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Mélanome : une coordination des soins pour une approche intégrée

Face au mélanome, le temps est un déterminant majeur du pronostic. Mais les retards de diagnostic et de prise en charge traduisent des failles organisationnelles dans le parcours de soins. Coordination territoriale, formation des professionnels et outils numériques apparaissent aujourd’hui comme des leviers clés, comme en témoignent les intervenants de la table-ronde organisée dans le cadre de la web-émission de Pharmaceutiques.

Dans le mélanome, « plus le temps est important entre l’apparition de la lésion et le diagnostic, plus il aura de l’épaisseur et sera grave », rappelle le Pr Philippe Saiag, onco-dermatologue à l’Hôpital Ambroise-Paré (AP-HP), lors de la première table-ronde de la web émission dédiée aux cancers cutanés organisée par Pharmaceutiques le 18 mai (1). Et les conséquences sont concrètes : « des traitements plus lourds, des chirurgies plus étendues ». Les retards interviennent à plusieurs étapes : consultation tardive, erreurs d’orientation, délais d’accès aux dermatologues. « On voit des patients qui ont consulté mais n’ont pas été adressés rapidement, ou d’autres qui ont été orientés directement vers la chirurgie sans stratégie optimale », observe-t-il. D’où un enjeu central : « structurer les parcours pour permettre un accès rapide aux centres experts pour les patients qui le nécessitent », clame-t-il. Pour Hanane Attar, directrice médicale Oncologie des laboratoires Pierre Fabre, le constat est clair : « Ces retards ne sont pas dus au hasard, ils sont dus à une défaillance organisationnelle ». Les données issues de l’enquête Dermatocare menée auprès de spécialistes montrent des disparités territoriales marquées et des parcours fragmentés « où se créent les retards, explique-t-elle. L’hétérogénéité des ressources — notamment en coordination — aggrave la situation, tout comme les délais d’accès aux dermatologues ou aux centres experts ». La réponse doit être systémique : « Si le pharmacien, le médecin généraliste, le dermatologue, le centre expert ne sont pas coordonnés, il se crée des trous dans la raquette. »

Le rôle des acteurs de proximité

Sur le terrain, le médecin généraliste se retrouve en première ligne, parfois sans y être pleinement préparé. « Pendant longtemps, le dermatologue était l’interlocuteur unique. Aujourd’hui, le généraliste doit orienter et parfois trier, sans formation spécifique suffisante », souligne le Dr Julien Anriot, médecin généraliste, Département de Dermatologie au Centre Léon Bérard (Lyon). Dans un contexte de pénurie, les patients peinent à accéder directement à un spécialiste. « Certains disent avoir appelé des dizaines de cabinets sans obtenir de rendez-vous, alors même que la télé-expertise pourrait être mobilisée via le médecin traitant », poursuit-il. Résultat : des parcours désorganisés, voire éclatés. Il appelle à « un système d’information partagée et des circuits clairs pour éviter les doublons et les pertes de chance ». Professionnel de santé le plus accessible, le pharmacien capte de nombreux signaux faibles, mais son rôle reste encore peu structuré. « Nous sommes souvent le premier point de contact, sans rendez-vous », rappelle Hélène Valque, pharmacienne à Beaurains (Pas-de-Calais), certifiée OncoPharma. Ce rôle de “sentinelle” se heurte toutefois à plusieurs limites : manque de formation spécifique, absence d’intégration formelle dans les parcours et défaut de coordination. « Ce rôle d’alerte reste encore informel et peu connu », regrette-t-elle. Des initiatives émergent toutefois pour le structurer. « À Arras, un parcours coordonné permet au pharmacien d’orienter vers des médecins généralistes formés et équipés de dermatoscopes, avec un accès à la télé-expertise en 48 heures, détaille-t-elle. Cela permet un gain de temps considérable ». D’autant que les progrès thérapeutiques dans le mélanome ont profondément transformé la prise en charge médicale. « Les stratégies sont complexes et évolutives, ce qui impose un accès rapide à des centres spécialisés et un suivi de qualité », complète le professeur Saiag. La gestion des toxicités et des interactions médicamenteuses implique également une collaboration étroite avec les acteurs de ville.

