HEKA, tremplin vers les Etats-Unis pour la BrainTech européenne
Spécialisé dans la santé numérique du cerveau, le fonds HEKA met à profit son réseau et son expertise pour accompagner les start-ups dans leur dernière ligne droite vers le marché américain.
La société d’investissement Newfund a annoncé le 14 avril lors d’une conférence de presse la clôture à 60 M€ de son fonds HEKA, lancé mi-2023 et spécialisé dans la santé numérique du cerveau. Ce montant peut paraître bien faible au regard des sommes levées par certains grands fonds dans le champ biopharmaceutique (1). Mais ciblant spécifiquement le secteur BrainTech, « un marché encore en structuration, 60 M€ est une taille tout à fait adaptée, avec un bon niveau de sélectivité », assure François Véron, managing partner et cofondateur de NewFund, créé en 2008, engagé dans divers domaines technologiques dont le numérique en santé.
L’objectif à terme d’HEKA est de constituer un portefeuille de 25 sociétés développant des solutions pouvant être mises en œuvre dans des pathologies affectant le système nerveux central, directement ou indirectement (maladies vasculaires par exemple). Le principal critère est « la possibilité de commercialisation aux Etats-Unis, car c’est le premier marché », rappelle François Véron. Le fonds investit en co-lead, à hauteur de 1 à 3 M€, sur des premiers tours de financements, et mobilise son réseau pour compléter les montants.
Un accompagnement au-delà du financement
Après avoir examiné près de 900 opportunités d’investissement en France, en Europe et aux Etats-Unis, HEKA a déjà investi 10 millions d’euros dans neuf sociétés (sept françaises, une finlandaise et une néerlandaise (2)) « illustrant l’ambition d’internationalisation du fonds pour devenir un acteur européen », précise Anne-Sophie Saint-Martin, partenaire de Newfund. Ces start-ups sont présentes sur tout le continuum de soins, de la découverte de médicaments au suivi des patients en passant par le diagnostic et le soin. Depuis l’engagement d’HEKA, huit commercialisent déjà au moins une solution aux Etats-Unis.
« L’argent investi ne fait pas tout : nous apportons surtout toute une série d’effets de levier, et un réseau aux Etats-Unis », explique François Véron. La start-up girondine Nurea par exemple, qui développe des logiciels d’analyse en imagerie médicale dans le champ vasculaire, avait déjà obtenu fin 2023 son marquage CE pour PRAEVAorta®2 (automatisation de la mesure du diamètre aortique sur scanner) avant de recevoir l’aval de la FDA fin 2025. Un succès facilité par son intégration en amont au sein de l’incubateur StartX de Stanford, dont l’un des co-fondateurs n’est autre que Henri Deshays, partenaire chez Newfund depuis 2017, et qui pilote l’activité d’HEKA pour les Etats-Unis.
Structuration nationale et internationale
Newfund est également partenaire, au côté d’autres sociétés d’investissement, du biocluster Brain&Mind, soutenu par France 2030. « Les développements technologiques dans le domaine du cerveau sont plus complexes qu’ailleurs, et nécessitent une méthodologie extrêmement rodée : le succès est très difficile à prédire », commente son CEO Alexis Génin. L’écosystème d’excellence scientifique constitué par Brain&Mind doit donner un gage de robustesse aux financeurs potentiels. « Nous dédions 20 % de notre budget au dérisquage technologique de start-ups, en demandant aux investisseurs ce dont ils ont besoin pour être convaincus. » « Nous partageons une vraie synergie sur notre vision du marché », se réjouit François Véron. Le fonds HEKA est par ailleurs l’un des co-fondateurs de la BrainTech Alliance (majoritairement anglo-saxonne), officiellement lancée en janvier 2025, qui fédère des chercheurs et professionnels de santé, entreprises et capitaux-risqueurs pour structurer l’écosystème.
Julie Wierzbicki
(1) Début avril, Jeito a annoncé la clôture de son deuxième fonds à plus d’un milliard d’euros.
(2) Raidium, Oria, AI-Stroke, Nurea, Inside, Reev, Inside, Reev, Diagnoly, Oria (France), Moovd (Pays-Bas) et Soihtu DTx (Finlande)
En photo, l’équipe Newfund HEKA, de gauche à droite : Constant Beroulle (associé), François Véron (managing partner), Anne-Sophie Saint-Martin (partner investissements santé) et Henri Deshays (general partner)
© François Tancré pour Newfund




