Économie

Economie du médicament : la pharma en ordre dispersé

Avec le départ d’une trentaine de laboratoires du CA du LEEM, un nouveau champ de discussion se profile pour la politique du médicament. Avec une question qui reste à résoudre : comment concilier soutien à l’innovation et préservation du tissu industriel dédié aux produits matures ?

La crise couvait depuis des mois, exacerbée par le déroulé rocambolesque du PLFSS au dernier trimestre 2025. Le 8 janvier, elle s’est traduite brutalement, à l’occasion d’un CA extraordinaire du LEEM : près d’une trentaine de laboratoires français ont annoncé qu’ils se retiraient du syndicat patronal. C’est le cas de six laboratoires pharmaceutiques du G5Santé (Sanofi, Guerbet, Théa, Ipsen, le LFB, Pierre Fabre), auquel s’ajoute Servier, déjà démissionnaire du LEEM depuis 2011. Mais c’est également celui des PME et ETI du secteur de la santé adhérentes à l’Association des Moyens Laboratoires et Industries de Santé (AMLIS), qui comprend notamment des entreprises emblématiques de la production française de médicaments, comme X.O, CDM Lavoisier, Mayoly, Serb, Horus Pharma ou encore Ethypharm. Enfin, d’autres groupes hexagonaux ont également pris la décision de partir, comme Opella, Biocodex et UPSA. La « saignée » est conséquente pour le CA du LEEM, puisque c’est près du tiers de ses quarante membres qui renoncent à leur siège.

Le PLFSS comme juge de paix

Pourquoi ce coup de force ? « Le LEEM entend porter la cause de près de 300 entreprises, dont les attentes sont spécifiques et de plus en plus incompatibles entre elles, dans un contexte de pression budgétaire maximal, explique l’un des administrateurs démissionnaires. Nous en avons tiré les conséquences, en estimant qu’il fallait prendre notre destin en main, pour mieux défendre nos entreprises vis-à-vis des pouvoirs publics. » Un autre d’entre eux, membre du G5Santé, évoque des arbitrages récents défavorables, au sein du CA. « Nous avions défendu en novembre dernier le dépôt d’un amendement visant à alléger le montant de la clause de sauvegarde pour les entreprises investissant et produisant en France, indique-t-il. Ce type de mesure est par exemple appliquée en Espagne, pouvant aller jusqu’à 25% de réduction des taxes à verser. Or, le CA du LEEM s’est prononcé contre le soutien de cet amendement. » Même analyse du côté des PME et ETI représentées par l’AMLIS, comme le souligne sa présidente, Karine Pinon. « Le CA du LEEM ne fonctionne qu’à la recherche du plus petit dénominateur commun entre les différentes familles de laboratoires pharmaceutiques, observe-t-elle. Et force est de constater que les entreprises que nous représentons, qui produisent des produits matures et dont les marges de rentabilité sont aujourd’hui très faibles, se reconnaissent de moins en moins dans les positions défendues par l’organisation. »

Le LEEM tient son cap

Prenant acte de la situation, le LEEM regrette, dans un communiqué de presse, « ce choix qui intervient à un moment stratégique pour notre filière, dans un contexte où des tensions géopolitiques majeures et la concurrence internationale mettent à mal la souveraineté européenne et française du médicament. » Le syndicat patronal relativise cependant l’ampleur de l’événement, en soulignant qu’il reste « pleinement mobilisé », auprès de ses 260 adhérents, « sur les échéances majeures à venir dans les prochaines années autour de la souveraineté sanitaire, de la soutenabilité économique et de la responsabilité sociétale. » « Nous respectons la décision des entreprises qui nous quittent, ajoute Thierry Hulot le président du LEEM. Il est vrai qu’en trente ans, les modèles d’affaires des laboratoires pharmaceutiques ont fortement évolué vers l’hyperspécialisation, ce qui complique la possibilité de trouver les points d’équilibre entre eux. Cependant, je reste persuadé que le collectif est plus efficace que la division. Et nous continuerons à porter une politique ambitieuse pour le médicament, et d’abord au service de tous les patients qui ont besoin d’accéder à leurs traitements. C’est une condition indispensable pour sécuriser l’approvisionnement, soutenir l’innovation et la production en France et en Europe. »

