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21 janvier 2011

La stratégie anti-Parkinson de Domain Therapeutics séduit Merck Serono

L'alsacienne Domain Therapeutics vient de signer son premier accord de licence pour un programme issu de son propre portefeuille. Le suisse Merck Serono développera ces composés dans la maladie de Parkinson.

L'accord annoncé le 17 janvier entre Domain Therapeutics et Merck Serono octroie à ce dernier une licence exclusive pour le développement de composés dits « modulateurs allostériques » du récepteur mGluR4. Ces composés appartiennent à la famille des récepteurs couplés aux protéines G (RCPG), un type de cibles thérapeutiques très prisé par l'industrie pharmaceutique. Ils ont été identifiés dans le cadre d'un projet collaboratif (Aramis) du pôle de compétitivité Alsace BioValley. L'accord conclu avec Merck Serono vaut à Domain Therapeutics un paiement initial de 2 millions d'euros et pourrait lui rapporter jusqu'à 132 millions d'euros en paiements d'étapes liées au développement des deux premiers produits du programme, dans la maladie de Parkinson ou d'autres pathologies neurodégénératives. Des royalties seront versées en cas de commercialisation.

Pascal NeuvilleDeux questions à Pascal Neuville, directeur général de Domain Therapeutics

Plusieurs sociétés, comme Addex Pharmaceuticals (1), ciblent les RCPG contre la maladie de Parkinson. Quels sont les avantages de votre technologie par rapport à vos compétiteurs ?

L'avantage de notre outil de criblage, par rapport à celui de sociétés qui identifient également des modulateurs positifs ou négatifs de RCPG, c'est qu'il nous permet de découvrir des modulateurs allostériques « silencieux ». C'est-à-dire qu'ils sont capables d'interagir avec leur cible sans forcément induire un changement de conformation : un peu comme une clé qui pourrait entrer dans une serrure mais ne permettrait pas d'ouvrir la porte. A nous ensuite d'activer ces composés en les modifiant chimiquement. Ces modulateurs silencieux sont beaucoup plus représentés que les homologues actifs dans les collections de molécules que crible l'industrie pharmaceutique. Ainsi, avec notre plate-forme DTect-All®, nous pouvons identifier un modulateur silencieux en criblant une bibliothèque de 10 000 molécules. Il faut en cribler au moins dix fois plus pour identifier directement un modulateur positif ou négatif.

Quels sont les objectifs de la société pour 2011 ?

L'annonce de l'accord avec Merck Serono renforce notre crédibilité. Cela devrait permettre d'accélérer les négociations avec des partenaires potentiels pour un autre programme développé dans la maladie de Parkinson, un antagoniste du récepteur A2A de l'adénosine. Nous voulons conclure des accords sur nos programmes thérapeutiques avant l'entrée en phase préclinique réglementaire. Nous avons par ailleurs quatre accords actifs portant sur notre technologie de criblage. Nous menons ainsi depuis janvier 2008 une collaboration de recherche avec Takeda Pharmaceutical, pour lequel nous identifions des molécules interagissant avec leurs cibles RCPG. Certaines sociétés souhaiteraient que nous prenions également en charge la phase d'optimisation chimique : des discussions en ce sens sont en cours.

Julie Wierzbicki

(1) La société suisse Addex Pharmaceuticals a conclu fin 2007 un accord avec Merck&Co pour des modulateurs positifs du mGluR4 dans la maladie de Parkinson.