Vaccination, une porte vers le bien vieillir
La vaccination des personnes âgées reste aujourd’hui principalement associée à la prévention des infections respiratoires. Pourtant, les intervenants réunis lors de la table ronde organisée par Pharmaceutiques ont souligné qu’elle pourrait contribuer à limiter certaines décompensations de maladies chroniques, réduire le risque d’hospitalisation et préserver l’autonomie des seniors.
Une grippe, une pneumonie ou une infection à VRS ne se résument pas à un épisode aigu. L’infection constitue souvent un véritable point de rupture dans le parcours de santé des personnes âgées. Le professeur Anne-Claude Crémieux, présidente de la Commission technique des vaccinations de la HAS, rappelait en introduction de la web-émission organisée par Pharmaceutiques le 14 octobre (1) que « le sujet âgé paye un lourd tribut aux infections respiratoires, avec des complications cardio-vasculaires en particulier. Ces infections remplissent les services de cardiologie chaque hiver », ajoutait-elle. L’épidémie de grippe 2024-2025 a été particulièrement importante, avec 18 000 morts et 90 000 hospitalisations. Les impacts des infections sur la décompensation de maladies chroniques, les chutes, voire les pertes durables d’autonomie, ont été le centre des discussions de la table-ronde ˝Vaccination, une porte vers le bien-vieillir˝ qui a suivi. Le sujet ne se résume donc pas à éviter une infection mais à prévenir les conséquences qu’elle peut provoquer chez des patients souvent fragiles et polypathologiques. Préserver les capacités fonctionnelles, rester à domicile et éviter des hospitalisations sont aujourd’hui au cœur des préoccupations du vieillissement en bonne santé. Les travaux menés auprès des personnes âgées par Alexandra Addario, ingénieur de recherche en Santé Publique, infirmière diplômée d’État et biostatisticienne au CHU de Saint-Etienne, montrent en effet que celles-ci ne craignent pas d’abord la grippe ou le Covid-19. « Leurs inquiétudes concernent en premier lieu l’AVC, puis le cancer, la démence et l’infarctus du myocarde, cite-elle. Lorsque les seniors évoquent spontanément les clés du bien vieillir, ils citent l’alimentation équilibrée, l’activité physique, un suivi régulier chez le médecin, des visites, des prises de sang de contrôle, poursuit-elle. La vaccination n’est jamais évoquée spontanément. » Pourtant, le Baromètre de Santé publique France et les enquêtes d’opinion, montrent que « 80 % des seniors sont favorables à la vaccination », chiffre Anne Mosnier, médecin généraliste et épidémiologiste, directrice médicale d’Open Rome.
Argumenter par les données scientifiques
Les patients souffrant de maladies chroniques apparaissent comme les premiers bénéficiaires. Les personnes diabétiques sont très sensibles aux surinfections. « L’infection double le risque d’accident cardiovasculaire, et la vaccination réduit nettement ce risque comme le montre une grande étude publiée dans le JAMA Network Open en 2022 », indique Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération Française des Diabétiques (FFD). La vaccination devrait être considérée comme un outil de prévention secondaire chez les patients atteints de maladies chroniques, notamment de diabète », assure-t-il, au même titre que le contrôle glycémique, la prévention cardiovasculaire ou la surveillance rénale. D’ailleurs « selon une enquête de 2019 portant sur près de 4 000 patients diabétiques, ils sont plutôt favorables à la vaccination, avec des taux de couverture de 70 % contre la grippe et plus de 72 % contre le tétanos », complète-t-il. Mais l’enquête montre également des difficultés à comprendre certaines recommandations et l’évolution régulière du calendrier vaccinal.