Un nouveau syndicat sur les rails…

Preuve que l’offensive était soigneusement préparée, la suite est déjà programmée. Au moment où se tenait le CA du LEEM, un communiqué de presse était diffusé, annonçant que les entreprises du G5Santé partantes vont, dans les prochains jours, créer un nouveau syndicat. Centré sur « l’accès des patients français aux médicaments innovants et la reconnaissance de l’empreinte de R&D et de production en France », et dont le nom et le statut sont en cours d’élaboration, il est « ouvert aux entreprises pharmaceutiques ayant des médicaments innovants, sur prescription médicale ou inclus dans l’acte médical, qui disposent en propre et de manière significative d’au moins un site de production industrielle et/ou d’activités en R&D en France et qui soutiennent la prise en compte de l’implantation territoriale française dans les politiques publiques. » Voilà, donc, pour la déclaration d’intention, et qui intéresse déjà d’autres laboratoires, au-delà des sept fondateurs. « C’est une option que nous étudions, indique Emilie Pertuiset, directrice générale et affaires publiques France de Biocodex. Nous sommes convaincus que les laboratoires français innovants et qui luttent pour maintenir tout ou partie de leur activité sur le territoire national ont une carte à jouer pour négocier directement avec les pouvoirs publics. » A l’appui de ce point de vue, Emilie Pertuiset évoque la coalition créée en décembre aux côtés de quatre autres laboratoires (Théa, Upsa, Opella et Zambon), et qui est parvenue à faire voter deux amendements : une exonération de la taxe supplémentaire pour les spécialités de référence dont le chiffre d’affaires est inférieur à un seuil fixé par décret, et la création d’un critère de territorialité dans le calcul de la clause de sauvegarde avec abattement à la clé. « Cela prouve qu’il est possible de mettre en œuvre un arsenal de politique publique adapté, un corridor spécifique aux contraintes de nos entreprises. »

… et l’AMLIS étudie l’option

 Du côté des PME et ETI réunis au sein de l’AMLIS, l’éventualité de transformer la structure associative en véritable syndicat est également en projet. « « Les produits de santé que nous proposons constituent le socle de notre système de santé, souligne Karine Pinon. Lorsqu’ils sont fragilisés, ce sont l’accès aux soins, la sécurité d’approvisionnement et la souveraineté sanitaire qui sont directement menacés. Nous faisons le choix de porter pleinement et clairement ces enjeux. Et cette ambition sera au cœur de la préfiguration d’une nouvelle organisation en mesure de travailler avec les pouvoirs publics pour garantir durablement à la France l’accès aux médicaments développés, fabriqués et commercialisés par ces PME et ETI, tout en préservant un outil industriel solide et ancré dans les territoires. »

Nouvelles négos

Désormais, les laboratoires pharmaceutiques iront donc en ordre dispersé pour négocier séparément avec les pouvoirs publics. La fragmentation des arguments jouera-t-elle dans le sens de mesures adaptées aux enjeux spécifiques des différents modèles d’affaires ? Ou, au contraire, la division du secteur facilitera-t-elle le travail des régulateurs, dans la mise au point des prochains plans d’économies sur le médicament ? Et quel sera, surtout, l’impact de la nouvelle géopolitique du médicament sur le contenu des négociations ? L’avenir le dira. « Certainement, les modalités de discussion seront plus complexes, pour nous comme pour les pouvoirs publics, résume l’un des frondeurs. Mais les enjeux seront plus clairs et les mesures plus lisibles, car il n’est plus possible, aujourd’hui, de conduire une politique générale du médicament, sans distinction entre la nature des produits ciblés. Tout le monde a intérêt à la transparence des décisions et de leurs effets concrets en matière de souveraineté sanitaire et d’accès aux médicaments essentiels pour les patients. »

Hervé Requillart


tags

Partage

Sur le même thème :

close

Contact Abonnements

Pour les abonnements de GROUPE ou individuel JOURNALISTE/ÉDITEUR/ÉTUDIANT/DEMANDEUR D'EMPLOI/RETRAITÉ, veuillez nous consulter afin d’avoir un devis personnalisé.