Les outils numériques comme levier structurant

La télé-expertise joue un rôle central dans ces dispositifs, permettant de s’adresser au bon spécialiste, avec la bonne information, au bon moment. Elle contribue également à désengorger les consultations spécialisées en filtrant les cas nécessitant réellement une prise en charge. Hanane Attar cite le projet ScopiPharma – mené par l’URPS Pharmaciens Auvergne-Rhône-Alpes et le Centre Léon Bérard – qui permet aux pharmaciens formés en dermatoscopie de jouer un rôle de sentinelle en réalisant des télé-expertises pour des patients présentant des lésions cutanées suspectes. Les Laboratoires Pierre Fabre se sont associés à la start-up française Rofim en 2024, rejoints en 2025 par Incyte, pour proposer une solution en pharmacie. Les outils numériques, dont l’intelligence artificielle, offrent des perspectives pour améliorer le tri et l’orientation des patients. « C’est l’objectif de la start-up Huvy qui veut désengorger les circuits et lever rapidement les alertes », a témoigné Léonie Schroder, CEO et cofondatrice de la start-up, en ouverture de la web-émission. La Pr Elisa Funck-Brentano, cheffe du service de dermatologie générale et oncologique de l’hôpital Ambroise Paré (AP-HP) et membre du bureau du Groupe Cancers cutanés de la Société française de dermatologie (SFD) se veut prudente : « Il faut rester critique envers la réponse fournie par l’IA et envers le degré de sensibilité de l’outil afin d’éviter de multiplier les exérèses, les faux positifs et les coûts pour l’assurance maladie. Mais c’est un outil avec lequel les professionnels de santé doivent apprendre à évoluer pour mieux trier les patients et gagner du temps de consultation. » A la condition que « le médecin reste au cœur de la prise en charge », assure le professeur. L’intégration de ces dispositifs soulève en effet des enjeux de gouvernance et de responsabilité du côté des professionnels de terrain : « Ces outils doivent être utilisés par des personnes formées, sinon ils peuvent générer de l’anxiété inutile ou des erreurs d’interprétation », souligne Julien Anriot. « Une formation initiale d’une trentaine de minutes est obligatoire après une sensibilisation préalable, et le diagnostic final reste aux mains du dermatologue », répond l’entrepreneuse, dont le dispositif médical a été conçu avec les professionnels et intégré dans une logique de terrain. Validé cliniquement sur 3 000 patients avant mise sur le marché, « le premier en Europe à obtenir le marquage CE IIb pour cette indication », le DM a été adopté par 150 professionnels en 2025, et poursuit son déploiement en 2026. L’enquête conduite auprès des personnes détectées montre une prise en charge accélérée des cas prioritaires, à 30 jours en moyenne, contre plusieurs mois, et un désengorgement significatif des consultations.

Juliette Badina

(1) Web-émission organisée par Pharmaceutiques avec le soutien de Almirall, Bristol Myers Squibb et des laboratoires Pierre Fabre

Focus : La preuve par l’exemple

Face à la hausse des cancers cutanés et aux difficultés d’accès aux soins dermatologiques, la stratégie de « l’aller vers » apparaît désormais comme un levier essentiel de santé publique. C’est le sens du projet Mobil’Derm, présenté comme une réponse concrète aux inégalités territoriales et sociales. « Pour réduire les retards de diagnostic et les renoncements aux soins, notamment dans les populations les plus à risque – personnes âgées, précaires ou éloignées du système de soins – aller à la rencontre des patients devient indispensable », indique en préambule la Pr Marie‑Thérèse Leccia, dermatologue CHU Grenoble Alpes, présidente de la Société Française de Photodermatologie et de l’association “Sécurité Solaire”. Porté par le CHU de Bordeaux, le dispositif Mobil’Derm repose sur une dermatologie itinérante, mobilisant des praticiens volontaires pour consulter au plus près des populations. « L’idée est simple : amener les spécialistes là où les patients ne viennent plus », explique la Pr Marie Beylot‑Barry, chef du Service de Dermatologie du CHU de Bordeaux et porteuse de projet Mobil’Derm, soulignant les fortes tensions d’accès observées en Nouvelle‑Aquitaine, première région pilote. Le dispositif s’appuie sur une organisation structurée, en lien avec les médecins généralistes et les acteurs de santé locaux, afin de cibler les profils les plus pertinents. Les premiers retours mettent en évidence une grande diversité de situations cliniques, allant de dermatoses fréquentes à des suspicions de cancers cutanés. Ils révèlent aussi une faible perception du risque par une partie de la population. « La prévention doit être plus personnalisée, basée sur les facteurs de risque et adaptée aux différents publics », rappelle la Pr Leccia, qui insiste sur le rôle des sociétés savantes et des associations pour harmoniser les messages et améliorer leur impact.


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