Concernant la grippe notamment, plusieurs études de vie réelle suggèrent un effet protecteur sur les événements cardiovasculaires chez les personnes âgées, avec une diminution du risque d’AVC, d’infarctus ou de décompensations chez certains patients à risque. « Il existe un rationnel scientifique fort pour positionner les vaccinations du calendrier (infections respiratoires, pneumocoque, zona…) comme un pilier de la prévention », assure Julien Poudevigne, Vaccine Medical Lead de GSK France. Les bénéfices potentiels sur le déclin cognitif ou la démence suscitent également un intérêt croissant avec des signaux observés dans des études observationnelles. « Les essais cliniques futurs devront intégrer davantage de critères pertinents pour les personnes âgées, tels que la dépendance fonctionnelle, les événements cardiovasculaires ou encore la qualité de vie », prévient le professeur Gaëtan Gavazzi, gériatre et infectiologue, chef de service Universitaire de Gériatrie clinique au CHU de Grenoble. « Ces études vont durer une dizaine d’années, complète Julien Poudevigne. Il est nécessaire de structurer les essais cliniques de cette manière pour apporter des réponses, en association avec la génération de données de vie réelle. » GSK accompagne ainsi la Société française de cardiologie dans la constitution d’un registre.
Le défi reste organisationnel
Si les sérums sont disponibles, les recommandations connues et les professionnels habilités à vacciner de plus en plus nombreux, les couvertures demeurent insuffisantes : « A peine une personne sur deux chez les 65 ans et plus, avec ou sans maladie chronique, pour l’immunisation contre la grippe ; des taux catastrophiques contre le pneumocoque, même si ceux-ci s’améliorent ; et une protection insuffisante contre le Covid-19 », constate le Dr Mosnier. Le principal obstacle n’est pas toujours la défiance. « Le manque de temps, une lassitude pour les injections annuelles, la faible perception du risque, la complexité des parcours, un reste à charge sur certains vaccins et l’absence de traçabilité partagée expliquent une partie importante des occasions manquées », cite-elle. Médecins généralistes, spécialistes, pharmaciens, infirmiers ou aides à domicile sont autant d’acteurs susceptibles d’évoquer la vaccination. L’idée défendue lors des discussions est que « chaque contact avec un professionnel de santé devienne une occasion d’informer ou de vérifier le statut vaccinal », martèle Anne Mosnier. Cette logique est illustrée par le projet PREVAX porté par le Gérontopôle Auvergne-Rhône-Alpes. Réunissant institutions, professionnels de santé et usagers, cette expérimentation vise à améliorer les couvertures grâce à une coordination renforcée des parties prenantes, des campagnes ciblées et des actions de proximité auprès des seniors. L’ambition est aussi de faire évoluer durablement la culture de la prévention, en intégrant davantage la vaccination dans la notion même de bien vieillir.
De l’innovation scientifique à une politique de prévention

Au-delà des données scientifiques et des leviers d’adhésion abordés lors de la table ronde, la question de l’organisation du système de santé reste centrale. C’est le message porté en conclusion par le docteur Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône et rapporteur d’une mission consacrée à la prévention. « Le principal défi n’est plus seulement de convaincre les citoyens de l’intérêt de la vaccination, mais de transformer une multitude d’initiatives en une politique de prévention primaire systémique. » Celle-ci doit devenir une politique publique structurée, déployée à tous les âges de la vie et dans tous les lieux du quotidien (PMI – Protection Maternelle et Infantile -, école, entreprise, hôpital, cabinet de ville, mais aussi dispositifs de maintien à domicile). « Elle nécessite un cadrage national, et une déclinaison dans les territoires », ajoute le député, qui plaide pour que les contrats locaux de santé intègrent explicitement des objectifs de prévention vaccinale, associant collectivités locales, Assurance maladie, ARS, éducation nationale, professionnels de ville, établissements hospitaliers et représentants des usagers. L’objectif est de réduire les écarts de couverture entre territoires et de mieux cibler les populations les plus éloignées. Cyrille Isaac-Sibille plaide pour « le développement d’un carnet vaccinal électronique ergonomique et fiable, de la naissance jusqu’au décès ». Associé à des tableaux de bord territoriaux, il permettrait de mieux identifier les occasions manquées, de suivre les couvertures et d’évaluer l’impact réel des politiques mises en œuvre.
Juliette Badina
(1) Web-émission ˝La prévention à tous les âges˝ organisée avec le soutien institutionnel de GSK et Pfizer




