L’ENTREPRISE EN MOUVEMENT : BEONE MEDICINES

Forte d’un pipeline de plus de 35 molécules, BeOne Medicines a pour ambition de parvenir à couvrir 80 % des cancers. Depuis seize ans, sa stratégie, alliant R&D pointue et expansion commerciale, a été couronnée de succès.
Biotech d’envergure internationale, BeOne Medicines connaît une réussite fulgrante. L’aventure a débuté en 2010 lorsque John V. Oyler, entrepreneur américain et au jourd’hui pdg, s’est associé à un chercheur chinois, le docteur Xiaodong Wang, pour créer l’entreprise. Un duo gagnant dont l’ambition était de transformer le traitement du cancer, en rendant les innovations de rupture accessibles aux patients du monde en tier. Dès lors, la réussite commerciale a alimenté le moteur de la R&D et écrit un cercle vertueux. A ce jour, l’entreprise compte trois anticancéreux qui ont été développés en in terne et approuvés dans le monde entier. Deux d’entre eux ont été lancés en France : le premier, en 2024, dans trois indications (leucémie lymphoïde chronique, maladie de Waldenström et lymphome de la zone marginale) et le second, en mai dernier, dans l’adénocarcinome gastrique et le cancer de la jonction œsogastrique ainsi que dans le carcinome épidermoïde de l’œsophage.
UN MODÈLE UNIQUE ARTICULÉ AUTOUR DE TROIS AXES
La stratégie volontariste de BeOne Medicines s’est appuyée sur trois piliers : la quête systématique de médicaments pionniers et innovants, une empreinte internationale équilibrée et une maîtrise totale de la chaîne de valeur. Ainsi l’entreprise s’est-elle consacrée à l’onco-hématologie. L’ambition de BeOne est de pouvoir couvrir 80 % des cancers et de devenir un leader mondial en cancérologie. A l’international, la biotech bénéficie d’une présence dans 45 pays sur six continents, en prenant les compétences là elles se trouvent, notamment des chercheurs de nationalités différentes. Aujourd’hui, son mode de fonctionnement vient illustrer et concrétiser son internationalisation : depuis 2025, son nouveau siège social est basé à Bâle, en Suisse, le berceau de sa R&D est resté à Pékin et son siège opérationnel est installé à Cam bridge dans le Massachusetts (Etats-Unis). La société compte des hubs à Bâle, Pékin, Boston, dans la baie de San Francisco et à Hopewell (New Jersey). Quant à sa produc tion, elle se ventile entre les médicaments biologiques (Princeton, New Jersey, Etats Unis), les traitements biologiques et ADC (Guangzhou, Chine), de même que les petites molécules (Suzhou, Chine). Enfin, dernier pilier, son modèle intègre volontairement l’ensemble de la chaîne du médicament : la recherche, le développement, la production et la commercialisation sont internalisés. Le but : obtenir une proximité et une réactivité avec les centres d’experts en accélérant le processus de prises de décision dans le développement (le Go ou le No Go) pour allouer les ressources sur les projets dont la probabilité de réussite est la plus élevée. Ain si, lors des derniers développements, une économie de temps de R&D de 20 % a été réalisée grâce à ce modèle.
UNE CROISSANCE PÉRENNE ET DURABLE
Aujourd’hui encore, la recherche reste le cœur du réacteur de BeOne qui y consacre 35 % de son chiffre d’affaires (données non GAAP). La biotech compte l’une des plus grandes équipes de recherche en cancérologie, avec plus de 1 200 chercheurs et 3 800 collaborateurs en développement et en affaires médicales sur un effectif total de 12 000 personnes dans le monde. Son pipeline recèle plus de 35 molécules en développement clinique, dans plus de 40 essais de phase III ou susceptibles de déboucher sur une AMM. Et les projets dans lesquels BeOne s’engage aujourd’hui sont de nature à renforcer la prise en charge en hématologie et dans certaines tumeurs solides. Le savoir-faire en R&D de BeOne Medicines a été traduit dans un modèle commercial pérenne et rentable. L’an dernier, la biotech a dégagé un bénéfice net de 287 millions de dollars (contre une perte de 644,8 M$ un an plus tôt) pour un chiffre d’affaires de 5,34 Md$ en progression de 40 %. A l’issue de la publication des résultats du deuxième trimestre 2026, le comité exécutif a revu à la hausse les prévisions de facturations pour l’ensemble de l’exercice, dans une fourchette comprise entre 6,6 et 6,8 Mds$.



