Premier recours : un marché en pleine mutation
Dans une conjoncture marquée par la pénurie médicale et les contraintes budgétaires, le premier recours en pharmacie reste un levier partiellement mobilisé, selon NèreS, qui plaide pour des évolutions politiques et règlementaires adaptées. Explications.
Les produits de santé et de prévention de premier recours font partie des leviers sous-exploités pour concilier accès aux soins de proximité et maîtrise des dépenses de santé, affirment NèreS et OpenHealth Compagny. Selon le dernier baromètre annuel du secteur, un million de passages quotidiens en pharmacie concernent des médicaments sans ordonnance, des dispositifs médicaux grand public et des compléments alimentaires, qui représentent désormais 20,8 % du chiffre d’affaires des officines et 41,8 % des unités délivrées. Le marché, lui, progresse de 2 % en 2025. « Une croissance solide, portée par les compléments alimentaires, qui profite aussi des nouveaux services déployés par les pharmaciens », analyse Luc Besançon, délégué général de NèreS. Les dynamiques par segment sont toutefois contrastées. La digestion se distingue, avec une augmentation notable des ventes, tandis que la respiration recule, en raison de pics hivernaux plus tardifs et dans un contexte épidémique moins intense. Malgré des résultats mitigés, le premier recours en pharmacie demeure un amortisseur sanitaire majeur. « Même dans un environnement sous tension, les Français maintiennent leurs besoins essentiels et se tournent vers leur pharmacien pour obtenir un avis rapide, des réponses concrètes et une orientation fiable », explique Nicolas Grélaud, CEO d’OpenHealth Compagny. La téléconsultation illustre cette tendance de fond : ce service, qui croît plus vite dans les déserts médicaux, se diffuse massivement, quelle que soit la taille ou la localisation des officines.
Deux faits marquants
Présentée fin janvier, cette étude révèle deux faits marquants. Le premier concerne le développement des missions du pharmacien qui, entre accès aux soins, pertinence clinique et soutenabilité financière, ouvrent de nouvelles perspectives. La montée en puissance des tests rapides d’orientation diagnostique, que ce soit pour les angines ou les cystites simples, présente de nombreux avantages*. Ces outils, qui permettent de poser une évaluation préalable avant toute délivrance, rompent notamment avec des pratiques fondées sur des traitements probabilistes. « Cette démarche limite la surconsommation et le mésusage, qui alimentent les résistances bactériennes. En fonction du résultat obtenu, le pharmacien peut délivrer un antibiotique ou conseiller un traitement symptomatique adapté », souligne Vincent Guiraud-Chaumeil, président de NèreS. Rempartsde santé publique, ces dispositifs favorisent une prise en charge plus pertinente des patients, qui se traduit aussi par des gains médico-économiques pour les finances publiques, grâce aux consultations médicales et aux passages aux urgences évités. Second fait marquant : ce baromètre pointe une « évolution préoccupante » des comportements en matière de contraception**. Il met en évidence un recul de la contraception régulière, une hausse de la contraception d’urgence et une augmentation des infections sexuellement transmissibles. Un phénomène croissant, régulièrement documenté par Santé publique France. « La situation exige une mobilisation générale, commente Luc Besançon. Mieux informer les jeunes permettrait de réduire les risques et de consolider la protection collective. Par leur accessibilité et leur expertise, les pharmaciens peuvent assurer un accompagnement régulier, structuré et bienveillant. » NèreS compte alerter les pouvoirs publics et recommande de renforcer le volet santé sexuelle des bilans de prévention réalisés en pharmacie, notamment auprès des 18‑25 ans.
Trois propositions opérationnelles
En écho aux transformations décrites, NèreS formule trois propositions opérationnelles pour soulager le système de santé. Ses responsables préconisent notamment de simplifier le parcours des patients en autorisant, pour certaines affections bénignes, un accès direct en officine. Ils évoquent une expérimentation récemment menée sur deux pathologies : la rhinite et la rhino‑conjonctivite allergique. Guidés par un arbre décisionnel scientifiquement validé, les expérimentateurs ont pu dispenser des médicaments de prescription, via un protocole de coopération entre médecins et pharmaciens de la CPTS Ouest Gironde. « Cette initiative a mobilisé sept pharmacies et permis la prise en charge de cent-quinze patients… sans incident ni réorientation médicale », précise Luc Besançon. NèreS défend également une politique de délistage ciblée pour augmenter le nombre de médicaments disponibles sans ordonnance. Sur la base des études préalablement conduites, l’organisation travaille actuellement avec les deux syndicats officinaux pour élaborer une « liste restreinte » de molécules***. Celle-ci devrait être prochainement transmise aux autorités sanitaires compétentes, vraisemblablement au printemps prochain. Dans le schéma envisagé, les traitements prescrits seraient toujours remboursés par l’Assurance Maladie. NèreS suggère par ailleurs de poursuivre et amplifier le développement des médicaments en libre accès, dont les prix sont globalement maîtrisés et la production majoritairement française. Une évolution facilitée par une procédure simplifiée permettant aux industriels de fournir ou de retirer rapidement des produits dans un cadre sécurisé, consolidé par le conseil et la délivrance du pharmacien. « Il est urgent de considérer le premier recours comme un levier stratégique de transformation du système de santé. Il est temps de lui donner pleinement sa place, notamment en développant le parcours de soins officinal, au bénéfice des patients et de la collectivité », conclut Vincent Guiraud-Chaumeil. Entre promesse d’accès rapide, impératif de sécurité et arbitrages budgétaires, le premier recours en pharmacie attend désormais son éventuelle traduction politique et règlementaire.
Jonathan Icart
(*) 90 % des pharmacies réalisent des tests rapides d’orientation diagnostique pour l’angine et 88,6 % pour la cystite simple.
(**) L’usage de la contraception régulière, comme la pilule, recule de 17,4 % depuis 2019, tandis que la contraception d’urgence augmente de 34,4 %.
(***) NèreS a identifié une liste de 134 molécules, disponibles dans au moins un autre pays européen comparable, qui pourraient être délistées en France.
Premier recours : les chiffres clés du marché
Médicaments* : 2,193 milliards d’euros (+ 0,2 %)
Compléments alimentaires : 1,646 milliard d’euros (+ 5,1 %)
Dispositifs médicaux : 899 millions d’euros (+ 0,9 %)
Total marché : 4,738 milliards d’euros (+ 2 %)
(*) Médicaments de prescription médicale facultative, vendus sans ordonnance en pharmacie.




