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19 juin 2015

 Biophytis introduit les maladies de l'âge en Bourse

La société francilienne Biophytis fait appel au marché pour financer des études de phase II dans deux pathologies du vieillissement, la sarcopénie et la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Après les investisseurs, ce sont de futurs partenaires pharma qu'il faudra convaincre.

La liste des PME françaises du secteur santé à tenter l'aventure boursière ne cesse de s'allonger. Parmi elle, Biophytis, qui a annoncé le 18 juin l'enregistrement de son document de base en vue d'une introduction sur Alternext, est la première "biotech" dont les activités sont entièrement tournées vers les maladies du vieillissement. En fait de biotech, cette société d'une dizaine de personnes, fondée en 2006 et basée à Romainville, présente une stratégie de R&D que d'aucuns pourraient considérer comme "archaïque" : ses candidats médicaments ont été identifiés grâce au criblage de banques de substances naturelles ayant "a priori" une activité sur des processus liés au vieillissement, sans en connaître la cible au préalable. « Aller de la molécule vers la cible est une méthode qui n'est plus trop utilisée aujourd'hui, car cela prend beaucoup de temps et nécessite une grande expertise scientifique », reconnaît Stanislas Veillet (en photo), co-fondateur et directeur général de Biophytis.

Nouvelle cible dans la sarcopénie

En matière d'expertise, Biophytis a pu compter sur celle de l'Université Pierre et Marie Curie (et notamment du Pr René Lafont, co-fondateur et directeur scientifique de la société), avec qui les premiers brevets ont été déposés. Leur collaboration a permis de développer les premiers candidats médicaments contre une nouvelle cible, le récepteur MAS, dans le traitement de la sarcopénie, une dégénérescence musculaire liée à l'âge et aux causes multiples. « Nous ciblons les patients obèses, chez qui les problèmes de mobilité sont accentués et les risques cardiaques et métaboliques augmentés », précise Stanislas Veillet, estimant le marché mondial à environ 20 millions de patients (essentiellement aux Etats-Unis).  Dérivé d'une substance naturelle issue d'une plante d'Europe de l'Est et d'Asie, le premier composé de Biophytis, BIO101, devrait faire l'objet d'une étude de phase IIb à partir de début 2016, impliquant 180 patients.

Action en amont dans la DMLA

Dans l'autre principale indication sur laquelle se concentre Biophytis, la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), c'est le criblage de substances tropicales (en collaboration avec l'université de San Paolo au Brésil) qui a permis d'identifier des molécules photo-protectrices. Dans la DMLA, les médicaments déjà sur le marché (des anticorps anti-VEGF) visent à empêcher la néovascularisation. Ceux développés par Biophytis agissent plus en amont, en limitant notamment l'accumulation d'une molécule phototoxique dans l'épithélium pigmentaire. « Notre objectif est d'intervenir au stade de déformation de la vision, avant la  survenue d'une baisse de l'acuité visuelle », explique Stanislas Veillet. Un essai de phase II devrait également être conduit en 2016, avec BIO201.

Une licence post-phase II

Pour mener à bien ce double développement, Stanislas Veillet estime les besoins de sa société à environ 25 M€, dont 15 pourraient être levés à l'occasion de son entrée en Bourse. De quoi tenir jusqu'à la conclusion d'un accord de licence avec un partenaire pharmaceutique, en priorité dans la sarcopénie. « Si nous signons un accord dans des conditions avantageuses, nous pourrions envisager de conserver des droits de co-développement en phase III dans la DMLA », espère le dirigeant. A l'avenir, « nos plates-formes nous permettent d'explorer plusieurs indications dans les dégénérescences rétiniennes, musculaires ou même neurologiques ».

Julie Wierzbicki