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19 janvier 2012

 CellProthera : une longueur d'avance dans le traitement de l'infarctus

Cellules souches embryonnaires, cellules prélevées du muscle de la cuisse, de la moelle osseuse, ou par biopsie du cœur..., toutes ont été testées pour tenter de réparer le cœur après un infarctus. Avec peu de succès. CellProthera apporte une nouvelle avancée médicale avec des cellules souches sanguines.

Les cellules souches sanguines, futur traitement cellulaire de l'infarctus du myocarde ? Une étude préliminaire sur sept patients a montré des résultats spectaculaires lorsque les propres cellules souches sanguines du patient étaient réinjectées dans les tissus lésés du muscle cardiaque - après purification, multiplication et différenciation cardiaque - dans les semaines ou mois suivant l'infarctus. Cette thérapie cellulaire représenterait une véritable alternative à la transplantation cardiaque. Trois des patients traités ont ainsi pu éviter la transplantation pour laquelle ils étaient en liste d'attente et ont repris une vie socioprofessionnelle "normale". Ces travaux de l'équipe du professeur Philippe Hénon (en photo) de l'Institut de recherche en hématologie et transplantation (IRHT) à Mulhouse, la première à avoir identifié et utilisé les cellules souches sanguines dans différentes pathologies, ont été publiés en 2009. Au vu de ces résultats, le professeur a cofondé la même année à Mulhouse la société CellProthera qui a pour objectif de mettre en place un processus de production automatisée des cellules souches afin de démocratiser le procédé thérapeutique.

Des financements publics et privés

Le projet collaboratif CardioCell, engagé par CellProthera en partenariat avec Bertin Technologies, l'IRHT, l'Université Pierre et Marie Curie (UPMC) et l'Université de Toledo (Ohio, Etats-Unis), permet la validation biologique en vue de l'homologation d'automates capables de produire en neuf jours un greffon cellulaire de qualité. Le projet a reçu un soutien public, dans le cadre du Fonds unique interministériel (FUI), de 1,8 millions d'euros en novembre dernier. Après l'obtention des autorisations de mise sur le marché par les autorités réglementaires, la société alsacienne réalisera un essai clinique international (Europe, Etats-Unis, Canada) de phase II/III à grande échelle (150 patients). L'essai devrait démarrer début 2013.
Au delà de ce financement public, la société alsacienne a levé 1,6 puis 2,5 millions d'euros au cours de deux tours de table, respectivement en 2009 et décembre 2011. « Ces financements nous permettront de maintenir nos orientations stratégiques jusqu'en 2013, d'embaucher du personnel supplémentaire et de démarrer nos études de grande envergure, indique Philippe Hénon, président et directeur scientifique de CellProthera. Mais nous recherchons de nouveaux partenaires financiers pour soutenir le développement clinique jusqu'à sa fin, deux ans plus tard. Nos besoins en financements jusqu'à la commercialisation de nos premiers équipements médicaux à un horizon 2014 s'élèvent à 12 ou 15 millions d'euros, précise t-il, sans exclure une entrée en Bourse, un rachat ou une prise de participation majoritaire. Toutes les options sont envisagées ! »

Un gros potentiel de marché

« Compte-tenu du nombre de patients qui développent une insuffisance cardiaque suite à un infarctus (un million de personnes dans les pays les plus développés), nous surfons sur un marché à fort potentiel, se réjouit le professeur Hénon. Nous pourrions gagner 15% du marché dans les cinq ans suivant la commercialisation de nos kits, ajoute-t-il, en restant prudent. Avec un coût individuel de 12 000 euros en moyenne, notre chiffre d'affaire pourrait s'élever à 1,8 milliard d'euros d'ici 2019 ! » Si la société alsacienne conserve sa longueur d'avance sur ses concurrents, actuellement de deux à trois ans, les perspectives pourraient être encore supérieures. Mais qu'en est-il des données publiées en novembre dernier par une équipe américaine sur des cellules souches cardiaques ? « Je n'y crois pas !, répond le professeur. Outre que la technique soit lourde pour le patient puisqu'elle nécessite une biopsie du cœur, elle est trop longue et coûteuse pour être appliquée à grande échelle. »
« Considérant le coût actuel des hospitalisations et des traitements médicamenteux des insuffisances cardiaques, notre traitement pourrait être source d'importantes économies pour les systèmes de santé, se félicite le professeur Hénon. De l'ordre de 50 à 75%. Sans compter les économies sur le plan socioprofessionnel qui sont difficiles à chiffrer. »

Juliette Badina