La filière SKIN Excellence en phase de maturation
Créée il y a deux ans par le pôle de compétitivité Eurobiomed afin de structurer les forces vives en dermatologie sur les régions PACA et Occitanie, la filière SKIN Excellence réunissait ses acteurs à Toulouse le 5 mai dernier, pour stimuler les échanges et mettre en lumière les enjeux les plus prégnants sur la santé de la peau et les technologies les plus prometteuses. Entre animation, soutien aux start-ups et organisation de grands sommets scientifiques, la filière se consolide autour d’un projet d’institut dédié.
Après un premier SKIN Summit d’envergure internationale l’an dernier à Antibes et avant un nouvel évènement scientifique majeur sur la dermato-inflammation déjà annoncé pour avril 2027, les acteurs de la filière SKIN Excellence se sont réunis ce 5 mai sur le campus de l’Oncopole à Toulouse. « En dermatologie, le besoin médical est énorme avec près de 20 millions de personnes en France qui souffrent d’au moins une maladie de peau, de nombreuses pathologies sans solution thérapeutique satisfaisante, et une pénurie de dermatologues-cliniciens qui accroît l’errance thérapeutique », souligne Emmanuel Le Bouder, directeur de l’innovation du pôle de compétitivité Eurobiomed.
Centrée sur le thème de l’homéostasie, cette journée d’échanges a notamment permis de faire le point sur l’état des connaissances dans des pathologies rares, comme les ichtyoses congénitales, ainsi que sur les enjeux scientifiques et médicaux actuels en dermatologie, telle l’importance de la composition du microbiote cutané dans la cicatrisation ou la réponse à certains traitements. Elle a aussi mis en avant la nécessité de mieux connaître et prendre en compte les nombreux effets dermatologiques indésirables dus à la toxicité de certaines thérapies anticancéreuses.
Un vivier d’acteurs unique
Initiée par le Pr Thierry Passeron, chef du service de dermatologie du CHU de Nice, et accompagnée par le pôle de compétitivité Eurobiomed, SKIN Excellence est née en 2024 du constat de la présence d’une masse critique d’acteurs exerçant toute ou partie de leur activité dans le domaine de la santé de la peau, sur les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie couvertes par le pôle. « Plus de 80 sociétés – de la start-up à la grande entreprise – et de multiples unités de recherche Inserm ou CNRS travaillent dans ce domaine ! a constaté Thierry Passeron. Nous avons aussi la chance d’avoir au CHU de Nice un service dermatologie très actif, reconnu au plan international, et également centre de référence des maladies rares de la peau et des muqueuses d’origine génétique. Il y avait une vraie pertinence à fédérer l’ensemble de ces acteurs, à la fois de recherche fondamentale et appliquée, de prévention et de soin, au sein de cette filière SKIN Excellence, pour les faire se rencontrer, créer des partenariats et montrer notre savoir-faire à l’international. »
Des grands groupes engagés
Pour structurer la filière, Eurobiomed a mis en œuvre la recette déjà éprouvée avec succès il y a plus d’une décennie au profit d’une filière centrée sur l’immunologie, et qui a abouti il y a trois ans à la labellisation du Marseille Immunology Biocluster dans le cadre de France 2030. « Notre méthode : avoir une connaissance précise de l’écosystème et de ses acteurs, les cartographier, les positionner sur la chaîne de valeur, et créer ce qu’il manque pour renforcer cette dernière, expose Emmanuel Le Bouder. La filière industrielle dermatologie représente plus de 4 000 emplois sur les deux régions, avec un très fort potentiel d’innovation : 50 % des entreprises que nous avons identifiées sont de purs développeurs de solutions innovantes, et nous disposons également d’un important pool de CRO et sociétés de services qui accompagnent ces entreprises. Nous avons désormais créé une marque ! » Parmi ses principaux acteurs industriels côté pharmacologie, SKIN Excellence peut compter sur des champions mondiaux comme Sanofi – qui dispose d’un pôle de R&D à Montpellier – et les Laboratoires Pierre Fabre, historiquement implantés en Occitanie, à la fois pour la R&D et la production pharmaceutiques et dermocosmétiques. « Nous jouons un rôle de catalyseur dans cet écosystème, en participant à l’évaluation de certains projets, en nouant des partenariats avec les structures académiques et en faisant bénéficier les start-ups de notre propre réseau », expose Eric Ducournau, directeur général des Laboratoires Pierre Fabre.
Une journée d’échanges et de découvertes
La journée du 5 mai a aussi favorisé les temps d’échanges entre les acteurs. Basée à Paris mais membre à part entière de la filière, la société BioHive développe des organoïdes de peau conçus à partir de cellules de bulbes capillaires reprogrammées en iPS (cellules pluripotentes induites). « Nous concevons des modèles à façon en fonction des questions biologiques », expose sa fondatrice et CEO Cécile Nait, venue à Toulouse rencontrer ses clients locaux et présenter sa technologie lors de sessions de pitchs. Proposant également des modèles tissulaires pour tester cliniquement des molécules, mais cette fois à base de mini-échantillons de peau humaine, la société Genoskin est basée à Toulouse et dispose d’une succursale à Boston (Massachusetts). « Ce type de journée permet d’étendre notre réseau et de découvrir d’autres technologies complémentaires aux nôtres, dans la perspective de partenariats », se réjouit son directeur scientifique Nicolas Gaudenzio.
Un tiers lieu d’expérimentation bientôt inauguré à Nice…
Parmi les autres types de solutions mis en lumière, les outils d’imagerie intégrant l’intelligence artificielle, à l’instar de ceux conçus par Damae ou Pixience, pourraient devenir rapidement indispensables pour le suivi des patients, mais aussi pour la recherche. « Face aux enjeux d’accès aux soins, la dermatologie est un domaine où la santé numérique prend une importance majeure », insiste le Pr Passeron. Les porteurs de projets au sein de la filière disposent désormais à Nice du tiers-lieu d’expérimentation SKIN, sélectionné fin 2024 dans le cadre de la stratégie nationale d’accélération Santé numérique de France 2030, et qui sera officiellement inauguré le 28 mai prochain. « En trois mois, nous avons déjà reçu plus de projets que nous pensions en évaluer sur l’année 2026 ! », se félicite le praticien.
… et un institut dédié en projet
Ce tiers lieu constitue le premier maillon du projet SKIN Institute, qui pourrait voir le jour sur un site de 6 000 à 10 000 m² dans la plaine du Var aux environs de Nice. Sur un modèle proche de ceux des Instituts de la vision et du cerveau à Paris, l’ambition est de regrouper dans un même lieu au moins six laboratoires de recherche Inserm ainsi que des start-ups locales et des antennes d’entreprises déjà implantées ailleurs, des installations techniques mutualisées, dont un centre de ressources biologiques et une plateforme multi-omique. Le pôle proposerait également des activités de recherche clinique et translationnelle, ainsi que de diagnostic et de soin (sans hospitalisation), avec une plateforme d’imagerie cutanée et de traitement laser. « Un tel projet en dermatologie est sans équivalent dans le monde ! Nous comptons être prêts dans deux à trois ans au mieux…en fonction de la motivation des acteurs institutionnels », espère Thierry Passeron.
Julie Wierzbicki
Pour en savoir plus sur les enjeux autour des cancers cutanés, inscrivez-vous à la web-conférence organisée par Pharmaceutiques le 18 mai prochain




