Depuis 2003, Crucell et GSK, en partenariat avec l'Institut de recherche de l'armée Walter Reed (Etats-Unis), ont travaillé ensemble à l'évaluation pré-clinique d'un candidat vaccin de Crucell dérivé de sa technologie de vaccins adénoviraux recombinants AdVac®, Ad35-CS, associé ou non au candidat vaccin de GSK, RTS,S/AS, un vaccin protéique recombinant. Les données précliniques issues de ces travaux ont montré qu'une stratégie de primo-immunisation combinant les deux types de vaccins permettait d'augmenter significativement la réponse immunitaire contre le parasite, par rapport à l'utilisation séparée des deux composants. L'objectif de la nouvelle phase de collaboration dans laquelle se sont engagés Crucell et GSK est de valider leur stratégie chez l'homme. Mais pour financer l'étude américaine de phase I/II à venir, les deux firmes sont à la recherche du soutien financier d'un troisième partenaire.

Crucell poursuit en parallèle le développement d'Ad35-CS contre le paludisme en Afrique, en partenariat avec l'Institut national de l'allergie et des maladies infectieuses (NIAID) (Etats-Unis), le Centre national de recherche et de formation sur le paludisme (CNRFP) (Burkina Faso) et le Noguchi Memorial Institute pour la recherche médicale de l'université du Ghana (voir Tableau Etudes cliniques). Un essai de phase I a démarré en mai dernier au Burkina Faso, chez des adultes sains semi-immunisés contre le paludisme (2). Alors qu'il a déjà été administré en phase I aux Etats-Unis, à des adultes sains n'ayant jamais été exposés à la maladie, c'est la première fois qu'Ad35-CS est évalué dans la population d'un pays où le paludisme est endémique.

Par ailleurs, la technologie AdVac® est aussi mise à contribution contre la tuberculose, pathologie dans laquelle Crucell a conduit plusieurs études de phase I ou II, en Afrique et aux Etats-Unis, conjointement avec l'organisation américaine à but non lucratif Aeras Global TB Vaccine Foundation, qui collabore avec la société depuis 2004 (voir Tableau Etudes cliniques). Un essai de phase II avec le candidat vaccin AERAS-402/Ad35, conduit par l'Aurum Institute, a démarré en avril dernier en Afrique du Sud chez des adultes infectés par le VIH (voir Tableau Etudes cliniques). Ce vaccin a été conçu pour stimuler l'immunité contre le bacille tuberculeux initiée par le BCG. Alors qu'il avait déjà évalué chez des adultes sains ou ayant déjà eu la tuberculose, ainsi que chez des enfants, c'est la première fois qu'il est testé dans la population adulte séropositive pour le VIH. Son évaluation chez des enfants infectés par le VIH est également prévue dans son plan de développement.

Nouveau programme dans les infections respiratoires

Dans les maladies pédiatriques, l'un des principaux axes de développement de Crucell, la société vient d'étendre encore son champ d'activité à une pathologie respiratoire affectant principalement les nouveau-nés. Dans le cadre de sa collaboration avec Ortho-McNeil-Janssen Pharmaceuticals, filiale de Johnson&Johnson, la compagnie néerlandaise a annoncé le lancement d'un programme de développement d'un vaccin universel contre le virus respiratoire syncytial (RSV). Initié en septembre 2009, le partenariat entre Crucell et Ortho-McNeil devait porter sur cinq programmes, en premier lieu le développement et la commercialisation d'un anticorps monoclonal universel pur le traitement et la prévention de la grippe A et le développement et la commercialisation d'un vaccin universel contre la grippe A (débuté en janvier dernier) (voir Tableau Accords).

Selon Crucell, les infections causées par le RSV constituent la dernière des principales maladies pédiatriques contre lesquelles il n'existe pas de vaccin préventif. Chez les enfants présentant un risque élevé d'infection au RSV, notamment les nouveau-nés prématurés, la stratégie de prévention repose actuellement sur l'administration prophylactique d'un anticorps monoclonal neutralisant, Synagis® (palivizumab) de MedImmune (3). Crucell, dans le contexte de sa collaboration avec Ortho-McNeil, ambitionne pour sa part le développement d'un vaccin qui, à terme, serait utilisé en routine pour l'immunisation des nouveau-nés contre le RSV.

(1) Quinvaxem® est un vaccin pentavalent contre le tétanos, la diphtérie, la coqueluche, l'hépatite B et Haemophilus influenza b.

(2) Les sujets dits « semi-immunisés » peuvent être porteurs du parasite sans être malades. Cette semi-immunité est acquise durant l'enfance dans les zones endémiques.

(3) Autorisé par la FDA en 1998 et l'EMA en 1999, le palivizumab est commercialisé conjointement par Abbott et MedImmune aux Etats-Unis, et hors des Etats-Unis par Abbott seule, en vertu d'un accord commercial conclu par les deux firmes en 1997.