En accompagnant sa forte croissance, la filiale France, grâce à son modèle intégré (équipe de recherche clinique de phase I à IV, activités médicales et structure commerciale) restera engagée auprès des patients et des professionnels de santé pour leur donner accès à ses innovations le plus vite possible.
Quel est votre bilan depuis votre arrivée à la tête de la filiale France en septembre 2025 ?
Depuis mon arrivée, le facteur humain a été le moteur de l’aventure BeOne Medicines France. J’ai rejoint une équipe solide, très engagée auprès des professionnels de santé et qui porte la mission du groupe. Dans le même temps, nous avons renouvelé une partie du comité de direction de la filiale pour accompagner notre forte expansion.
Quelle est la marque de fabrique de l’entreprise ?
La France incarne le modèle singulier de BeOne Medicines, qui est avant tout une biotech dédiée à la recherche et au développement en onco-hématologie, avec une centaine de collaborateurs, dont la moitié œuvrent en recherche clinique. Les collaborateurs terrains exercent trois fonctions complémentaires : les attachés de recherche clinique engagent avec les centres experts des études allant des First in Human jusqu’à la phase III, les MSL couvrent la partie médicale et, enfin, les visiteurs médicaux assurent le bon usage de nos médicaments disponibles. Cette organisa tion permet un continuum du développement du médicament, des phases les plus précoces jusqu’à la mise à disposition de nos innovations aux patients.
Quels lancements sont prévus sur notre territoire ?
Notre inhibiteur de la tyrosine kinase de Bruton (BTK) est approuvé et remboursé dans trois aires thérapeutiques : la leucémie lymphoïde chronique, le lymphome de la zone marginale ainsi que la macro globulinémie de Waldenström. Nous espérons obtenir des indications dans d’autres cancers du sang, notamment dans le lymphome du manteau. Dans les tumeurs solides, nous avons lancé, en mai, notre anti-PD1 dans les cancers gastriques et de l’œsophage. Nous avons bon espoir de pouvoir proposer aussi cette alternative thérapeutique dans les cancers du poumon à petites cellules et à non petites cellules.
Dans un environnement où les dépenses associées aux anti-PD1 sont particulière ment conséquentes, nous proposons une alternative économique responsable aux autorités de santé. Ce qui nous a permis une discussion rapide avec le CEPS, et la publication au Journal Officiel en seulement treize jours. Notre force de frappe en recherche clinique dans l’Hexagone permet également de donner accès à l’in novation aux patients qui en ont le plus besoin. Vingt-huit essais sont actuellement me nés en France (48 depuis 2019), dont huit First in Human/phase I, ce qui fait de nous l’un des leaders européens dans les phases précoces. En outre, la France est le premier pays européen en matière de recrutement de patients, dont 17 % viennent de France, et plus de 850 patients ont été inclus dans les études menées en France depuis notre création.
Quelles sont les forces et faiblesses du marché français ?
La France bénéficie de l’excellence de ses centres experts et de son écosystème de re cherche. Depuis le 16 mars 2026, le Fast Track est également un signal fort pour la mise en place des essais cliniques. Aussi, la centralisation du système français simplifie les processus d’accès au marché et le dispositif d’accès précoce, dont a bénéficié notre inhibiteur de BTK, est un réel atout. Reconnaître les efforts dans la recherche clinique, qui participent à la qualité du système de soins français, et pas uniquement industriels, serait toutefois souhaitable. Simplifier les démarches administratives et étendre l’accélération des autorisations dans les essais cliniques contribueraient également à renforcer l’attractivité de la France au moment où la compétition mondiale et européenne s’intensifie.
Quelles sont vos ambitions pour la filiale à un et à cinq ans ?
Notre entreprise, et sa filiale France, connaissent une forte croissance que nous devrons consolider. Pour y parvenir, nous allons continuer à nous engager auprès des experts et des patients français en suivant notre modèle intégré (recherche clinique, médicale, commerciale) en alignant et en ajustant nos modèles opérationnels. A moyen terme, notre mission consistera à accélérer l’accès de nos innovations aux patients français, en optimisant notre modèle, des phases les plus précoces jusqu’à la commercialisation. A un horizon de cinq ans, BeOne a pour ambition d’être reconnue comme un acteur de référence en cancérologie par les cliniciens, les professionnels de santé, les associations de patients et les autorités en travaillant de façon concertée, tout en suivant une ap proche responsable.

