Recherche clinique : L’Europe recule, la France se maintient
En 2025, l’activité de recherche clinique en Europe a poursuivi son recul, prolongeant une dynamique enclenchée depuis la fin de la période Covid-19, au profit des États-Unis et de la région Asie-Pacifique. Dans ce contexte, la France conserve sa position de leader européen en volume, grâce à la solidité de sa recherche académique.
Le nouveau baromètre de l’AFCROs publié mardi 9 juin couvrant tous les types de produits – médicaments et dispositifs médicaux –, toutes les phases, les études interventionnelles et observationnelles, ainsi que tous les types de promoteurs, montre que la France reste en tête du podium européen, devant l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Mais la tendance est clairement orientée à la baisse sur les trois dernières années, et « pour l’ensemble des pays européens », souligne Christophe Clément (ICTA), membre groupe de travail Attractivité et Baromètre AFCROs, en conférence de presse. En 2025, la baisse du nombre d’études en France s’est poursuivie pour atteindre un total de 2 170 (contre environ 2 400 en 2024 comme en 2023). Seules les études interventionnelles à promotion académique (qui représentent 68 % des études) progressent (de 5 % en 2025), tirées par les essais sur les médicaments. Une augmentation qui ne permet cependant pas de compenser la baisse de 20 % des études interventionnelles à promotion industrielle (sur les médicaments comme les DM). « Les études sur les dispositifs médicaux décrochent plus vite que celles sur les médicaments, notamment sous l’effet du règlement européen (Medical Device Regulation – MDR) », précise Baptiste Menguy, membre groupe de travail Attractivité et Baromètre AFCROs, avec une baisse particulièrement marquée des études observationnelles. Pour Yoanni Matsakis, président de l’AFCROs, « l’évolution à la baisse des études observationnelles (médicaments et DM) s’explique également par le développement du Health Data Hub, certaines études étant désormais conduites en dehors des circuits classiques de déclaration ».
Un socle académique solide, mais un décrochage industriel
Pour les études à promotion industrielle, « l’Espagne occupe la première place depuis trois années consécutives, et conserve une longueur d’avance », analyse Christophe Clément, confirmant les résultats de l’étude publiée par le Leem quelques semaines plus tôt. L’Allemagne suit, mais connaît toutefois un recul relativement plus marqué que ses voisins. Le Royaume-Uni complète le podium et la France se situe au quatrième rang. « La rapidité de mise en place d’un essai est un facteur clé d’attractivité, insiste Baptiste Menguy. Délais d’autorisation, ouverture des centres, inclusion des patients sont ces paramètres qui conditionnent aujourd’hui la compétitivité des pays ». À ce titre, « le fast-track mis en place depuis mars 2026 permet une revue accélérée pour certains essais, notamment mono‑pays », rappelle Christophe Clément. Le contrat unique, généralisé depuis 2025, vise également à harmoniser et accélérer l’ouverture des centres. La compétitivité ne se joue pas sur le seul cadre réglementaire, elle dépend aussi des conditions opérationnelles : « code de conduite, interopérabilité, construction de l’Espace européen des données de santé (EEDS) et accès simple et favorable aux financements, notamment pour les start-up », énumèrent les intervenants, soulignant le rôle de l’AFCROs au sein de l’EUCROF pour porter ces enjeux au niveau européen.
Des positions fortes en oncologie et maladies rares
La France reste leader en oncologie, quel que soit le type d’études, de produits et de promoteurs. Cette position est réaffirmée en 2025, marquant six années consécutives en tête de classement. L’Hexagone reste également dynamique dans le lancement de projets de recherche dans les maladies rares, portés par un tissu académique structuré et des leaders d’opinion actifs, et conserve sa position de leader en 2025. À l’heure où les pays du Sud de l’Europe gagnent du terrain face à ceux du Nord et de l’Ouest, et où l’Asie poursuit sa montée en puissance mondiale, l’enjeu pour la France est clair : transformer son excellence scientifique en performance opérationnelle durable.
Juliette Badina