Par téléphone au 01 40 92 70 58

pharmaceutiques_illustrations_telephone

Du lundi au vendredi de 9h30 à 13h00
et de 14h00 à 17h00

Par mail

pharmaceutiques_illustrations_email
close

Contact Abonnements

Pour les abonnements de GROUPE, veuillez nous consulter afin d’avoir un devis personnalisé.

Par téléphone au 01 40 92 70 58

pharmaceutiques_illustrations_telephone

Du lundi au vendredi de 9h30 à 13h00
et de 14h00 à 17h00

Par mail

pharmaceutiques_illustrations_email
close

Contact Abonnements

Pour les abonnements de GROUPE, veuillez nous consulter afin d’avoir un devis personnalisé.

Par téléphone au 01 40 92 70 58

pharmaceutiques_illustrations_telephone

Du lundi au vendredi de 9h30 à 13h00
et de 14h00 à 17h00

Par mail

pharmaceutiques_illustrations_email
close

Contact Abonnements

Pour les abonnements de GROUPE ou individuel JOURNALISTE/ÉDITEUR/ÉTUDIANT/DEMANDEUR D'EMPLOI/RETRAITÉ, veuillez nous consulter afin d’avoir un devis personnalisé.

Par mail

pharmaceutiques_illustrations_email
close

Formulaire incomplet :

Revenir sur le formulaire

Votre demande à bien été envoyée

L'équipe Pharmaceutiques s'engage à revenir vers vous dans un délai de 24h.

Retourner sur le site

Merci de l'intérêt que vous portez à Pharmaceutiques.

Votre demande à bien été transmise à l’équipe Pharmaceutiques.

Après acceptation de votre demande d’inscription, vous recevrez un mail de confirmation dans un délai de 24h.

Retourner sur le site

Votre demande d'essai pour une période de 7 jours a bien été prise en compte !

Rendez-vous le matin à 8h30 dans votre boîte mail.

Retourner sur le site

Votre demande d'information partenariat à bien été transmise.

L'équipe Pharmaceutiques s'engage à revenir vers vous dans un délai de 24h.

Retourner sur le site
close

Identification

Inscription   1/5

✨ Déjà abonné(e) à notre magazine ?

2 options s'offrent à vous pour accéder à vos contenus exclusifs en ligne :

1
EN PROLONGEANT VOTRE ABONNEMENT

Renouvelez votre abonnement pour continuer à accéder à vos contenus en ligne

→ RENOUVELER MON ABONNEMENT
OU
2
VOTRE ABONNEMENT EST ACTIF ?

Activez simplement votre compte en ligne pour accéder immédiatement à vos données d'abonné

→ Commencez par entrer votre email ci-dessous puis suivez les 5 étapes d'activation

💡 Accès immédiat à tous vos contenus après activation


Par mesure de sécurité, pour poursuivre votre inscription, merci de saisir le code de dévérouillage envoyé à votre boite mail.


Merci de compléter les informations suivantes :

Merci de compléter les informations suivantes :

Merci de saisir un mot de passe robuste :

  • 8 caractères
  • 1 Majuscule
  • 1 Minuscule
  • 1 chiffre
  • 1 Caractère spécial
J'ai lu et j'accepte les conditions générales d'utilisation

Nous sommes heureux de vous compter parmis nos membres.

Vous pouvez maintenant profiter de nos offres et services avec votre compte pharmaceutiques.

 
close

Notification