HPV : réussir le rattrapage vaccinal
L’extension du vaccin anti-HPV remboursé pour tous les jeunes adultes doit permettre de mieux protéger les jeunes générations contre certaines formes de cancers, comme l’a rappelé une conférence de presse organisée récemment par MSD.
L’objectif du taux de couverture à 80% en 2030 pourra-t-il être atteint ? Malgré l’arrivée du vaccin il y a près de vingt ans (les premières recommandations datent de 2007), la France peine toujours à se rapprocher des pays exemplaires en matière de vaccination contre les papillomavirus humains (HPV). En Australie, où la vaccination a été proposée dans les écoles entre 12 et 13 ans dès 2007, les autorités prédisent « l’éradication » du cancer du col de l’utérus « comme problème de santé publique » d’ici à 2035. En Suède, où la vaccination à l’école a été mise en place à partir de 2012, les chercheurs ont observé une diminution de 87% des cancers invasifs du col de l’utérus et de 97% des lésions précancéreuses de haut-grade chez les jeunes filles vaccinées à 12 ou 13 ans. Enfin, le Portugal, avec 91% en 2023, affiche le taux de vaccination anti HPV le plus élevé d’Europe, loin de la moyenne constatée dans l’UE (64%) et surtout en France (48% des filles, et 24,5% des garçons de 16 ans en 2024, selon Santé Publique France).
7130 cas de cancers par an
En France, les papillomavirus humains, qui constituent l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente (80% des personnes sexuellement actifs seront infectés une à plusieurs fois durant leur vie) sont à l’origine de 32 000 lésions précancéreuses dépistées par an. Et 7130 cas de cancers y sont liés chaque année, dont 40% de cancers du col de l’utérus. Contrairement aux idées reçues, les hommes sont également concernés, totalisant 50% des verrues génitales provoquées par le HPV, et exposés au risque de cancers de l’oropharynx, de l’anus et du pénis. La promotion efficace de la vaccination est d’autant plus essentielle que les solutions disponibles permettent de réduire fortement l’incidence des cancers liés aux infections par le HPV.
Des vaccins au collège
Décidées à rattraper le retard français, les autorités sanitaires sont aujourd’hui fortement impliquées dans la promotion de la vaccination contre le HPV. C’est le Président de la République lui-même, Emmanuel Macron, qui a annoncé en janvier 2023 la généralisation d’une proposition de vaccination en classe de cinquième. La seconde campagne, menée en 2024-2025, a permis de vacciner 116 451 élèves dans les collèges. Si l’on y ajoute les vaccinations réalisées en ville, 54% des filles et 43% des garçons nés en 2012 étaient vaccinés en juin 2025, soit 16 points de plus chez les filles et 14 points de plus chez les garçons, qu’avant le déploiement de la campagne en milieu scolaire.
Remboursé pour tous jusqu’à 26 ans
Le taux de couverture progresse, donc… mais un autre enjeu majeur de santé publique se profile aujourd’hui : le rattrapage vaccinal parmi les générations précédentes. Le 13 mai 2025, la Haute Autorité de Santé a rendu un avis favorable à cette extension, proposée à tous les jeunes adultes jusqu’à 26 ans révolus, et non plus seulement aux jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ‘HSH). La campagne concerne les jeunes adultes n’ayant pas été vaccinés avant 20 ans, et ce quelle que soit leur orientation sexuelle. Et, le 12 décembre dernier, une étape importante a été franchie, avec la décision de prise en charge par l’assurance-maladie du Gardasil 9™. Le vaccin proposé par MSD bénéficie d’un Service Médical Rendu (SMR) important, ainsi que d’une Amélioration du Service Médical Rendu (ASMR) modérée (ASMR III).
4 millions de rattrapages à réaliser
A présent, le défi est de parvenir à convaincre les jeunes adultes de se faire vacciner. Environ 4 millions des 20-26 ans ne le sont pas actuellement. Et, chaque année, 250 000 femmes et 350 000 hommes perdent leur égibilité au remboursement de la vaccination. « Nous devons saisir l’opportunité de chaque consultation pour proposer la vaccination, estimait récemment le Dr Christophe Hommel, médecin emporiatre (médecine du voyage) au CHU de Strasbourg, à l’occasion d’une conférence de presse organisée par MSD. L’extension du remboursement de la vaccination doit nous permettre d’accélérer la baisse déjà observée des infestions et des lésions précancéreuses depuis l’arrivée des vaccins il y a quinze ans. » L’ouverture de l’acte vaccinal à de nouvelles professions (pharmaciens, infirmiers, sage-femmes), ainsi que la simplification du parcours vaccinal, offrent l’opportunité de multiplier les lieux de sensibilisation.
Une communication à renforcer
Une enquête menée par IPSOS pour MSD, en juin dernier, montre cependant que beaucoup reste à faire : 40% des 18-25 ans déclarent ignorer l’existence d’un vaccin. Si 80% disent avoir déjà entendu parler du HPV, à peine un tiers s’estiment concernés par le risque d’infection par le HPV. Il faut donc renforcer les campagnes de communication en faveur du vaccin. « L’Institut National du Cancer a été saisi d’une mission en ce sens, et des mairies, des départements et des régions se sont également saisis du sujet, indiquait Jean Cimbidhi, directeur médical chargé de la vaccination chez MSD. Et nous menons également des campagnes auprès du public et des professionnels de santé, basées sur une communication générale à propos de la vaccination sans promotion de notre vaccin. » Gynécologue-obstétricien au CHU de Nice, le Pr Jérôme Delotte souligne l’importance de l’enjeu. « L’exposition au HPV persiste tout au long de la vie sexuelle, rappelle-t-il. Mais la majorité des 20-26 ans ne sont pas en cours d’infection. Il est donc essentiel de ”récupérer” cette population, d’autant plus qu’elle peut bénéficier d’un effet maximal de la vaccination. » Dans sa recommandation publiée en mai 2025, la HAS rappelle que la vaccination ne protège pas contre tous les types d’HPV à haut risque, ni contre les infections HPV déjà existantes au moment de la vaccination. Elle ne remplace pas non plus la nécessité du dépistage du cancer du col de l’utérus et d’un suivi gynécologique régulier pour toutes les femmes de 25 ans et plus, y compris celles qui ont été vaccinées.
Hervé Requillart




