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18 janvier 2012

 Adocia prépare son entrée en Bourse

Combinant une stratégie de "valeur ajoutée" et une stratégie de "volume" à prix compétitif, le business model de la jeune société lyonnaise Adocia séduit les investisseurs. Après avoir levé près de 26 M€ depuis cinq ans, la biotech tente une entrée en Bourse.

Adocia valide son business model. La société lyonnaise de biotechnologie, spécialisée dans la reformulation de protéines thérapeutiques pour le traitement du diabète par l'insuline et des plaies chroniques (ulcère du pied diabétique ou veineux), enregistre son document de base auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF), étape préalable à son introduction en Bourse. Sous la direction de Gérard Soula (en photo), qui avait créé en 1990 Flamel Technologies et conduit son introduction en Bourse sur le NASDAQ aux Etats-Unis, Adocia pourrait être la première introduction de l'année sur Euronext Paris. « Les délais et montant de l'introduction ne sont pas encore déterminés », indique le pdg et fondateur de la société. Outre la famille Soula qui possède près de 35% du capital, Adocia compte parmi ses actionnaires les fonds d'investissement Innobio (FSI), IdInvest, BioAm, Amundi, Viveris, Oréo Finance et Sham. La société a déjà levé 12 et 14 millions d'euros lors de deux tours de table respectivement en 2007 puis 2009. Elle a également reçu le soutien d'Oséo sur deux projets innovants. De nouveaux financements lui permettront de poursuivre le développement de ses produits les plus avancés.

Un business model novateur

Fondée en 2005, Adocia a développé une plateforme technologique, BioChaperone®, qui permet de mettre au point des formulations innovantes, améliorant l'efficacité des protéines thérapeutiques ainsi que leur facilité d'utilisation pour les patients. « Les polymères BioChaperone®, n'ayant pas d'activité biologique propre, ne sont considérés que comme de nouveaux excipients, précise Gérard Soula, pdg d'Adocia. Le développement des protéines thérapeutiques sera ainsi réalisé dans un délai plus court (cinq à huit ans) et pour un coût moindre (30 à 50 millions de dollars) par rapport au développement d'une nouvelle protéine thérapeutique (10 à 15 ans ; 800 à 1 400 M$), tout en réduisant le risque d'échec puisque les protéines thérapeutiques utilisées ont déjà démontré leur sécurité et tolérabilité pour l'homme », se réjouit-il.
Adocia perfectionne ainsi le traitement existant pour le traitement de l'ulcère du pied diabétique : un spray constitué à partir d'un complexe formé par BioChaperone® et le facteur de croissance PDGF-BB déjà autorisé pour cette indication avec la commercialisation du gel Regranex®. La biotech française vient de finaliser une étude de phase I/II en Inde et devrait y lancer des études de phase III dès le troisième trimestre de l'année, avant de conduire des études cliniques en Europe et aux Etats-Unis en 2013. Adocia envisage de déposer sa première demande d'autorisation de mise sur le marché en 2014. La société entend signer un accord de licence pour la commercialisation du composé. La société HealthPoint Biotherapeutics, qui vient de racheter Regranex® à la société Systagenix, sera-t-elle intéressée ?

Un accord majeur avec Eli Lilly

Adocia s'attaque également au marché des insulines à action (ultra-)rapide dans le traitement du diabète. Après des résultats positifs de phase I en mars 2011 sur son insuline à action rapide HinsBet, la société a lancé une première étude de phase IIa en juin dernier. Les résultats sont attendus pour le premier trimestre. Une deuxième étude sera alors lancée au quatrième trimestre.
Par ailleurs, Adocia a signé mi-décembre 2011 son premier accord de licence et de collaboration exclusive et mondiale portant sur le développement et la commercialisation d'un analogue à action ultra-rapide de l'insuline Humalog® d'Eli Lilly, formulé avec la technologie BioChaperone®. Cet accord prévoit le versement ce mois-ci de 10 millions de dollars et des versements d'étapes supplémentaires pouvant atteindre 156 millions de dollars. Une ou plusieurs études cliniques portant sur ce produit devraient être conduites au cours de l'année 2012 par le groupe américain. Une opération qui permet à la big pharma d'assurer un avenir à sa molécule qui génère deux milliards de dollars de chiffres d'affaires annuels et dont le brevet arrive à échéance en 2013.

Juliette Badina