Les arboviroses sous surveillance renforcée
Chikungunya, dengue, Zika, West Nile… Comme chaque année, la saison de surveillance renforcée des arboviroses a débuté le 1er mai en France métropolitaine. Mais après une année 2025 marquée par un record inédit de cas importés depuis la mise en place du dispositif en 2006 et une recrudescence des transmissions autochtones – surtout de chikungunya -, la vigilance monte d’un cran.
En France hexagonale, la surveillance des arboviroses (dengue, chikungunya, Zika, West Nile) transmise par le moustique tigre (Aedes albopictus) repose sur le signalement obligatoire, complété chaque année par une surveillance renforcée saisonnière pendant l’activité des moustiques vecteurs, du 1er mai au 30 novembre, sous coordination de Santé publique France (SPF) avec les ARS. A l’heure où le moustique sort de la diapause, et où la surveillance renforcée démarre en France, le bilan national de l’année 2025 met en évidence une saison exceptionnelle. Le nombre de cas importés de Chikungunya s’élève à 2 398, majoritairement depuis la zone océan Indien, avec La Réunion comme principal lieu de séjour, et le nombre de cas autochtones (chez des personnes n’ayant pas effectué de voyage récent en zone de circulation du virus) se chiffre à 809. Côté dengue, 2 389 cas ont été importés sur la période, principalement de la Guadeloupe, Polynésie française et Martinique, auxquels s’ajoutent une trentaine de cas autochtones. Le bilan 2025 acte ainsi un changement d’échelle : de 2010 à 2024, 53 foyers autochtones de dengue, chikungunya, et Zika confondus avaient été identifiés contre 93 sur la seule année 2025, confirmant l’augmentation du risque en France hexagonale et en Europe.
Une dynamique préoccupante
Autre signal fort : l’élargissement de la carte des transmissions. Les cas autochtones ont été observés pour la première fois en 2025 dans plusieurs territoires : de chikungunya en Bourgogne-Franche-Comté, Grand-Est et Nouvelle-Aquitaine, et de West Nile en Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Normandie. Pour Harold Noël, directeur adjoint de la direction des maladies infectieuses de SPF, ce déplacement géographique confirme qu’« une large partie du territoire est aujourd’hui réceptive à la transmission, du fait d’une implantation durable du vecteur et d’une dynamique de foyers plus rapide à déclencher. » Le moustique tigre est désormais implanté dans 83 des 96 départements de France métropolitaine (au 1ᵉʳ janvier 2026), illustrant une progression continue. À l’ouverture de la saison 2026, « on ne peut pas baisser la garde », plaide Harold Noël, pour qui la clef reste la détection précoce. Côté méthodologie d’action, « chaque cas identifié déclenche des investigations épidémiologiques et entomologiques et, si nécessaire, des actions de lutte antivectorielle autour des lieux fréquentés pendant la période virémique, détaille Marie Bâville, cheffe du centre de crises sanitaires de la Direction générale de la Santé (DGS). Lorsqu’un cas autochtone est détecté, les mesures notamment de démoustication sont renforcées et le périmètre élargi. » Le signalement obligatoire par les professionnels de santé est le point de départ : « il permet d’organiser des actions spécifiques et de limiter la propagation », rappelle-t-elle, en insistant sur le caractère désormais prioritaire de ces maladies pour la santé publique. Cette surveillance repose sur le dispositif des maladies à signalement obligatoire (MSO), dont les formulaires Cerfa sont pour la première fois dématérialisés.
Des messages de prévention
« Adopter les bons gestes, c’est freiner le risque de transmission », martèle Marie Bâville, en rappelant les mesures simples : supprimer les gîtes larvaires (vider les récipients pouvant contenir de l’eau) et se protéger des piqûres (vêtements couvrants, moustiquaires, répulsifs, ventilation). Pour la DGS, la prévention des voyageurs repose d’abord sur la protection contre les piqûres, la sensibilisation et, « dans certains contextes épidémiques, le recours à la vaccination lorsque celle‑ci est disponible et pertinente, selon les recommandations de la HAS et du Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) pour les voyageurs ». Contre la dengue, le vaccin vivant atténué tétravalent Qdenga® (Takeda) est disponible à partir de six ans, indépendamment d’un antécédent de dengue, avec un schéma à deux doses à 3 mois d’intervalle. Contre le Chikungunya, deux vaccins sont désormais disponibles. Le vaccin vivant atténué Ixchiq® (Valneva) est autorisé en Europe depuis juin 2024 (étendu aux adolescents à partir de 12 ans en mars 2025) et a été utilisé pour campagne de vaccination à La Réunion l’an dernier, avec 3 250 vaccinations effectuées, dont 17 évènements indésirables observés chez les plus de 65 ans qui ont contraint la HAS à réajuster ses préconisations l’an dernier. Le vaccin à pseudoparticules virales Vimkunya® (Bavarian Nordic) est recommandé depuis décembre 2025 chez les plus de douze ans. Si la pression d’importation est moindre en ce début d’année 2026 sur le Chikungunya, la prévention et la réponse s’organise déjà.
Juliette Badina




