La nouvelle donne du dépistage cardiovasculaire
Avec un infarctus ou un AVC toutes les deux minutes et 1,2 million d’hospitalisations par an, les maladies cardio-neuro-vasculaires pèsent lourd dans une France en manque de prévention. Adoptée à l’unanimité en juillet, la loi Neuder apporte de premières réponses. Mais, selon les experts réunis par Pharmaceutiques, c’est tout le logiciel qu’il faut repenser, du dépistage au suivi des patients, jusqu’au financement de la recherche.
Invité en ouverture de la web-émission « Santé cardiaque : la nouvelle donne », organisée par Pharmaceutiques le 16 septembre, le Dr Yannick Neuder, cardiologue, député de l’Isère et ancien ministre de la Santé, revient sur la loi qu’il a fait adopter à l’unanimité le 20 juillet. Elle dote pour la première fois la France d’une stratégie nationale contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, deuxième cause de mortalité et première chez les femmes. « On est resté sur un modèle du tout curatif, du tout hospitalier », constate-t-il en pointant le retard français : 146 euros par habitant consacrés à la prévention, contre 458 en Allemagne. Le texte mise sur l’« aller vers » : dépistage de l’hypercholestérolémie familiale dès six ans, éducation aux bons comportements à l’école, dépistage proposé dans toutes les entreprises. Il entend aussi permettre aux pharmaciens et aux kinésithérapeutes de mesurer la tension, pour une application espérée en 2027. « Un euro dépensé dans la prévention n’est pas un euro dépensé, mais un euro investi », assure-t-il, avant d’évoquer ses prochains combats : l’alimentation ultra-transformée et la désinformation en santé.

Changer de logiciel
Comment dépister ? Le Pr Jean-Jacques Mourad, chef du service de médecine interne de l’Hôpital Franco-Britannique, appelle à une remise à plat complète du système, face aux résultats plutôt décevants des dernières campagnes : 30 % des adultes sont hypertendus et un sur deux l’ignore encore. « Il faut qu’on change de logiciel », tranche-t-il. « Il n’y a aucune pertinence à ce que la pression artérielle soit mesurée uniquement par un médecin ou un soignant. » Prise par le patient à son domicile, elle est même « bien plus informative ». Le spécialiste plaide pour la même révolution que celle qu’a connue le poids, devenu une donnée aussi familière que l’âge, alors qu’au siècle dernier, il fallait encore passer chez le médecin pour se peser. Et pour un accès sans restriction à un tensiomètre, à domicile ou dans certains lieux publics comme les centres commerciaux. Les citoyens doivent devenir « les premiers acteurs, les premières vigies » de leur capital santé.
La prévention ne se limite plus à gérer des risques individuels. « Alimentation, sédentarité, tabac… les ennemis classiques sont connus. Mais, à eux seuls, ils ne peuvent pas expliquer l’ensemble du risque cardiovasculaire », souligne le Dr Nabil Bouali, cardiologue et président du Collège des cardiologues en formation (CCF-SFC). Certains facteurs restent « sous-estimés et pas forcément évalués de manière systématique dans la pratique cardiologique ». Parmi eux, la pollution de l’air, le bruit, ou encore les microplastiques retrouvés dans des plaques carotidiennes et associés à davantage d’événements cardiovasculaires. Autant d’expositions sur lesquelles le patient n’a guère de prise. « La prévention, finalement, n’est peut-être pas qu’individuelle. Elle passe aussi par une politique de santé publique », estime le cardiologue, qui plaide pour une approche One Health intégrant l’exposome, l’ensemble des expositions auxquelles chacun est soumis.
Aller au-devant des patients
Créée par la Société française de cardiologie, la Fondation Cœur & Recherche finance sur fonds privés des projets « en amont de la prévention ». Elle a ainsi soutenu une étude consacrée à l’impact de la pollution sonore sur la récidive d’infarctus et vient d’en lancer une autre sur les microplastiques. Sa déléguée générale, Elisabeth Riboud, présente aussi un clip destiné aux femmes, né d’un constat de la recherche : celles qui font un accident cardiovasculaire n’ont, en règle générale, pas été vues par un cardiologue. Coconstruit avec des femmes de la société civile, il est parti d’une question simple : « Pourquoi on voit nos gynécos, mais pourquoi on ne voit pas de cardio ? » Ménopause, grossesse, endométriose, pilule, stress ou tabac : à chaque étape de la vie, le message est le même, « ton cœur est concerné », assorti d’une consigne : exiger un bilan cardiaque auprès de son généraliste. Diffusé jusque dans les salles de cinéma, le clip est devenu un mouvement, qui vise la création d’un mois dédié au cœur des femmes, sur le modèle d’Octobre rose.
« Le repérage précoce est la pierre angulaire d’une stratégie optimale », insiste Stéphane Curti, directeur de la BU cardiovasculaire et médecine interne de Servier France. Sur 17 millions d’hypertendus, 8 millions seulement sont traités et 4 millions contrôlés, rappelle-t-il, en saluant la dernière campagne de sensibilisation lancée par l’Assurance-maladie. Le laboratoire organise de son côté des journées de détection dans les établissements de santé et en pharmacie, pour atteindre des patients que la démographie médicale ou des raisons économiques tiennent à l’écart. Il entend aussi aider les soignants à appliquer les nouvelles recommandations et travaille avec des maisons de santé et des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), où spécialistes, généralistes, pharmaciens et infirmiers en pratique avancée se coordonnent autour du patient. « Notre rôle n’est plus aujourd’hui de parler uniquement de pathologie, de nouveautés thérapeutiques », souligne-t-il, mais d’aider à mieux diagnostiquer et suivre chaque malade. Aucun patient oublié ? « C’est l’ambition, nous en sommes encore très loin », reconnaît-il.
Fabien Nizon
(1) Web-émission organisée par Pharmaceutiques avec le soutien des laboratoires Servier et à retrouver ici.




