VIH : mieux – mais mal – informé, un paradoxe qui freine encore le dépistage
Alors que 75 % des Français s’estiment bien informés sur le VIH, les idées reçues persistent et les nouvelles contaminations stagnent à environ 5 000 cas par an dans l’Hexagone. Face à ce paradoxe, experts et acteurs de terrain plaident pour un renforcement massif du dépistage, notamment de proximité.
Quarante ans après les premiers cas, le VIH bénéficie d’un niveau de notoriété élevé. Selon l’enquête nationale menée par l’Institut AplusA pour ViiV Healthcare (1), 75 % des Français se déclarent bien ou très bien informés sur le sujet. Mais derrière cette confiance affichée se cache une réalité plus contrastée. Le principe pourtant central ˝Indétectable = Intransmissible˝ (I=I), validé de longue date par la communauté scientifique, reste largement méconnu : seuls 15 % des répondants savent qu’une personne sous traitement efficace ne transmet pas le virus. Un taux qui monte à 24 % chez les jeunes de 18 à 35 ans. De nombreuses idées reçues persistent également. Parmi les 18-35 ans, 29 % pensent que le virus peut être transmis par une piqûre de moustique, 24 % lors d’un rapport sexuel protégé et 19 % par la salive. Ce décalage concerne aussi la prévention. Si le préservatif reste largement identifié, seuls 7 % des Français (et 10 % des jeunes) connaissent d’autres outils de prévention. Parmi ceux-ci : le TASP (traitement comme prévention), le TPE (traitement post-exposition) et la PrEP (prophylaxie préexposition) pour des personnes à haut risque, cette dernière étant citée par 40 % de ceux (et 49 % des jeunes) qui connaissent des alternatives.
5 000 nouvelles contaminations par an
Dans ce contexte, plus de 5 000 nouvelles découvertes de VIH sont enregistrées chaque année en France, un niveau stable depuis plusieurs années. « Ces nouvelles contaminations concernent pour un quart les jeunes et avec une dynamique en croissance sur cette tranche d’âge », chiffre le Pr Jade Ghosn, chef de service du CeGIDD (2) de l’Hôpital Bichat – Claude Bernard AP-HP. Au total, près de 200 000 personnes vivent avec le VIH dans le pays. Si cette trajectoire se maintient, près de 20 000 nouveaux cas pourraient être recensés d’ici à 2030. Ce plateau traduit un double échec : celui de la prévention en amont et du dépistage insuffisant. Une part significative des diagnostics reste tardive, limitant l’impact des stratégies comme le traitement précoce. Les dispositifs de dépistage existent pourtant : tests en laboratoire de biologie médicale sans ordonnance via ˝Mon test IST˝, CeGIDD ou consultations dédiées à la PrEP. Mais l’offre reste encore insuffisamment visible ou accessible, en particulier pour certaines populations. « L’arrivée des PrEP injectables à longue durée d’action marque une avancée majeure pour les usagers, obligeant à repenser notre modèle de soin et à s’appuyer sur les professionnels de santé en soins primaires », complète Jade Ghosn.
Les pharmacies d’officine, nouvel acteur clé
L’infirmier libéral et le pharmacien de ville deviennent des acteurs du parcours. C’est dans cette optique qu’émergent de nouvelles initiatives de terrain. Une expérimentation conçue par le CoReSS (3) Île-de-France Nord-Ouest – dont Jade Ghons est président – visera à déployer des tests de dépistage rapides (TROD) du VIH directement en officine. Concrètement, le pharmacien formé et habilité accueillera le patient dans un espace confidentiel, réalisera le test sur demande spontanée ou à partir de signes d’alerte (comportements à risque, délivrance de contraception d’urgence) et l’orientera en cas de résultat positif vers les structures adaptées. Outre une accessibilité accrue et une détection précoce, cela offre une réduction des inégalités territoriales et sociales d’accès. « La réponse doit combiner innovation médicale, engagement sociétal et mobilisation des professionnels de proximité que nous formons, afin de faciliter l’appropriation de nos innovations à longue durée d’action injectables et leur intégration dans les parcours de soins », résume Matthieu Wagner, président de ViiV Healthcare France & Belgique (4).
Juliette Badina
(1) Enquête réalisée les deux dernières semaines avril 2026 sur un panel représentatif de plus de 2 000 répondants, dont 750 personnes de 18/35 ans
(2) Centres Gratuits d’Information, de Dépistage et de Diagnostic – CeGIDD
(3) Comité de coordination régionale de la santé sexuelle – CoReSS
(4) Lire aussi : Matthieu Wagner (ViiV Healthcare) : « L’amélioration de la qualité de vie doit être un objectif majeur », article du 08/04/2026




