Le Leem lance une concertation nationale pour l’avenir du médicament
Retards d’accès aux traitements innovants, tensions d’approvisionnement, investissements qui glissent hors d’Europe… Pour le Leem, 2026 marque un moment charnière qui impose de « repenser un système de santé à bout de souffle ». L’organisation professionnelle lance une concertation pour l’avenir du médicament “Au cœur du soin” pour faire émerger des propositions et nourrir le débat public à l’approche des échéances politiques de 2027.
« Sortir le médicament d’un débat trop souvent réduit à un débat budgétaire pour le replacer dans une approche globale du soin, au service des besoins essentiels des patients » : telle est l’ambition énoncée par le Leem, par la voix de son président Thierry Hulot, lors d’une conférence de presse ce 11 mars. Le syndicat professionnel lance ce jour une concertation nationale pour l’avenir du médicament ouverte à tous les citoyens. Ses membres estiment qu’aucun acteur ne peut transformer seul un système mis sous tension. L’objectif est donc de faire dialoguer les parties prenantes et d’identifier des solutions pragmatiques. La démarche « Au cœur du soin : concertation pour l’avenir du médicament » s’articule autour de trois grandes thématiques : l’efficience du système de santé, le dynamisme économique et la santé dans les territoires, et l’accès des patients au progrès thérapeutique. Le Leem s’appuie sur une enquête Ipsos menée auprès de 300 professionnels de santé (1), qui offre un diagnostic global pessimiste. « 83 % des soignants estiment que le système de santé français s’est détérioré au cours des dix dernières années, dont 51% qu’il s’est beaucoup détérioré », chiffre Etienne Mercier, directeur santé Ipsos. Parmi les sujets jugés préoccupants par les professionnels interrogés, ressortent en premier lieu les délais d’obtention d’un rendez-vous (pour 92 %), l’accès aux soins sur le territoire (89 %), et la disponibilité des médicaments (75 %), devant le vieillissement et la dépendance (71%), ou la coordination des parcours de soins (61%).
Les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme
Près des deux tiers des professionnels de santé interrogés rapportent que leurs patients rencontrent souvent des difficultés pour obtenir les traitements couramment prescrits en raison de ruptures de stock. « Les pénuries et les tensions d’approvisionnement en France sont attribuées à la faible attractivité économique et à la dépendance industrielle : 63 % des répondants estiment que les prix des médicaments sont trop bas en France », complète l’institut de sondage. Un professionnel sur deux juge que les pouvoirs publics ne s’impliquent pas suffisamment pour garantir l’efficience du système, et les répondants jugent majoritairement insuffisante l’action publique sur plusieurs leviers structurants (recherche/essais cliniques, attractivité industrielle, lutte contre les pénuries, réduction des délais d’accès aux innovations). « Ce ne sont plus seulement les préoccupations des industriels, mais aussi celles des professionnels de santé », remarque Etienne Mercier.
92 % estiment que l’Europe perd du terrain (dont 39 % jugeant que « les innovations majeures viennent désormais majoritairement des Etats-Unis et de Chine »). Une opinion partagée autant par les médecins généralistes, les spécialistes et que les pharmaciens. Et 58 % jugent l’accès aux nouveaux traitements innovants plus lent en France que dans d’autres pays de l’Union européenne (19 % le qualifiant de « beaucoup plus lent »). Autre signal préoccupant : 84 % pensent que la France perd du terrain dans le domaine des essais cliniques. La politique du médicament est perçue comme instable et imprévisible pour 86 % des professionnels interrogés.
Une feuille de route pour les présidentielles
Laurence Peyraut, directrice générale du Leem, souligne que cette convergence des opinions entre acteurs de soins et industriels – « que nous retrouvons également dans notre baromètre d’attractivité » -, renforce la légitimité d’un travail collectif. La concertation est présentée comme un moyen d’aligner constats et solutions entre acteurs et de faire émerger des positions convergentes. Côté méthode, le Leem met en place trois canaux de contribution : une plateforme numérique ouverte à tous jusqu’au 1er juin comprenant un questionnaire et une boîte à idées, des rencontres avec les acteurs du soin en France menées depuis le début de l’année, des rendez-vous dans les territoires (2), ainsi qu’un temps de débat à SantExpo à Paris (19–21 mai) autour de l’efficience du système. La restitution prendra la forme d’une synthèse consolidée à l’été 2026 supervisée par un collège de trois garants (3). Thierry Hulot affiche l’objectif d’arriver avec des propositions consolidées et de les porter dans le débat public dès la rentrée.
Une nouvelle gouvernance
Dans cette même logique, le Leem met en avant l’évolution de sa gouvernance : « une organisation plus moderne, plus agile, plus en adéquation », justifie Thierry Hulot, trois commissions thématiques (financement, évaluation, plaidoyer) et quatre missions structurantes. « Cette remise à plat de la gouvernance est le fruit d’une réflexion qui a débuté il y a quelques mois pour répondre aux enjeux du secteur », complète Clarisse Lhoste, présidente de MSD France, et secrétaire générale du bureau du Leem. Réunie mardi 10 mars, l’Assemblée générale du Leem a approuvé à près de 95 % cette nouvelle composition du Conseil d’administration en cinq collèges – représentant la diversité des quelques 200 entreprises adhérentes de toutes tailles et sur toute la chaîne de valeur, quelle que soit leur nationalité -, ainsi qu’une « comitologie simplifiée et articulée pour plus d’agilité dans les décisions ». L’élection des 36 administrateurs, puis la désignation du bureau et du nouveau président pour trois ans, auront lieu lors du prochain conseil d’administration le 5 mai. « A la veille d’échéances budgétaires et politiques majeures pour le pays, cette nouvelle organisation nous rend plus forts et agiles pour répondre aux défis majeurs qui pèsent sur le médicament », salue Thierry Hulot.
Juliette Badina
(1) Enquête menée du 17 au 25 février 2026 auprès de 100 médecins généralistes, 100 médecins spécialistes hospitaliers/mixtes, et 100 pharmaciens d’officine
(2) A Dunkerque le 9 avril sur le dynamisme économique et santé dans les territoires et à Strasbourg le 28 avril sur l’accès au progrès thérapeutique
(3) Marie Celine Battesti (Présidente de la Compagnie Nationale des Commissaires Enquêteurs – CNCE), Denis Bertin (Vice-Président Fondation A*Midex & UDICE et référent France 2030), Amaury Martin (directeur Ressources et Innovation, Institut Curie)




