Superbranche ouvre son usine pilote à Sélestat
La start-up alsacienne a célébré le 3 novembre dernier l’inauguration de ses installations de production aux normes pharmaceutiques de nanoparticules théranostiques anticancéreuses. Une nouvelle étape vers les premiers essais cliniques attendus en 2028.
« Une très bonne nouvelle pour tout le territoire du Centre-Alsace ! » L’ouverture à Sélestat (Bas-Rhin) de l’usine pilote de la société Superbranche a été largement saluée par les élus et représentants des collectivités locales lors de la cérémonie inaugurale organisée le 3 novembre dernier dans les locaux de l’Ircad (Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif), à Strasbourg. Pour protéger le secret industriel, l’usine a soigneusement gardé ses portes closes à cette occasion. Mais une courte visite virtuelle a permis de mesurer l’ambition que représente pour la start-up le passage à l’échelle industrielle de la production de son produit phare nanoparticulaire. Cette installation désormais opérationnelle a nécessité un investissement de 6,3 millions d’euros, couvert par un tour de série A de 13 M€ bouclé en janvier 2025, conduit par Bpifrance (dans le cadre de France 2030), Capital Grand Est (soutien depuis le premier tour d’amorçage) et d’autres investisseurs privés.
Des particules superparamagnétiques

Grand Prix du concours I-Lab en 2019, Superbranche est née la même année d’une décennie de recherches au sein d’une unité CNRS / Université de Strasbourg menée par les équipes de Delphine Felder-Flesch et Geoffrey Cotin. « Il y a quelques années, plusieurs personnes de mon entourage ont eu à subir la réalité du cancer, ce qui m’a incitée à diriger mes recherches en chimie des matériaux vers des applications en santé », raconte la chercheuse. L’objectif : développer une nouvelle approche de traitement du cancer sans effet secondaire. La solution imaginée par les chercheurs repose sur des nanoparticules d’oxyde de fer superparamagnétiques (SPIOs) (devenant magnétiques quand elles sont soumises à un champ magnétique) dont la forme et la taille peuvent être contrôlées. Celle-ci sont recouvertes de « dendrons » (branches moléculaires) organiques, eux-mêmes porteurs de biomolécules permettant notamment de cibler le produit vers les cellules cancéreuses après injection intraveineuse. Leur taille (environ 20 nm) les rend invisible au système immunitaire. Les nanoparticules permettent ainsi de révéler la présence de tumeurs lors d’une IRM et, le cas échéant, de les détruire par hyperthermie magnétique localisée, sans endommager les tissus sains environnants.
Des équipements sur-mesure
« L’idée de construire une usine pour industrialiser ce procédé s’est très vite imposée comme une nécessité », souligne Delphine Felder-Flesch, aujourd’hui CEO de Superbranche. Elle convainc Alexandre Siri, alors responsable d’exploitation chez Rhenus Logistics, de la rejoindre dans cette aventure. « Diagnostiquer et soigner avec un seul produit en une seule injection, c’est le Graal d’un point de vue pharmaceutique !, commente ce dernier, qui a pris la direction de l’usine. De plus ces particules sont bien plus stables que les marqueurs radioactifs actuellement utilisés en imagerie. » La conception de l’usine représentait cependant un vrai défi. « 450 m², c’est peu ! Une usine pilote doit être flexible, mais une usine pharmaceutique nécessite de la robustesse, donc de la place. » Le produit, à base de fer, impose aussi ses règles et ses contraintes. Les équipements standards ne convenant pas, « on a dû concevoir des équipements sur-mesure, dont on a confié la réalisation à des prestataires européens, essentiellement français, en veillant à protéger au mieux notre savoir-faire, notre expertise et notre valeur ajoutée », explique Alexandre Siri.
Un enjeu de souveraineté industrielle
La nouvelle installation doit ainsi permettre de produire cet actif, baptisé SUPERSPIO®, aux normes pharmaceutiques, à court terme à raison d’un kilogramme par an, « et quelques kilogrammes par an à horizon 2030 », indique Delphine Felder-Flesch. De quoi mener les premiers essais cliniques, à compter du second semestre 2028. Dans l’intervalle auront lieu à partir de l’année prochaine les essais précliniques réglementaires sur animaux. L’entrepreneuse anticipe déjà la suite, le site d’implantation de l’usine pilote permettant d’envisager un agrandissement.
« Votre projet rejoint un enjeu politique et stratégique majeur, celui de notre souveraineté industrielle et sanitaire, a salué Nadège Hornbeck, vice-présidente de la Région Grand-Est en charge de la Santé et du Handicap. Cet enjeu ne se limite pas à la production de médicaments et d’équipements médicaux en période de crise : c’est aussi être capable de maîtriser les technologies qui feront la médecine de demain. »
Julie Wierzbicki




