Les systèmes d’aide à la décision médicale à l’aube d’une nouvelle ère
Plébiscités par les professionnels de santé et modifiant déjà de façon significative les pratiques de prescription, les systèmes d’aide à la décision médicale, bientôt dopés à l’IA, pourront bénéficier d’un financement public s’ils font la preuve de leur impact.
« Contrairement aux idées reçues, les logiciels d’aide à la prescription (LAP) sont bien perçus par les professionnels de santé », a affirmé Olivier Cuvillier, directeur médical de Vidal. Lors du salon SantExpo à Paris, le groupe Vidal a organisé le 20 mai dernier une table ronde sur le thème de l’impact en pratique clinique des systèmes d’aide à la décision médicale (SADM). Un impact objectivé par deux études récentes dont les résultats ont été présentés à cette occasion. Une première enquête qualitative, conduite en avril-mai 2026 et à laquelle ont répondu 133 professionnels de santé, montre que 95 % d’entre eux perçoivent les LAP comme un garde-fou, tandis que 92 % trouvent « adaptées » les alertes adressées, celles concernant les contre-indications étant jugées les plus utiles.
Pour autant, est-ce que ces alertes ont un réel impact sur les pratiques ? Une deuxième étude a été réalisée, reposant cette fois sur l’analyse de plus de 350 000 ordonnances, représentant 2,5 millions de lignes de prescription, passées par l’outil d’aide à la prescription proposé par Vidal. Un peu plus de 105 000 alertes de niveau 3 ou 4 (les plus importantes) se sont déclenchées, dont 10 400 ont entraîné une correction immédiate. « On peut l’interpréter par une réduction du risque de morbi-mortalité de presque 10 % grâce aux systèmes actuels de sécurisation ! », applaudit Olivier Cuvillier, qui anticipe d’importants progrès à l’avenir grâce aux nouveaux outils fondés sur l’IA générative. Mais pour que ces solutions génèrent une vraie valeur et soient pleinement intégrées, « nous avons besoin d’un levier financier et politique puissant ».
« Comment réguler, accompagner et financer ces nouveaux outils ? », s’interroge Antoine-Mathieu Nicoli, directeur de la gestion du risque de l’Assurance maladie. « Actuellement, le système est très linéaire : on évalue une technologie de santé à un instant T, on regarde son apport médical, on définit une valeur et on paye. Mais les systèmes fondés sur l’IA, eux, évoluent en permanence », constate-t-il, soulignant les difficultés d’évaluation que cela représente pour la puissance publique.
Un mécanisme de financement novateur
A cette problématique, l’article 84 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 prétend apporter une réponse originale pour de nouvelles solutions logicielles obéissant à un certain nombre de critères (marquage CE, répondant au référentiel de sécurité, d’éthique et d’interopérabilité émis par l’Agence du numérique en santé et à celui de pertinence de la HAS). « Le paiement de ces solutions reposera sur leur pertinence dans l’aide à la prescription des médecins », résume Sandra Malak, directrice de projets à la délégation au numérique en santé (DNS). Celle-ci rappelle l’enjeu de surprescription particulièrement prégnant en France, avec une moyenne de sept médicaments par ordonnance. « Ces prescriptions doivent être rationnalisées, ne serait-ce que pour la santé de nos concitoyens et évidemment pour des enjeux de soutenabilité du système de santé ». Ainsi, l’article 84 prévoit que le financement des SADM, après un forfait de démarrage la première année, prendra la forme d’un « intéressement lié aux économies en matière de dépenses d’assurance maladie réalisées par le recours à ce système ». Ce second volet de financement pourrait intervenir à partir de 2027-2028.
Côté éditeurs, le défi sera de mesurer concrètement l’impact de leurs logiciels, et non plus seulement leur capital d’usage. Olivier Cuvillier évoque un processus long et complexe, qu’il convient d’anticiper. Les modalités d’application de la loi sont encore en discussion. Un groupe de travail multi-parties prenantes est en train de réfléchir aux indicateurs associés aux objectifs : outre ceux liés à la maîtrise médicalisée, la satisfaction des professionnels devra aussi être prise en compte. « L’article 84 est une brique qui pose des jalons pour la suite, estime Antoine-Mathieu Nicoli. On ne va pas d’emblée révolutionner à la fois les modèles économiques des éditeurs et le système de santé dans son ensemble. Il faut qu’on accepte les uns les autres d’apprendre en marchant. »
Julie Wierzbicki




