Politique de santé

Médicament : des idées pour le quinquennat

Que fera le prochain président de la République pour améliorer l’accès à l’innovation thérapeutique, accélérer la mise à disposition des traitements, relocaliser la production des médicaments en France et en Europe ? S’il manque d’idées, il pourra revoir le « grand débat » organisé par le LEEM mercredi 23 mars au Pavillon Gabriel (Paris).

Après avoir présenté en janvier sa plateforme de propositions visant à « faire de la France le leader européen du médicament » et passé au crible les programmes des prétendants à l’Elysée, sur lasantecandidate.fr, le LEEM a invité six experts à décrypter les enjeux santé du prochain quinquennat.

« Depuis la crise Covid, la santé est devenue l’une des préoccupations personnelles majeures des Français, c’est la première fois qu’elle aura une telle importance dans une élection présidentielle », observe Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut Ipsos.

Les propositions des candidats en la matière demeurent pourtant souvent imprécises,  comme l’analyse Chloé Morin, experte de l’opinion publique à la Fondation Jean Jaurès.

Pendant les deux heures du débat, les différents intervenants ont décortiqué les programmes et surtout distillé leurs conseils au futur locataire de l’Elysée sur ce que devrait être sa politique du médicament.

Encourager la prise de risque dans la recherche

Le Pr Alexandre Loupy, néphrologue à l’hôpital Necker spécialiste de la transplantation rénale, regrette le peu de place accordé par les candidats à la recherche médicale. « En France, nous avons manqué d’agilité, de prise de risque pendant la crise, juge-t-il. Il y a une volonté de recherche dans le digital et la santé numérique mais peu en recherche médicale. Elle doit se réinventer. »

« La France a été un grand lieu d’innovation thérapeutique mais nous avons pris du retard, enchérit Florence Allouche, présidente de Myrpharm Advisors, société de conseil en stratégie. Une grande partie des médicaments de demain seront des biothérapies et la recherche médicale en la matière doit être soutenue. »

Longtemps exclusivement traitée sous l’angle de l’offre de soins, la politique de santé doit désormais tenir compte de l’économie, de la recherche et de la compétitivité des industries de santé, indique l’économiste de la santé Nicolas Bouzou, qui dirige le cabinet de conseil et d’analyse Asterès. « Il existe en France des potentialités importantes de recherche en oncologie, dans les maladies neurodégénératives ou la lutte contre le vieillissement, par exemple, mais ce qui ne fonctionne pas bien dans notre pays, ce sont les coopérations entre public et privé, et parfois aussi entre centres de recherche publics. »

Au-delà des blocages organisationnels ou idéologiques à lever, les investissements consacrés à la recherche restent insuffisants. « La France consacre 2,2% de son PIB à la recherche quand la Suède y investit 4%, il faut redonner des marges de manœuvre et augmenter l’effort», affirme Frédéric Collet, président du LEEM.

Réindustrialiser, facile à promettre…

Autre enjeu majeur, l’objectif de relocaliser la production de médicaments et dispositifs médicaux après la crise sanitaire est approuvée par 80% des Français et fait l’unanimité chez les candidats. « Il ne faut pas parler d’indépendance car elle ne pourra jamais être complète mais plutôt de réindustrialisation, tempère Nicolas Bouzou, qui refuse tout fatalisme. On a vu quand il a fallu produire des vaccins contre le Covid que l’on avait été capables de construire une quarantaine d’usines en Europe très rapidement ! »

Le sujet est bien plus complexe que ne le laissent paraître les déclarations d’intention des candidats. « Certes, il est important de réindustrialiser pour être autonomes mais un grand nombre de principes actifs aujourd’hui produits en Asie sont polluants et ne pourront pas revenir en production en Europe en vertu des normes européennes environnementales », commente, pragmatique, Florence Allouche.

Une chose est sûre, les difficultés d’approvisionnement liées au Covid et plus récemment au conflit entre la Russie et l’Ukraine ont profondément modifié la donne. Elles vont s’amplifier avec le dérèglement climatique. « L’intérêt à produire en France ou en Europe est de faire en sorte que chaque patient puisse bénéficier du traitement dont il a besoin quelles que soient les circonstances », affirme Frédéric Collet. Pour cela, les délais avant la commercialisation d’un nouveau médicament devront être raccourcis, ajoute le président du LEEM. L’évaluation des médicaments demeure désespérément trop lente : 527 jours en France en moyenne quand ce délai devrait être de 180 jours en vertu d’une directive européenne.

De nombreux obstacles à lever pour accélérer l’innovation

Tout n’est pas noir. « En France, on est bon dans l’accès aux thérapies innovantes grâce à l’ATU et maintenant à l’accès précoce, souligne Nicolas Bouzou. Un patient atteint d’un cancer peut avoir rapidement accès à un médicament nouveau. La vraie difficulté pour l’industrie est ensuite de faire rentrer ces traitements dans le droit commun. »

L’accès des patients aux nouveaux traitements anti-Covid illustre ces avancées même si certains blocages inattendus peuvent apparaître. « Ces nouveaux anticorps monoclonaux autorisés en accès précoce ont été achetés par l’Etat pour environ 100 000 personnes immunodéprimées. Or, seulement 17 000 personnes ont été traitées avec ces thérapies prophylactiques car elles ne sont pas prescrites partout de la même manière, déplore Magali Léo, représentante de l’association de patients Renaloo. On observe des poches de résistance chez certains médecins, par exemple en Bretagne ou dans les Hauts de France. La liberté de prescription doit-elle supplanter la liberté de santé pour tous ? », s’insurge-t-elle.

Lors de ce débat, le patron du LEEM a une nouvelle fois pu citer les obstacles auxquelles doivent faire face les industriels du médicament, qu’il s’agisse d’une gouvernance étatique complexe avec « 12 interlocuteurs différents » ou une fiscalité trop lourde « avec sept taxes sectorielles », frein à l’attractivité.

Frédéric Collet rêve d’une simplification administrative mais aussi d’une fiscalité qui valoriserait les efforts des laboratoires pharmaceutiques en faveur de l’environnement et de la décarbonation de leur activité, devenu un « sujet de préoccupation majeur de l’industrie ».

Christophe Gattuso

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