En s’appuyant sur une recherche entièrement intégrée et de multiples plateformes, la biotech a considérablement enrichi son pipeline en onco-hématologie, qui sera complété demain par des médicaments en immunologie

Votre portefeuille compte plus de 35 molécules en développement ou proches de la commercialisation. Quels modes d’action privilégiez-vous ?
BeOne Medicines possède un vaste pipelines en onco-hématologie à l’échelle mondiale, avec une large variété de modes d’action, en vue de maximiser les chances de fournir de nouvelles options thérapeutiques. Ce portefeuille est non seulement riche quantitativement mais également qualitativement. Nous travaillons sur des modes d’action susceptibles d’apporter un bénéfice supplémentaire mais également sur des mécanismes très innovants encore non explorés. Notre entreprise adopte une démarche “sur mesure”, associant à chaque cible l’approche thérapeutique la plus appropriée en fonction de la biologie de la maladie, des besoins mécanistiques et des exigences en matière d’administration. Ce qui la conduit à explorer différentes plateformes technologiques : petites molécules, dégradeurs de protéines, anticorps mono clonaux et multispécifiques, conjugués anticorps-médicaments (ADCs), thérapies cellulaires (dont des CAR-T cells).
Ce pipeline est considéré comme l’un des plus prometteurs en oncologie. Quel est le secret de votre succès ?
La richesse et la diversité de nos avancées en hématologie et dans les tumeurs solides ainsi que la qualité de notre pipeline en cancérologie et en immunologie sont reconnues par la communauté scientifique. Elles sont le fruit de notre stratégie axée sur un modèle unique, fondé sur une recherche intégrée et maîtrisée de bout en bout. Mais elles reposent aussi sur notre engagement fort dans la recherche clinique, en particulier en Europe.
Quelles annonces notoires BeOne a pu livrer au dernier congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) à Chicago ?
Dans les tumeurs solides, nos programmes prioritaires s’accélèrent, notamment dans les cancers du sein, gynécologiques et gastro-intestinaux. A l’ASCO, nous avons dévoilé des données encourageantes dans les tumeurs solides sur trois de nos actifs : un inhibiteur de CDK4 (BGB-43395) avec la première divulgation de l’activité antitumorale dans le cancer du sein métastatique HR+/HER2- (en première ligne), un ADC B7-H4 (BG-C9074) en phase 1 sur l’escalade de dose et l’extension de l’étude de tolérance dans les tumeurs solides avancées et, enfin, un anticorps bis-pécifique GPC3x4-1BB (BGB-B2033) pour lequel ont été publiées les premières données cliniques dans les tumeurs solides avancées, y compris le carcinome hépatocellulaire, le type de cancer du foie le plus courant. Au-delà de notre anti-PD1, disponible notamment en France, nous développons des traitements avec d’autres mécanismes issus d’autres plateformes (cancers gynécologiques, gastro-intestinaux et thoraciques). Nous attendons de nouveaux résultats lors d’autres congrès majeurs. Ces programmes valident notre stratégie consistant à associer la bonne biologie à la bonne approche thérapeutique, et justifient le passage de plusieurs molécules dans différentes indications à des essais pivots en 2026.
Et en hématologie ?
A l’ASCO, BeOne Medicines a fait progresser le paradigme thérapeutique dans la leucémie lymphoïde chronique (LLC). Nous avons publié de nouvelles données sur notre inhibiteur de BTK associé à notre inhibiteur BCL2 récemment approuvé par la Food and Drug Administration américaine.
Et demain ?
Le pipeline de BeOne Medicines évolue et se renouvelle régulièrement par l’arrivée de nouvelles thérapies innovantes et par l’avancée des programmes en cours. Cette puissante dynamique enclenche un rythme soutenu d’innovation, avec treize nouvelles entités moléculaires (NME) mises en essais cliniques en 2024 et un objectif de huit à dix nouvelles NME par an à partir de 2026. Outre les tumeurs solides et l’hématologie, nous avons effectué une percée en immunologie. Ce champ d’action, qui est le plus émergent de BeOne Medicines, est appelé à progresser rapidement au cours des prochaines années.

Par Christine Colmont




