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Médicament : les déterminants de la confiance

A l’occasion du salon des affaires publiques de l’Université Paris-Dauphine, les étudiants du pôle santé ont présenté les résultats d’une étude thématique, centrée sur la perception du médicament par l’opinion publique. Plusieurs acteurs du secteur ont livré leur point de vue sur cette épineuse question, exacerbée par la crise sanitaire.

Espoir, confiance ou méfiance ? Une chose est sûre : le médicament ne laisse personne indifférent. Depuis plus d’un an, ses partisans et ses détracteurs monopolisent l’espace public. Excluante, la discussion s’avère souvent contre-productive. Inapproprié, le traitement médiatique de la crise sanitaire complexifie la lecture des événements. Opportuniste, la politique politicienne alimente la confusion générale. Biaisée, la perception du grand public est altérée. Anxiogène, le contexte est propice aux dérives complotistes, très largement relayées sur les réseaux sociaux. A l’occasion du salon des affaires publiques de l’Université Paris-Dauphine, les étudiants du pôle santé ont présenté les résultats d’une étude circonstanciée, suivie d’une table ronde thématique à laquelle participaient plusieurs représentants du secteur. Les notes attribuées par les 307 répondants résument les enjeux en présence : l’indice de confiance du médicament est important (8,2/10) ; celui de l’industrie pharmaceutique nettement moins (6,2/10). Deuxième enseignement majeur : la pandémie nourrit un sentiment de désinformation dont les médias sont tenus pour principaux responsables (77,2 %), loin devant les politiques (62,3 %), les soignants (14,9 %) et les agences sanitaires (13,1 %).  

Des causes conjoncturelles…  

Les causes de la défiance sont multifactorielles, mais elles ont fatalement une dimension conjoncturelle. « La plupart des experts sollicités par les médias outrepassent leurs compétences, y compris au sein du corps médical. Ce mélange des genres se traduit par une incompréhension totale que les théoriciens du complot ne se privent pas d’exploiter, en particulier sur les réseaux sociaux », regrette Catherine Simonin, vice-présidente de la Ligue nationale contre le cancer. Inaudible pour beaucoup, le débat médico-technique manque de clarté et de retenue. Il est aussi décrédibilisé par la décision politique, sujette à de nombreuses controverses. Traditionnellement contestée, l’autorité publique l’est d’autant plus dans cette période troublée, au point d’être ouvertement bafouée. En première ligne, les professionnels de santé ne sont pas exempts de tout reproche, notamment sur la question de la vaccination. « Ils ont un devoir de responsabilité vis-à-vis des Français. Le phénomène d’identification est primordial. Ils doivent expliciter les bénéfices et les risques, de manière concrète et parlante. Ils doivent surtout montrer l’exemple », affirme Agnès Firmin-Le Bodo, pharmacienne au Havre et députée Agir Ensemble de Seine-Maritime.   

… et structurelles

Victime de sa réputation, l’industrie pharmaceutique n’a pas les faveurs de l’opinion. Héritage d’une époque révolue, les conflits d’intérêts entre les producteurs et les prescripteurs ont visiblement laissé des traces dans l’inconscient collectif. « Les contacts promotionnels sont aujourd’hui mieux encadrés, mais les pratiques doivent être continuellement surveillées. Pour être lavée de tout soupçon, la promotion des médicaments et des vaccins devrait être assurée par les agences de santé publique », estime François Bourdillon, ancien directeur général de Santé publique France. Autre grief régulièrement formulé à l’encontre des laboratoires : « Il existe une réelle ambivalence entre leurs impératifs financiers et leurs missions sanitaires. Orienté vers des marchés rentables, le développement industriel est perçu comme une course aux profits, au détriment de certains malades. » Outre les ruptures d’approvisionnement, en progression constante ces dernières années, plusieurs observateurs dénoncent l’absence de transparence sur le prix de l’innovation, de plus en plus élevé. « Les détails de la négociation tarifaire et le montant des remises consenties par les pouvoirs publics sont confidentiels. Cette opacité favorise inévitablement la suspicion », déplore Catherine Simonin. Dans son rapport d’activité annuel, le CEPS publie systématiquement des sommes globalisées au titre du « secret des affaires ».

Une communication mieux ciblée  

Garantes de la qualité et de la sécurité des traitements délivrés, les agences sanitaires font office de garde-fou. « L’indépendance de choix et la rigueur scientifique sont deux valeurs fondamentales, en matière d’évaluation. L’intérêt des patients prime toujours sur les considérations politiques, commerciales et sociétales », rappelle Pierre Cochat, président de la Commission de la transparence de la HAS. Au-delà du constat, les intervenants de cette table ronde proposent leurs solutions pour assainir l’environnement. « L’information doit être loyale et transparente. Elle doit être claire, fiable, opposable et accessible à tous. Les différents émetteurs devront user d’un universalisme proportionné vis-à-vis de ceux qui sont éloignés de la littératie en santé », souligne Catherine Simonin. Le défi consistera notamment à convaincre les indécis, finalement plus nombreux que les réfractaires. « Une stratégie centrée sur le marketing social pourrait nous permettre de toucher plus facilement une population hésitante, avec des messages mieux ciblés. La valorisation scientifique, le relais des soignants et l’appui des associations de patients seront trois prérequis incontournables », explique François Bourdillon. Selon lui, la probité sera un paramètre déterminant pour lutter efficacement contre les fake news.   

Une guerre de tranchées

En plein cirque médiatique, un semblant de complémentarité pourrait apaiser les esprits et faciliter la compréhension des recommandations. « Sans porter atteinte au principe démocratique, un débat moins contradictoire et plus univoque serait parfois plus constructif. Les différents protagonistes doivent apprendre à communiquer ensemble pour défendre le bien commun », suggère Pierre Cochat. Pas opposés à cette idée, les laboratoires pharmaceutiques se sont néanmoins lancés dans une guerre de tranchées. « Il nous appartient de combattre la mésinformation sous toutes ses formes, en utilisant les mêmes leviers que nos contradicteurs. Nous devrons plus particulièrement occuper le terrain des réseaux sociaux, en réfutant méthodiquement tous les arguments fallacieux. Il nous faudra du temps pour rétablir certaines vérités, mais nous ne cèderons pas », promet Catherine Rives, directrice générale d’UCB France et présidente de la commission communication du Leem. Consciente des dangers, l’organisation professionnelle décline son plan d’action autour de trois axes prioritaires : l’information, le dialogue et la valorisation des métiers du médicament. Face à une menace grandissante, Catherine Rives mise sur la responsabilité citoyenne. Elle invite notamment les étudiants à se forger leur propre avis, en se renseignant sur des sources officielles et référencées comme telles. De toute évidence, la connaissance sera le moteur de la confiance.

Jonathan Icart

(*) « Médicament : espoir, confiance, méfiance ? », Master 299 – Droit du plaidoyer et affaires publiques – Paris-Dauphine (22 mars 2021).

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